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Evolution du Statut de l'enfant

23/02/2008 - Lu 2830 fois
Les grands dossiers de sciences humaines n°8, septembre-novembre 2007
article : L'enfant n'est pas qu'un enfant...
par : François de Singly
(Résumé)

Au fil de l’histoire, l’enfance a changé de statut.

De nos jours, en occident, le processus d’autonomisation de l’enfant, que consacre le droit, est indissociable du développement de l’individualisme.
La nature sociale de l’enfant, dans nos sociétés, est d’être double : être petit mais aussi être un individu comme les autres méritant d’être traité avec le respect propre à toute personne. Cette dualité est complexe à gérer pour les enfants, les éducateurs, les adultes.
Le fait de donner à l’enfant une identité qui ne se réduise pas à celle de « petit » signifie que dès le plus jeune âge, l’enfant doit apprendre autre chose que l’intériorisation de son statut pour aussi devenir lui-même. (Point de vue propre aux sociétés contemporaines).

Les sociologues ont isolé deux périodes dans la dernière partie de l’histoire de l’individualisme :

  • Première modernité (fin 19ème au milieu des années 60) : la qualité de l’obéissance y est centrale. L’autorité a pour but d’apprendre à l’enfant à obéir à la raison. L’éducation se doit alors d’inculquer aux enfants les moyens de se séparer de leur être particulier et d’intérioriser les règles de la société.
  • Seconde modernité (à partir des années 60 à nos jours) : la croyance centrale est le droit des individus à devenir eux-mêmes (« deviens ce que tu es ! »), l’important est donc de ne pas s’aligner sur ce qui est commun mais de développer ce qui est propre à chacun. Dans le cadre de cette éducation, les adultes ne peuvent pas se limiter à imposer, à transmettre. Ils doivent aussi créer les conditions favorables pour que l’enfant puisse, sans attendre d’être « grand », découvrir par lui-même ce qu’il peut être.

Dans la période actuelle, les adultes ont à respecter l’enfant à un double titre et doivent demander le respect qui leur est dû, double lui aussi en tant que « parent » et que personne. La dualité à laquelle se confronte les enfants existe aussi chez l’adulte qui a également comme défi de dépasser sa définition statutaire, ne pas se reposer sur sa position sociale afin de créer sa propre vie.

L’horizon de l’éducation n’est pas celui de la confusion des rôles et des places, il est bien d’avantage celui de la complexité du travail éducatif.
Les jeunes ont à faire à d’autres formes d’autorité, moins personnelle. Et surtout la vie commune repose de plus en plus sur des principes discutés.

La fin du « père roi » n’est pas obligatoirement la suprématie des tyrans enfantins ou encore des mères. «  Dans une famille, chacun peut être « roi », à la condition de préciser la nature de son royaume. L’enfant d’aujourd’hui est roi de son monde, d’un monde au sein duquel ne se trouvent pas ses parents. Son père et sa mère ne sont pas ses sujets. Il ne contrôle pas le royaume de ses parents. » La famille tend donc à avoir moins besoin de chef au sens strict car à l’intérieur de ce groupe, chacun des membres est appelé à régner sur « son » monde.
L’enfant a changé d’identité non parce que les adultes s’inclineraient devant l’ « enfant roi », mais parce que tout individu, jeune ou non, est « roi » dans une société individualiste.

Auteur : Violène Dorison infos sur l'auteur | contactez l'auteur | le site de l'auteur

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