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Attention : Adaptations !

15/09/2007 - Lu 6376 fois
Une période d'adaptation qui permet l'expression de la créativité des adultes présente selon moi, un fondement bien plus solide dans l'élaboration d'un lien de confiance, qu'une demande unilatérale « d'habituation » provenant de l'équipe.

Déjà septembre, la fameuse rentrée. Fini le temps des cerises, celui des chapeaux, de la crème solaire et des bouteilles d'eau (quoique !). C'est un temps fort en émotions, c'est le temps des adaptations.

Septembre pour moi, l'année dernière, ça voulait dire : « boucler ce satané mémoire ». Ça voulait dire aussi : « plus que 3 mois et je suis enfin professionnelle ». Me re-voilà donc, un an après, mémoire bouclé, le diplôme en poche et un remplacement long à la sortie. Je suis aujourd'hui éducatrice de jeunes enfants en mini-crèche parentale, référente du « groupe des bébés ».

S'adapter : se conformer, se plier à.1

J'ai toujours été intriguée par cette période d'adaptation dès le début de la formation. Un premier stage en crèche collective m'avait beaucoup questionné : l'adaptation commençait soit le mardi, soit le jeudi et se déroulait selon un plan bien précis sur 15 jours, que l'enfant ait 3 mois ou 2 ans, qu'il vente ou qu'il neige, l'adaptation, c'était comme ça. Pour « gêner le moins possible les collègues qui s'occupent des autres enfants » m'avait expliqué une auxiliaire de puériculture.

J'ai vu entre temps d'autre manières de procéder, d'autres manières d'accueillir l'enfant et sa famille, et lorsque j'ai rédigé le « satané »2 mémoire en question, j'ai eu besoin de redéfinir la chose en lien avec mes propres valeurs :

« On pourrait définir l'adaptation comme une période plus ou moins longue qui permet au parent et à son enfant de découvrir et de s'approprier ensemble, un nouveau lieu d'accueil, puis dans un deuxième temps de se séparer petit à petit sur des périodes de plus en plus longues. Je trouve indispensable qu'elle ne soit pas standardisée selon un protocole rigide mais au contraire individualisée, adaptée au rythme de l'enfant. C'est pour moi un dispositif, créé jour après jour pour cet enfant-là et qui va fixer un cadre précis (un temps où le professionnel référent est disponible et un lieu approprié) qui fait sens. Ce dispositif qui peut apparaître contraignant pour les parents au premier abord, constitue un cadre sécurisant en leur assurant qu'on leur fait une place à eux et à leur bébé au sein de la collectivité, en leur consacrant du temps et du personnel. Il me semble qu'un adulte référent est la proposition à l'enfant d'une relation privilégiée et continue, en l'absence de ses parents. C'est grâce à cette relation qu'il va pouvoir s'ouvrir sur l'environnement de la crèche de façon sécurisée. »

En résumé : une période d'adaptation qui permet l'expression de la créativité des adultes présente selon moi, un fondement bien plus solide dans l'élaboration d'un lien de confiance, qu'une demande unilatérale « d'habituation » provenant de l'équipe en direction des familles.

L'adaptation : une drôle de conjugaison !

« [...] De nouveaux liens se tissent donc en présence de ceux qui sont déjà là (entre l'enfant et ses parents) : ils ré-unissent parents et professionnels autour d'un objectif commun qui est le bien-être de cet enfant. Ces derniers inaugureront la création de liens entre l'enfant et le professionnel référent dans le cadre de l'adaptation. »

Je m'adapte...

S'adapter : se mettre en harmonie avec (les circonstances, le milieu)[...]
être souple, capable d'évoluer.3

2ème journée : 1h en temps d'éveil avec maman : lecture en commun de la fiche de rythme.

Ce deuxième jour, nous sommes en début d'après-midi. Sarah (8 mois), a un peu de retard. C'est endormie dans les bras de sa mère qu'elle arrive finalement à la crèche. Cette dernière s'excuse : « Elle n'a pas du tout dormi ce matin : elle tombait de sommeil. Je suis venue quand même... » Je propose à sa maman que Sarah prenne possession de son lit plus tôt que prévu et qu'elle la couche elle-même (Aïe ! La sieste, c'est une forme de séparation ! C'était pas avant la 6ème journée, dans ma trame « idéale 4» !) « Ta maman viendra te chercher à ton réveil, bonne sieste ! » Pendant ce temps, nous nous installons à une petite table et nous discutons de son rythme, de ses goûts, de sa façon d'exprimer les choses... 1h30 plus tard, Sarah se réveille. Nous nous installons toutes les trois sur le tapis du coin des bébés, tout comme nous l'avions fait la veille. La rencontre se poursuit. J2 : Sarah, bien reposée, aime particulièrement secouer les différents hochets mis à sa disposition, en regardant alternativement sa mère et moi-même.

