Et oui, une fois n'est pas coutume d'écrire l'humeur de la lettre d'information !
Et oui, une fois n’est pas coutume d’écrire l’humeur de la lettre d’information !
Une fois n’est pas coutume de participer au XIII ème Carrefour Toulousain, organisé par l’Association CARMED, sur la (les) question(s) de la famille : Familles : explosion ou évolution?
Une fois n’est pas coutume d’écouter (car je vous avoue que je n’ai toujours saisi les subtilités, le jargon des psychanalystes !!!), d’entendre des spécialistes de renom, une conteuse et un écrivain, de faire des liens avec les enjeux de ma profession sur des questions relatives à la famille réelle, la famille imaginaire, la parentalité, l’individualité et le sentiment d’appartenance.
Une fois n’est pas coutume (enfin, chez moi, si !!!) de prendre un café avec des personnes d’un autre colloque…persuadée qu’il s’agissait d’un pot d’accueil des congressistes CARMED...Fou rire assuré au moment où je constate la supercherie, enfin… mon étourderie !!!
Une fois n’est pas coutume à la pause repas, en terrasse, par un froid de canard mais un soleil digne de notre région, de discuter analyse de pratiques, psychanalyse, du vrai pourquoi ce choix d’être EJE, de la sublimation, avec une congressiste venant de Paris !
Une fois n’est pas coutume de parler (de bafouiller plutôt, submergée par mes émotions !!!) à Serge Hefez, de lui demander de me dédicacer 2 de ses ouvrages… (Mille mercis !!!), de rencontrer enfin, ce spécialiste que j’écoute avec beaucoup de plaisir depuis 2002, découvert dans l’émission Les Maternelles, enceinte d’Eva !!!
Une fois n’est pas coutume de retrouver une collègue EJE avec qui je fais des vacations, assise juste derrière moi, alors que des centaines de personnes, thérapeutes, venues de la France entière occupent l’Auditorium du palais des Congrès Pierre Baudis, à Toulouse !
Une fois n’est pas coutume de vexer un sociologue de renom, François de Singly, à qui ma question n’était pas adressée directement et qui s’est excusé de sa réaction !!!
Une fois n’est pas coutume d’apprendre par Serge Tisseron, éminent psychanalyste, que le pseudonyme vient toujours résonné avec la famille imaginaire ; ce qui corrobore avec toute notre discussion sur le choix des pseudos dont nous affublons, au sein de la grande famille virtuelle qui se retrouve sur le forum de Passerelles EJE !!!
Mais avant de vous parler de cette question, je vais vous faire partager ces deux jours vécus, riches et intenses, étonnants et rassurants.
Ce colloque sur 2 jours a commencé Vendredi 12 Octobre 2007 à 17 :00, s’est poursuivi jusqu’à près de 23 :00 pour reprendre le lendemain de 9 :00 à près de 18 :00.
Pour découvrir le programme détaillé, veuillez consulter notre agenda des manifestations.
Tout d’abord, qu’est-ce que la famille ? Alain Roucoules, nous donne cette définition : « La famille moderne, est un groupe constitué par des individus habitant ensemble ; groupe qui peut se faire, se défaire, se refaire
». François de Singly apporte cette précision : « tous les membres bénéficient d’une reconnaissance en tant que personne
» qui met en exergue les attentes plurielles au sein de l’espace familial.
La famille est donc une affaire privée et publique, qui mérite que les politiques s’y intéressent.
Et le parti pris est que la famille s’invente, se crée.
Philippe Gutton nous parle du paradoxe familial ou de l’illusion paradoxale de la famille. Pour lui, la famille est un ensemble d’éléments différents qui ne sont pas opposables, dans un système clos. En se référant à René Kaes, spécialiste de la vie des groupes, l’espace familial est un espace sociétal où vivent des sujets et des intersujets, c’est-à-dire, que là existe du Moi et du non moi, et la reconnaissance de Soi par la parole de l’Autre. De ce fait, l’injonction à devenir soi-même perturbe l’équilibre familial car savoir qui on est, est du registre individuel, nécessitant un travail psychique de sublimation.
Saül Karsz nous fait part de force créatrice de la famille et pose cette question à mon sens tout à fait éloquente et vraie : Et si la crise de la famille n’était que les schémas familiaux auxquels nous ne sommes pas habitués ?
Des rires et des sourires de la part de nombreux congressistes quand il a déclamé : « les parents qui ne sont pas en difficultés avec leurs enfants sont des parents qui ne sont pas au courant
». Et bien, voilà beaucoup de monde rassuré et moi compris !!!
