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Plaidoyer pour l'enfant-roi

07/01/2007 - Lu 6785 fois
Conférence de Simone KORFF-SAUSSE, sur son ouvrage "Plaidoyer pour l'enfant-roi", à Colomiers, le 22 Novembre 2006.

Plaidoyer pour l’enfant-roi

C’est la troisième rencontre autour du thème « Enfance et Education » proposé par la Librairie La Préface à Colomiers.
Simone KORFF-SAUSSE est psychanalyste à Paris, universitaire et forme les psychologues.
Elle est aussi l’auteur de l’ouvrage intitulé « Le Miroir brisé ».

Démarche de l’auteur :

L’image de l’enfant n’est pas valorisante dans de nombreux ouvrages. Elle correspond à la fois à ce portrait et à la fois, on peut se demander pourquoi les enfants les enfants ont ce comportement.
Considérons alors les enfants comme des symptômes, sachant que tous les symptômes ont un sens.
Que disent alors les enfants par le biais de leurs comportements ?
Comment répondre à ça autrement que par un discours alarmiste et sur l’autorité !

L’ouvrage aurait pu s’appeler « Plaidoyer pour l’enfant ».
Les enfants sont perspicaces et ont des questions. Les adultes ont parfois des attitudes de non recevoir parce qu’elles dérangent peut-être.
La question de l’enfant roi est médiatisée.
Cependant l’enfant n’est pas si roi que ça. Lui donne t-on l’essentiel ? (c'est-à-dire de la disponibilité affective et matérielle) ? Ne lui en demande pas t-on beaucoup ?

Maintenant on parle de projet parental, de projet familial et non plus de désir d’enfant.
Or l’enfant ne se laisse pas programmer et il sauve les adultes du monde d’Orwell.
L’enfant handicapé se fait porte parole de tous les enfants car il a quelque chose à dire. Il suscite autant d’inquiétude car il montre qu’il a échappé à la programmation des adultes.
Les enfants nous montrent, renvoient aux parents qu’ils ne sont pas comme on le voudrait.

L’enfant roi est une projection dans le miroir. Comme le bébé est une projection du narcissisme des parents (Freud), nécessaire sans pour autant être excessive, car elle construit et structure l’enfant.
Tous les enfants ont été rois à ce moment là de leur vie car ils suscitent l’émerveillement, l’enchantement. L’enfant se sent alors tout-puissant.
D’autant plus que l’enfant vit dans une dépendance totale (néothénie) et dans l’illusion de la toute puissance, car il n’a pas conscience qu’il y a un Moi et un Autre.
L’enfant s’aperçoit après qu’il aime et déteste cette même personne. (du principe de plaisir au principe de réalité). C’est le renoncement à la toute puissance.

Le renoncement à la toute puissance est-il vraiment possible ?

  • Pourquoi est-il difficile d’en sortir ?
  • Pourquoi est-il difficile d’accepter la frustration ?
  • En quoi les adultes y sont pour quelque chose ?
  • En quoi les parents sont-ils complaisants ?
  • Est-ce que c’est parce que cet enfant renvoie aux parents le reflet de leur toute puissance ? L’enfant maintenant les parents dans l’illusion narcissique.

Les adultes sont alors infantilisés ; ils veulent tout tout de suite, refusent les limites, la frustration, et ne veulent rendre de compte à personne. Ils veulent s’autodéterminer, or les choix que l’on opère ne viennent pas que de soi. Ils veulent s’affranchir des contraintes dans un fantasme d’auto engendrement.
Les enfants deviennent réparateurs, protecteurs de leurs parents. L’enfant est adultifié et fait alors preuve d’hypermaturité et de précocité.

Le lien parent/enfant en mutation

Cependant n’oublions pas que le lien parent/enfant évolue lui aussi. Les dettes (l’enfant doit la vie à ses parents et les parents ne le sont que parce qu’un enfant est né) sont remises en question. Normalement, l’enfant s’en acquitte en s’occupant de ses parents et en faisant des enfants. Et le parent s’en acquitte en assumant les responsabilités envers ses enfants.
Les liens parents/enfants évoluent en même temps que les mutations sociales.

L’enfant est devenu un être de droit grâce aux droits de l’enfant. Comment alors concilier que l’enfant a des droits et qu’il est dépendant de l’adulte ?
L’enfant est devenu l’égal de l’autre en droit, mais il existe une asymétrie par rapport aux responsabilités de l’enfant et de l’adulte. Ce qui cause un malaise.
Les psychanalystes disent que la période de latence est de plus en plus courte (F. GUIGNARD) et du coup l’excitation pulsionnelle continue à l’adolescence.
L’anxiété des parents est grandissante et celle des enfants aussi car ils portent quelque chose de très lourd. 

L’anthropologie aussi est en mutation :
Les nouvelles modalités de procréation remettent en question le désir d’enfant. Car les enfants ne sont pas issus de la sexualité de leurs parents. La question du désir d’enfant devient alors très préoccupante. En effet, les raisons de l’existence de ce désir sont l’envie de perpétuer l’espèce humaine, de s’inscrire dans un courant de filiation et d’ordre narcissique. Quelles seront alors les conséquences sur le psychisme, sur la vie de ces enfants devenus adultes ?

La structure familiale est aussi en mutation, mais existe toujours.
La conception de la famille est à renouveler car les liens se tissent différemment (richesse et complexité des familles)

Ouvrages de l'auteur:

  • Plaidoyer pour l'enfant roi - 2006- Présentation de l'éditeur:
    Petits monarques repoussant toujours plus les limites de leur pouvoir, personnages capricieux qui dictent leur loi aux adultes, les enfants d'aujourd'hui sont l'objet d'une réprobation à la mesure de l'adoration qu'on leur porte. En témoigne le succès de l'expression " enfant-roi ", utilisée pour mieux critiquer ces supposés souverains. La société actuelle leur donne beaucoup, certes, mais ne leur demande-t-elle pas autant ? Ce livre est né du parti pris que les enfants ne sont pas si rois que cela. Qu'ils doivent faire preuve d'une grande ingéniosité pour se débrouiller des situations complexes que les adultes leur imposent. Qu'ils sont contraints d'inventer des stratégies nouvelles pour s'adapter à un monde en mutation qui demain sera le leur. Peut-être est-il temps de faire place au point de vue de l'enfant, généralement négligé : on s'apercevra qu'il a des choses à nous dire, et sans doute à nous apprendre.
  • Le miroir brisé- 1996
  • D'Oedipe à Frankenstein : Figures du handicap- 2001
  • Dialogue avec mon psychanalyste - 2005
  • L'intégration collective de jeunes enfants handicapés. Semblables et différents - 1999
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