Conférence de Simone KORFF-SAUSSE, sur son ouvrage "Plaidoyer pour l'enfant-roi", à Colomiers, le 22 Novembre 2006.C’est la troisième rencontre autour du thème « Enfance et Education » proposé par la Librairie La Préface à Colomiers.
Simone KORFF-SAUSSE est psychanalyste à Paris, universitaire et forme les psychologues.
Elle est aussi l’auteur de l’ouvrage intitulé « Le Miroir brisé ».
L’image de l’enfant n’est pas valorisante dans de nombreux ouvrages. Elle correspond à la fois à ce portrait et à la fois, on peut se demander pourquoi les enfants les enfants ont ce comportement.
Considérons alors les enfants comme des symptômes, sachant que tous les symptômes ont un sens.
Que disent alors les enfants par le biais de leurs comportements ?
Comment répondre à ça autrement que par un discours alarmiste et sur l’autorité !
L’ouvrage aurait pu s’appeler « Plaidoyer pour l’enfant ».
Les enfants sont perspicaces et ont des questions. Les adultes ont parfois des attitudes de non recevoir parce qu’elles dérangent peut-être.
La question de l’enfant roi est médiatisée.
Cependant l’enfant n’est pas si roi que ça. Lui donne t-on l’essentiel ? (c'est-à-dire de la disponibilité affective et matérielle) ? Ne lui en demande pas t-on beaucoup ?
Maintenant on parle de projet parental, de projet familial et non plus de désir d’enfant.
Or l’enfant ne se laisse pas programmer et il sauve les adultes du monde d’Orwell.
L’enfant handicapé se fait porte parole de tous les enfants car il a quelque chose à dire. Il suscite autant d’inquiétude car il montre qu’il a échappé à la programmation des adultes.
Les enfants nous montrent, renvoient aux parents qu’ils ne sont pas comme on le voudrait.
L’enfant roi est une projection dans le miroir. Comme le bébé est une projection du narcissisme des parents (Freud), nécessaire sans pour autant être excessive, car elle construit et structure l’enfant.
Tous les enfants ont été rois à ce moment là de leur vie car ils suscitent l’émerveillement, l’enchantement. L’enfant se sent alors tout-puissant.
D’autant plus que l’enfant vit dans une dépendance totale (néothénie) et dans l’illusion de la toute puissance, car il n’a pas conscience qu’il y a un Moi et un Autre.
L’enfant s’aperçoit après qu’il aime et déteste cette même personne. (du principe de plaisir au principe de réalité). C’est le renoncement à la toute puissance.
Les adultes sont alors infantilisés ; ils veulent tout tout de suite, refusent les limites, la frustration, et ne veulent rendre de compte à personne. Ils veulent s’autodéterminer, or les choix que l’on opère ne viennent pas que de soi. Ils veulent s’affranchir des contraintes dans un fantasme d’auto engendrement.
Les enfants deviennent réparateurs, protecteurs de leurs parents. L’enfant est adultifié et fait alors preuve d’hypermaturité et de précocité.
Cependant n’oublions pas que le lien parent/enfant évolue lui aussi. Les dettes (l’enfant doit la vie à ses parents et les parents ne le sont que parce qu’un enfant est né) sont remises en question. Normalement, l’enfant s’en acquitte en s’occupant de ses parents et en faisant des enfants. Et le parent s’en acquitte en assumant les responsabilités envers ses enfants.
Les liens parents/enfants évoluent en même temps que les mutations sociales.
L’enfant est devenu un être de droit grâce aux droits de l’enfant. Comment alors concilier que l’enfant a des droits et qu’il est dépendant de l’adulte ?
L’enfant est devenu l’égal de l’autre en droit, mais il existe une asymétrie par rapport aux responsabilités de l’enfant et de l’adulte. Ce qui cause un malaise.
Les psychanalystes disent que la période de latence est de plus en plus courte (F. GUIGNARD) et du coup l’excitation pulsionnelle continue à l’adolescence.
L’anxiété des parents est grandissante et celle des enfants aussi car ils portent quelque chose de très lourd.
L’anthropologie aussi est en mutation :
Les nouvelles modalités de procréation remettent en question le désir d’enfant. Car les enfants ne sont pas issus de la sexualité de leurs parents. La question du désir d’enfant devient alors très préoccupante. En effet, les raisons de l’existence de ce désir sont l’envie de perpétuer l’espèce humaine, de s’inscrire dans un courant de filiation et d’ordre narcissique. Quelles seront alors les conséquences sur le psychisme, sur la vie de ces enfants devenus adultes ?
La structure familiale est aussi en mutation, mais existe toujours.
La conception de la famille est à renouveler car les liens se tissent différemment (richesse et complexité des familles)