Les douces violences peuvent avoir à long terme des effets nuisibles sur le développement de l'enfant, allant de l'insécurité affective aux difficultés de socialisation, en passant parfois par le repli sur soi.Clara, 7 mois, est dans le dortoir et pleure depuis un moment, comme elle le fait souvent. Arrivée depuis seulement 1 mois à la halte-garderie où elle passe 5 demi journées par semaine, elle a du mal à s’adapter, selon les dires de l’EJE. Celle-ci, ce matin là à 9 heures, a commencé une activité, comme elle le fait chaque jour à la même heure. Elle travaille avec un petit groupe de 5 enfants d’environ 2 ans et demi. Je lui demande si je peux aller chercher Clara qui ne cesse de pleurer, elle me répond que non, qu’elle s’arrêtera déjà toute seule, qu’elle va s’endormir. 10 minutes passent, puis 20 minutes…Je réitère ma demande et l’EJE répond que si on la sort du dortoir ou pas, c’est pareil, souvent elle continue de pleurer, et qu’elle risque de gâcher l’activité car elle distrairait les enfants et le bruit de ses pleurs rendrait l’explication de l’activité à ces derniers difficile. Pourtant une autre professionnelle est présente et n’est pas occupée ; néanmoins elle ne va pas voir Clara.
Refuser d’aller chercher un bébé de 7 mois qui pleure depuis un moment dans un dortoir, ne pas aller lui parler ou essayer de le rassurer peut avoir des conséquences néfastes sur son développement, sur la construction de sa sécurité affective et de son estime de soi.
Ce comportement de la professionnelle m’interpelle et me rappelle tous ces moments de vie de l’enfant en collectivité auxquels j’ai pu assister et pendant lesquels les professionnels peuvent avoir des actions ou réactions négatives envers les enfants, qui peuvent avoir sur ceux-ci des répercussions graves. «On dit d'un fleuve emportant tout qu'il est violent, mais on ne dit jamais rien de la violence des rives qui l'enserrent»1 .La maltraitance est bien connue, les douces violences le sont moins.
Pourtant elles sont de plus en plus fréquentes en institutions, mais passent souvent inaperçues, notamment parce qu’elles ne laissent pas, sur leur victime, de traces instantanément visibles. Pourtant les douces violences peuvent avoir à long terme des effets nuisibles sur le développement de l’enfant, allant de l’insécurité affective aux difficultés de socialisation, en passant parfois par le repli sur soi.
Ces petits moments de douces violences se répètent souvent dans les institutions qui établissent un emploi du temps journalier souvent suivi de façon parfois très stricte, entraînant inévitablement la reproduction de ces gestes inadaptés.
Pour revenir à Clara, je me demande pourquoi on la laisse pleurer ainsi. Est-ce un choix personnel de l’éducatrice ? Une pratique pédagogique de l’équipe ? Ou une directive de l’institution ?
Je me pose alors la question de l’origine de ces douces violences, de leurs racines. Quels sont les facteurs favorisant l’émergence des douces violences ?
Dans un premier temps je définirais la violence et j’exposerais la façon dont la philosophie et la psychanalyse expliquent son origine. Ensuite je définirais les douces violences, pour enfin donner quelques exemples tirés de mes lectures et de ma pratique.
Dans un second temps je tenterais d’analyser les facteurs favorisant les douces violences, en allant du général au particulier, c'est-à-dire en analysant d’abord l’impact de l’institution, puis l’effet du travail en équipe et enfin la part de l’individu dans l’émergence de ces violences.