Et puis, tel un agitateur, il vient questionner 3 lieux communs : Quels dégats pour
En conclusion, pour lui, la famille réelle est la même qu’il y a 50 ans, tout dépend du point de vue où l’on se place. Par contre, c’est la famille imaginaire qui est en crise, c’est-à-dire, la représentation de la famille telle qu’on la pensait et qu’elle n’a jamais été, en bref la Sainte Famille.
D’autres intervenants se sont justement penchés sur ces questions de la Famille réelle, imaginaire, sur la question du symbolique, venant alors appuyer les propos de Saül Karsz.
François de Singly, le sociologue, nous retrace l’histoire de la famille à travers les âges et fait d’emblée référence à Honoré de Balzac, réactionnaire à son époque, qui a proclamé en 1848 : « il n’y a plus de familles aujourd’hui, il n’y a plus que des individus » et nous rappelle que le 14 juillet, Fête de la prise de la Bastille est en réalité la fête de l’individu… car c’est à la Bastille (prison de son état) que les filles de et les fils de étaient enfermés à la demande des pères, au Roi.
Pour lui, en dissociant la logique affective (personnelle) et la logique matrimoniale (familiale), on peut trouver une solution à la crise de la famille, car le groupe familial n’existe pas si chaque membre veut être lui-même, veut accéder au statut d’individu. D’autant plus que « devenir autonome c’est créer ses propres normes, qui ne sont pas nécessairement transmises ».
La coexistence de l’individualité (j’ai le droit d’être moi-même) et du sentiment d’appartenance (je suis l’enfant de) est difficile. Je suis moi en tuant le parent.
Le lien social est en crise au même titre que la famille.
En introduction, Philippe Gutton précise que 2 problématiques sont mêlées : la problématique transgénérationnelle (rencontre d’un sujet avec un héritage porté par des gens qui ne sont plus vivants) et intergénérationnelle (ce qui se dit, se fait entre les gens qui ont une expérience de vie commune) qui fait référence à la topologie, à l’espace et celle de la filiation (héritage descendant) et de l’affiliation (appartenance) qui est un processus psychique.
Françoise Peille aborde la question de la place de l’enfant, qui occupe aujourd’hui une place centrale. L’enfant est devenu un droit. Il est porteur de tous les espoirs, comblant tous les manques parentaux. On fait fi de l’Amour, de la Haine, de l’Angoisse qui sous-tendent les relations parents/enfants et ce dès le plus jeune âge. La parole est donnée à l’enfant, mais savons-nous l’entendre ? La parentification, l’insécurité, les enjeux de conflits dont sont victimes les enfants, sont la source de non-regard qui procède du manque de paroles sur ce qu’il est, de silence sur ce qu’il vit.
De ce fait, elle préfère parler du « Droit à l’enfance » plutôt que des « Droits de l’enfant » car un nourrisson n’existe pas tout seul, il faut y inclure un environnement et notre regard d’adulte sur lui.
Alors, comment le comprendre, l’écouter ? Sans le précéder, ni expliquer pour lui ? Simplement en considérant son niveau de développement, en considérant la place que l’enfant a en nous, en resituant quel enfant vit en nous. En effet, garder la capacité à rêver notre enfance, garder vivante une part d’enfance en soi, permet comprendre les plaisirs et les chagrins des enfants.
Elle précise enfin que « la démocratie familiale ne doit pas faire table rase de la hiérarchie, condition de séparation et d’autonomisation ». J’ai retenu cette très significative et poétique phrase de Françoise Peille : « Grandir, c’est ajouter un second âge au premier
».
Geneviève Delaisi de Parseval nous parle de la Procréation Médicalement Assistée et de la question du sujet. La PMA existe depuis les années 70, pour pallier à l’infertilité des couples. La loi française déclare que la PMA est possible pour les couples hétérosexuels vivant ensemble.
Quelques questions: Comment se sentir père quand sa femme subit une IAD avec donneur anonyme ? Quelle narrativité, quelle histoire familiale pour l’enfant ?
En Ontario, en 2007, la tri-parenté a été légalement statuée : 3 parents légaux (un couple de lesbienne et un donneur connu) ont été statués par la loi. Si la compagne de la mère biologique avait fait une demande d’adoption, le géniteur aurait perdu ses droits parentaux.