Qui s'adapte à qui, à quoi ? Voilà un temps qui nécessite souplesse et accueil de l'imprévu... La rencontre ne peut se faire sans la disponibilité de chacun... Le rythme d'un enfant n'est pas réglé comme du papier à musique et les aléas de la vie font que les parents ont des contraintes (une activité professionnelle, un rendez-vous chez le médecin, un aîné à aller chercher à l'école...). Et ces professionnels qui ont des horaires tels jours, et qui ne sont présents que sur une plage bien précise, plus disponibles à certains moments que d'autres... car le groupe d'enfants grossit et se construit peu à peu. Tout ça constitue une sacré sauce cocktail qui se prépare à l'avance mais qui s'ajuste aussi au jour le jour en fonction de cet enfant là...

Tu t'adaptes, il s'adapte ?

Que dit-il justement, cet enfant là, dans des circonstances pareilles ? Je n'en reviens pas des diverses réactions à la séparation qui émanent de ces tout-petits. On ne peut rien prévoir, rien prédire, c'est eux qui nous en disent quelque chose avec leur corps. L'observation a un rôle clé pour les accompagner dans cet événement de manière la plus juste.

Arthur, 12 mois, se promène à quatre pattes et saisit avec chacune de ses mains des cubes empilables et colorés. Il s'assoit ensuite, se retourne vers moi et il les agite en souriant, comme pour me les montrer. Il semble attendre une sorte d'approbation de ma part pour pouvoir repartir dans son jeu. Sa manière d'agir me fait penser aux nombreux allers-retours qu'Arthur a effectué lors de ses premières visites à la crèche entre sa maman et l'espace de jeu.

Bébé joue et fait comme des pauses pour se ressourcer auprès de l'adulte, ce qui lui permet à nouveau de jouer. Arthur s'est sans doute approprié cette « figure d'attachement secondaire » proposée par la présence d'un adulte référent.

Lorsque je discute avec sa mère, à son retour, je partage avec elle mes observations. Cette dernière m'explique qu'Arthur agit de même à la maison lorsqu'il joue. Elle rajoute : « Je suis assez tranquille, il est à l'aise ici! ».

Tous les enfants ne réagissent pas comme Arthur...

Sarah pleure beaucoup au départ de sa mère. Assise sur le tapis, à côté de sa référente, elle joue quelques instants avec les hochets, puis se remet à pleurer : d'abord par intermittence, puis elle semble envahie. La professionnelle lui parle, la prend dans ses bras et lui chante des airs marocains, pays d'origine qu'elles ont en commun avec la mère de Sarah. L'enfant s'apaise et se détend quelques minutes.

Quel heureux hasard que ce point commun entre la mère de Sarah et ma collègue ! On peut faire l'hypothèse que ce bébé retrouve quelque chose de sa maman dans ce chant venu d'ailleurs. Ses origines sont valorisées, du lien est crée entre le milieu familial et la crèche, l'absence semble devenir supportable. Cette expérience me permet de dire que l'on a vraiment à gagner non seulement par la promotion de la diversité auprès des enfants mais aussi au sein d'une équipe. Pour en revenir à Sarah, nous savons dès lors, qu'un travail d'observation et de réflexion est primordial pour l'aider à se sentir à l'aise à la crèche.

Nous nous adaptons...

En amont, une grande organisation. Avant les vacances nous avons travaillé sur la « trame idéale » : adaptation sur 15 jours d'un bébé lambda qui n'existe pas (d'ailleurs le principe de réalité a fait que pas une seule fois nous ne l'avons appliquée telle que !). Toutefois, elle nous sert de repère quant-aux principes qu'elle garanti. Nous considérons par exemple qu'un enfant apprend à se séparer en présence de ses parents : aucune séparation n'est prévue la première semaine si ce n'est environs un quart d'heure le dernier jour, si nous sentons que les deux partenaires de la relation sont prêts.

Nous avons de la chance, cette année, les adaptations s'échelonnent sur plusieurs semaines. Vive l'informatique ! Je me suis mise au tableur, outil que je ne connaissais pas du tout. J'ai crée tout d'abord un tableau à deux entrées : en haut, la disponibilité du professionnel avec pour chaque jour les horaires de travail de ma collègue et de moi-même. Sur le côté, les enfants attendus, jour après jour, semaine après semaine. Cet outil nous permet de proposer des rendez-vous personnalisés aux familles, en évitant les chevauchements. Ainsi une disponibilité réelle est proposée. Dégagées de l'organisationnel, nous pouvons prêter attention à cet enfant et à cette relation avec son ou ses parents, qui se déroulent devant nous. Ces moments demandent une très grande concentration avec une bonne dose d'énergie mobilisée. Beaucoup d'émotions liées à la séparation sont en jeu et nous les recevons, les contenons autant que possible. Prévoir à minima nous permet d'accueillir justement tout ce que l'on n'avait pas prévu : une adaptation sur 10 jours au lieu de 15, des contraintes parentales, l'absence d'un enfant malade...

Et puis nous ne sommes pas seules, nous les professionnelles du groupe des bébés ! Il y a nos collègues qui s'occupent des « moyens », et celles des « grands » qui ont elles aussi leurs adaptations. Un tableau commun à toute l'équipe récapitule les rendez-vous de chacune, les disponibilités et indisponibilités, permettant la prise en charge du groupe d'enfants déjà là. Un travail étroit est aussi effectué avec la cuisinière qui prépare des repas au plus proche de ceux que connaissent les enfants à la maison.

