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Du doudou à la Joconde

04/03/2007 - Lu 5804 fois
Conférence donnée par M.O RIGAUD, dans le cadre de la 5ème édition du Festival Littérature Jeunesse de Saint-Orens, où le thème à l'honneur cette année est l'Art
- 27 Janvier 2007.

Du doudou à la Joconde

Dans le cadre de la 5ème édition du Festival Littérature jeunesse de Saint-Orens, où le thème à l’honneur cette année est l’Art, M.O RIGAUD intervient en la présence d’une audience composée de professionnels de la petite enfance et d’une artiste plasticienne intervenue le matin même avec des jeunes enfants.
C’est toujours un plaisir que d’écouter cette psychologue, qui ne propose aucune recette, mais des pistes de réflexions, pour nous faire avancer.

Après avoir été psychologue en crèche à Bordeaux puis à Pau, Marie-Odile Némoz Rigaud a coordonné pendant une vingtaine d'années les lieux d'accueil de la petite enfance et la formation des assistantes maternelles dans le département des Pyrénées-Atlantiques. Elle est actuellement responsable du pôle éveil éducation et médiation culturel au Conseil général des Pyrénées-Atlantiques. (Source: Erès)

Elle fait d’emblée référence à la carte des suppléments des restaurants ; cette carte qu’une artiste nomme son essentiel, tout comme l’art qui l’aide à vivre.

M.O RIGAUD propose alors de discuter sur :

  • Les traces des enfants
  • La créativité
  • Les lieux d’accueil du jeune enfant et l’Art
  • L’apport d’une résidence d’artiste en SPE

Les traces des enfants

Varenka et O. MARCK (psychanalystes et antropologues) ont analysés les dessins d’enfants qui se rapprochent des premières traces de l’homme préhistorique. Ils font un parallèle entre les traces de la main de l’enfant et la construction esthétique de l’humanité
Comme son ancêtre, l’enfant semble tracer ce qui l’obsède. Laisser sa trace, c’est l’expression de la mémoire du vivant, qui peut être pré (symbolisation du fœtus) et post natal (bonhomme têtard, …).
Enfin, pour libérer son geste, une condition est indispensable, celle que l’enfant appréhende la juste distance avec la mère.

La créativité

Le doudou est dans cet entre-deux, où l’Art et la Culture se développe.
L’espace transitionnel se construit quand l’enfant est seul en présence de sa mère (c’est une construction spontanée). Un espace vide pour penser est l’élément fondateur de toute crétivité Valorisons alors le rien, l’attente, le silence et ne remplissons pas tout.
M.O RIGAUD tient d’ailleurs à préciser que la créativité est en chacun de nous.

Les lieux d’accueil du jeune enfant et l’Art : une question de points de vue

La question du point de vue, c’est avant tout se poser la question de l’Autre, de l’Existence de l’Autre et de son point de vue.
Aussi, il existe un lien entre le regard des adultes et celui des enfants.
Souvent dans les SPE, ce sont des dessins d’enfants qui donnent vie aux murs. Pourquoi n’y trouverions-nous pas des tableaux de maîtres, destinés aux adultes ? (Idem pour la musique dont la discographie est souvent enfantine)
Réfléchissons à ce que nous instaurons comme univers artistique au sein des SPE où nous travaillons…

L’apport d’une résidence d’Artiste en SPE

Déjà, l’artiste sort de son atelier pendant un temps donné.
Dans les Pyrénées Atlantiques (64), depuis 6 ans, les artistes viennent en résidence au sein des SPE. (Peinture sur 2-3 jours).
Les rencontres avec l’Artiste se déroulent autour de l’artistique, de la créativité et non d’ateliers proprement dits.

Cette présence génère une intrusion, l’exceptionnel, donne à voir quelqu’un au travail dans les murs de la SPE et promet de revoir l’artiste lors des différents rendez-vous prévus, en ouvrant la structure et en faisant contre balancier avec la bulle de l’enfance.

L’arrivée d’un artiste casse le rythme instauré, institué, comme si le temps se suspendait. Et ce n’est pas spécifique à l’univers de la petite enfance ; ce qui signifie aussi que l’enfance n’est qu’un bout du chemin de la vie.

Le contrat signé avec l’artiste est qu’il repart avec son œuvre.
Du coup, se pose la question de l’appartenance de la création. A qui cette œuvre appartient-elle ? A l’Artiste qui repart avec ? A ceux qui la regardent ? A celui qui la possèdera ?
Les questionnements entre l’Art et l’Enfance se rencontrent étonnamment (appartenance, regard, temps…). En effet, cette question fondamentale de l’appartenance nous permet de faire un parallèle avec l’univers de la petite enfance : à qui appartiennent les enfants ?

Suite aux questionnements de l’audience :

M.O RIGAUD précise que le choix des couleurs avant 3 ans est purement aléatoire. Bien souvent le tout-petit préfèrera le bleu et le rouge, les couleurs saturées du prisme, comme les adultes d’ailleurs !!!
L’enfant créé une œuvre verticale dès qu’il se met à marcher, comme quelque chose de l’ordre de l’expression du corps à travers le crayon.
Si l’enfant décide de jeter son dessin à la poubelle, c’est son choix. En effet, chez l’enfant c’est l’instant, le moment qui prévaut. Mais c’est l’adulte qui conserve cette trace, en datant l’œuvre, afin qu’ils la transmettent aux enfants plus tard et notamment pour que le jeune adulte se remémore de l’enfant qu’il était.

Avec les enfants, il est important de travailler avec la diversité des techniques (encre, collage, aquarelle…), des couleurs (et du noir et blanc), des formats. La mise en scène des œuvres des enfants par les adultes est fondamentale pour donner un autre sens à la créativité et mettre en valeur celle des enfants.

L’idée de l’exposition éphémère, dans le sas de la SPE (symbolique entre le dedans et le dehors), est qu’elle ouvre la structure vers l’extérieur, que l’Art est accessible à tous et que le lien maison/SPE est consolidé.

Ouvrages de M.O RIGAUD

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