Philippe Huerre intervient et pose cette pertinente question : Quel père pour l’enfant ? Le géniteur ou le père légal ? Quel père a la mère dans la tête ?
Et Serge Hefez demande s’il ne faudrait pas faire apparaître sur le registre de l’état civil tous les agents entrant en considération dans la création d’un individu…
Récemment en France, j’ai appris dans un documentaire sur France 3 qu’un couple de lesbiennes a eu l’autorité parentale conjointe de leurs 2 enfants, issus d’une IAD avec donneur anonyme, suite à une demande d’adoption plénière par la compagne de la mère. Et c’est une excellente nouvelle, car si la mère biologique venait à décéder, la compagne pourra continuer de s’occuper de ses enfants. Car même pacsée, elle ne bénéficie par pour autant de l’autorité parentale ; seul le mariage civil la délivre. Une belle avancée et une sacrée reconnaissance pour les couples homosexuels désireux de fonder une famille, quand bien même que les inséminations ont lieu à l’étranger…juste aux portes de la France !!!
Dans un autre reportage sur une autre chaîne, il était question aussi du sujet, car un homme ayant fait don de son sperme sur Internet, s’est retrouvé être un père biologique pour pas moins de 30 enfants !!!! Avez-vous regardé ce reportage très étonnant quand à la déontologie et la quête identitaire ?
Philippe Huerre, déjà rencontré sur Colomiers lors d’une conférence sur l’autorité, l’année dernière, pose la question suivante : vivons-nous dans une époque adolescente ?
Il explique que la famille est maintenant l’objet d’investissements paradoxaux, est une zone de repli, un abri préservant du monde extérieur dont il faudrait se protéger.
Il constate une augmentation du désarroi parental, à trop vouloir bien faire. Trop d’investissements aboutissant à des conséquences préjudiciables pour l’enfant, car ce sont les parents qui ont besoin d’être rassurés sur leurs compétences. Si les adultes sont trop bien intentionnés, alors les adolescents ne peuvent pas leu en vouloir. De ce fait, les mouvements agressifs se retournent contre eux. L’existence d’un espace pour extérioriser l’agressivité des enfants et des adolescents est indispensable. La chambre est un refuge pour les adolescents qui s’y réfugient afin de se préserver des parents.
Par contre, les enjeux du devenir adulte n’ont pas changé. Philippe Huerre nous met en alerte sur les politiques de prévention qui elles répondent aux angoisses des adultes et non aux questions des adolescents.
La difficulté des adolescents d’aujourd’hui est qu’ils sont à la fois pris dans des représentations négatives qui garantissent aux adultes leurs idéaux juvéniles. (Le « c’était mieux à mon époque… ») et à la fois pris dans la confusion indifférenciation et égalité.
Les constantes quelques soient les époques sont les enjeux pubertaires, les enjeux de transformation. Les liens qui sont mis à l’épreuve sont ceux avec le corps, avec la question de la normalité, qui être rassurante et/ou inquiétante. Mais aussi le lien entre le monde intérieur et le monde extérieur, par rapport au regard porté autour de soi, sur les adultes, leur savoir.
Et le décalage entre la pensée, les actes et la parole vécue dans la petite enfance se retrouve à l’adolescence.
Philippe Huerre nous fait part de 3 enjeux à l’adolescence :
Les conséquences à retenir sont les suivantes :
Serge Hefez ponctue la fin de cette matinée, avec la question de l’image du père. Il vient interroger la masculinité, la virilité, la fonction paternelle.
Avant la mère s’accusait de tous les maux des enfants, de la famille. Maintenant, on accuse de plus en plus les pères de ne pas jouer leur rôle et le processus d’auto-accusation des pères est mis en exergue. Interrogeons-nous sur la maternisation de la société, sur la différence des sexes.
Nous observons que plus les Pères sont présents affectivement, moins ils exercent leur rôle dans la séparation, l’autorité. Ce rôle du Père tel qu’on se le représente a-t-il été institué par le Code Civil ? Les rôles sont ils néanmoins interchangeables ?
Serge Hefez nous propose 2 images : les papas (incarnés) et les Pères (issus de nos représentation), terminologies quelque peu discutées par ses acolytes.
Pour lui, le passage du Père au papa est une histoire de filiation, d’affiliation, à la jonction entre la famille verticale (liens transgénérationnels) et la famille horizontale (relations dans un groupe).
Dans la famille verticale, le Père est là pour rappeler qu’on existe au nom d’une loi sociale dont nous sommes les représentants.