Vous vous adaptez...

4ème journée : premier repas de midi à la crèche donné par maman + petit temps de jeu.

Arthur est assis dans le transat. Il se met à pleurer lorsque j'installe la tablette attenante. Je lui explique à nouveau qu'il va manger et que cette tablette est nécessaire pour qu'il puisse voir ou toucher ce qui constitue son repas. Sa mère lui donne de l'eau dans un petit biberon bien connu, ramené de la maison et qui restera à la crèche. Arthur s'en saisit avec joie, boit et le pose. Il le reprend, le mordille et le jette par-terre. Sa mère le ramasse et le lui redonne. Arthur le mordille puis le jette à nouveau. Excédée, elle hausse le ton et lui demande d'arrêter de faire ces « bêtises ». Elle ôte le biberon de sa portée. Elle me dit : « Je sais pas ce qu'il a en ce moment, mais il jette tout ce qui lui passe dans les mains, même son doudou ! C'est très fatigant !» Un peu plus tard, lorsque je ramène l'assiette de purée et que je m'installe à côté d'eux, c'est d'une main tremblante qu'elle offre la cuillère à son fils. Arthur apprécie, la main se détend peu à peu.

Cette scène m'a rappelé combien ce n'était pas forcément aisé pour un parent de pratiquer sur son enfant, des gestes quotidiens qui semblent anodins, en présence d'un professionnel. La relation enfant-parent est ainsi exposée. Peut-être même sujette au contrôle ? Contrôle éducatif : suis-je une bonne mère si mon enfant jette tout par terre ? Va-t-on s'occuper de lui de la même façon en mon absence s'il a ce comportement ? Avec des mots simples, j'ai mis en valeur ce jeu de va-et-vient typique des jeunes enfants. Petit traité du jeu de la bobine exposé par Freud... version light ! Le regard du professionnel et son discours ont une fonction contenante : s'abstenir de tout jugement, dédramatiser, se recentrer sur l'enfant, mettre en valeur ses compétences, sont des moyens de contenir les anxiétés liées à la séparation future.

Ils s'adaptent.

Tout se joue-t-il pendant l'adaptation ? Pas si sûr... Et après ?

Le temps de permanence effectué par le parent, peut jouer un rôle intéressant dans le processus de séparation. La maman de Mathieu, 14 mois, me fait une remarque pertinente allant dans ce sens :

« Depuis la permanence de l'autre jour, mon fils ne reste plus immobile en pleurant, lorsque je reviens le chercher à la crèche. Maintenant, il vient vers moi. Je me rend compte que ça a vraiment du bon les permanences ! »

Lorsqu'il est de permanence, le parent, dont l'attention est porté à d'autres enfants, reste présent et absent à la fois pour le sien. En effet, chacun a à faire à la crèche : chacun de son côté et à la fois en présence l'un de l'autre. Pendant ce moment, l'enfant peut agir pour rester à proximité de ce parent « occupé » mais il peut aussi s'en éloigner, en toute sécurité, la promesse des retrouvailles étant vérifiable à chaque instant. On peut faire l'hypothèse que Mathieu soit passé d'une situation de « passivité » où il semblait subir le retour de sa mère, envahit par toutes sortes d'émotions liés à la surprise de la voir apparaître, à une position d'acteur dans ces retrouvailles un peu plus anticipées.

Pour conclure : allier le singulier et le pluriel...

Adaptation : Action d'adapter ou de s'adapter; modification qui en résulte 5.

C'est effectivement un peu « modifiée » que je me sens après ces quinze premiers jours d'adaptation. Je découvre des enfants uniques en leur genre, issus de familles singulières. Que de surprises peut réserver l'accueil d'un enfant, qu'il soit nouveau ou qu'il se poursuivre ! Il m'apparaît primordial de faire en sorte que chacun se sente à l'aise dans ce collectif un peu particulier qu'est la crèche parentale. Petit à petit le « groupe des bébés » se constitue, l'enfant prend une place auprès des autres. Il est très exactement « un » parmi d'« autres » : les soins individualisés et le collectif s'entremêlent. La suite de cette longue humeur pourrait s'intituler : « De l'art de porter attention à la fois à l'enfant et au groupe... », mais je m'arrête là car c'est une autre histoire...


  1. Larousse de Poche, dictionnaire des noms communs et des noms propres, Livre de poche, Paris, 1990.
  2. Hélène Doumergue, Se séparer : une histoire de liens. Une proposition d'accompagnement de la relation enfant-parent, mémoire professionnel DEEJE, 2006.
  3. Extrait de définition méticuleusement sélectionné dans Le nouveau Petit Robert , Paris, 1995.
  4. Voir le paragraphe « Nous nous adaptons... » pour en savoir plus sur cette trame « idéale ».
  5. Le nouveau Petit Robert, Op.cit.
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Auteur : Hélène Doumergue infos sur l'auteur | contactez l'auteur | le site de l'auteur

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