La question de la transmission a à voir avec comment la société organise la famille. Aussi la fonction paternelle appartient de plus en plus aux deux parents.
Le Père est une instance psychique, un gendarme de l’intérieur qui vient régler les conflits.
Dans la famille horizontale, famille inventive où il existe de plus en plus de configurations possibles, d’autre notions prévalent : être le plus heureux possible, des relations auto-engendrées par le groupe.
Comment la famille s’est-elle horizontalisée ?
En rigidifiant les places, les rôles des hommes et des femmes, avec le Père relié au symbolique et la Mère au corps, on accentue la logique de domination des hommes sur les femmes.
Aussi, la maternisation de la société vient interroger les places et les rôles de chacun pour les redistribuer équitablement, tout en démasculinisant la fonction paternelle. Par ailleurs, la question de la narcissisation de la société vient mettre en valeur des constats sur l’abrasement des contraintes et de la différence des sexes, la remise en question de l’altérité (aliénation).
Alberto Eiguer nous fait part de constats :
Et il pose ce questionnement en ces termes : « le pouvoir des femmes ne conduit-il pas à la baisse de la natalité, à l’augmentation des divorces, à l’homoparentalité ?
»
Avant la différenciation des sexes signait la différenciation des tâches. Et les êtres humains ont fait une domination de l’homme sur la femme (dialectique maître/esclave), alors que les différences procèdent de l’altérité (qui permet l’étayage de l’identité de chacun), opposée au narcissisme.
Alors qu’est-ce qu’un père ? Qu’est-ce qu’une mère ?
Il existe simplement différents modèles et la complémentarité des rôles n’est pas une utopie.
Michel Delage nous expose son point de vue : en ce qui concerne la famille, il ne s’agit d’une explosion, seulement d’une évolution.
Il existe moult modèles familiaux, de nouvelles filiations, les rôles sont moins bien différenciés et la créativité est de mise.
Pour lui la famille existe pour satisfaire les besoins d’attachement, les besoins sociologiques primaires indispensables à la survie de l’espèce. La famille répond aussi à un besoin de proximité physique et psychique.
Car l’attachement est nécessaire à l’individualisation. Quand on est attaché, il n’est pour autant pas si simple de se détacher. Et ce détachement est d’autant plus difficile si l’attachement est problématique.
Toute séparation réinterrogent la qualité de l’attachement et pèse sur la constitution d’un couple, l’autonomie et le degré de dépendance à l’Autre.
Il vient préciser que tout adulte peut être une figure d’attachement pour l’enfant à condition que l’on s’en préoccupe.
Serge Tisseron aborde la famille de Tintin, la famille auto-engendrée (telle qu’elle décrite en amont), la famille horizontale homosexuelle.
Il nous explique que le concept de Roman familial est en perte de vitesse. L’enfant s’imagine une famille idéale.
La famille imaginaire, on la porte en soi, elle est intériorisée. Elle est rassurante, disponible. On peut s’appuyer dessus. Il fait alors référence à un auteur qui m’est totalement inconnu mais dont pseudonyme me rappelle les paroles d’une chanson du groupe Noir Désir : il s’agit d’Isidore Ducasse, alias « Le comte de Lautréamont », le pseudonyme venant toujours résonné avec la famille imaginaire.
« Les enfants ont besoin de s’éloigner de la famille réelle pour créer une famille imaginaire, s’appuyer sur elle pour créer alors une famille symbolique, (la symboliser) afin d’appréhender leur propre vie sous un autre jour
».
Il fait alors référence à Internet : Famille réelle, je vous hais ! Internet est ma vraie famille, disent les adolescents. Il précise qu’Internet n’est pas du côté de l’imaginaire car il est interactif.
Que deviennent alors les relations installées dans le virtuel ?
François de Singly demande avec ironie : « Jusqu’à quand dira-t-on que le réel c’est pour de vrai ? ». Ce qui aura pour mérite de faire rire et sourire les conférenciers, en particulier !!!
Et voilà la question que j’ai posé à Serge Tisseron : « pensez-vous que la quasi absence de rituels dans notre société occidentale participe de l’évolution de la famille, du lien parent/ enfant : infantilisation des parents, parentification des enfants, gommage générationnel ?
»
Question qui a irrité François de Singly car elle ne lui était aussi adressée.
Question à laquelle je n’ai pas eu de réponses car il n’existe pas encore suffisamment de recul et d’études sociologiques pour en tirer ou des observations, ou des conclusions.