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Gros plan sur Y. POMMAUX et la bande dessinée

17/02/2006 - Lu 3497 fois
C'est certainement à la Bande Dessinée qu'Yvan POMMAUX emprunte le plus, pour y jouer de ses codes qu'il manie à la perfection et pour les faire interagir avec les moyens spécifiques de l'album... pour la plus grande séduction des lecteurs.
On connaît le goût d’Y. POMMAUX pour les différentes formes artistiques (littérature, cinéma, arts plastiques), son art pour les faire intervenir et les combiner dans tous ses ouvrages (cf. par exemple la trilogie de John Chatterton), dans lesquels le polar côtoie l’univers du conte, avec de multiples clins d’œil au cinéma, à commencer par le titre de l’une des trois œuvres : Le Grand Sommeil et aux arts plastiques. (cf. les multiples peintures et sculptures de l’appartement du loup dans John Chatterton détective). Mais c’est certainement à la bande dessinée qu’il emprunte le plus, à la fois pour jouer de ses codes qu’il maîtrise à la perfection et pour les faire interagir avec les moyens spécifiques de l’album, pour la plus grande séduction des lecteurs.
 

Jouer avec les codes 

Si les premiers albums avec les histoires de Corbelle et Corbillo montrent une bonne maîtrise des codes de la B.D, on ne peut s’empêcher de trouver que leur utilisation en est assez classique. Il faut suivre l’évolution de la production de POMMAUX pour apprécier sa virtuosité novatrice, son art de jouer et de se jouer des techniques pour mieux nous entraîner dans l’audace de ses récits.

1..Le séquençage de l’action :

Quand on observe les pages de La pie voleuse, (encore une histoire de Corbelle et Corbillo !), on retrouve l’organisation habituelle des planches de BD où l’action se distribue dans les différentes vignettes qui composent la page, de haut en bas. Peu à peu, Y.POMMAUX s’affranchit de cette composition tabulaire pour proposer un séquençage qui lui est propre. Ainsi dans les albums de la trilogie, on commence la lecture par une page entière qui sert d’introduction au récit, mais dès que l’on tourne la page, on est confronté à la succession de 4 images, séparées par des blancs et qu’il faut lire dans la respiration de la double page. Le format à l’italienne favorise aussi cet élargissement du champ visuel. Ces jeux sur les variations dans l’occupation de l’espace de la page sont constants, introduisant des accélérations et des ralentissements, des ruptures et des continuités, bref un rythme particulier, au service de chaque intrigue. (cf. illustration)
 

2..Les cadrages :

Le terme de cadrage sera entendu ici dans les 2 sens que ce terme peut avoir; à la fois le cadre graphique qui entoure l’image, mais aussi et surtout le cadrage au sens photographique du terme, renvoyant à la plus ou moins grande proximité de l’objectif par rapport au sujet visé.
Si chaque vignette est insérée dans son cadre dans Le voyage de Corbelle et Corbillo par exemple, on peut observer que dans Une nuit, un chat, les passages que l’on pourrait assimiler à de la B.D (les personnages parlent avec des bulles) sont totalement affranchis du cadre. Soit ils occupent une page entière, soit ils s’insèrent dans la trame du récit. Mais on peut également trouver dans L’île du Monstril une page où les deux personnages Léon et Elvire, menacés par le monstril décident « qu’il faut partir ». Ils quittent donc leur cadre, retrouvant toute liberté pour courir sur la page. La succession des différents plans est ici particulièrement intéressante. On passe dans la même page d’un plan relativement serré sur Léon et Elvire à un gros plan sur le visage de Léon, puis à un plan d’ensemble sur les deux enfants pour aller vers un plan de très grand ensemble, embrassant à la fois les enfants (au premier plan) et le monstril. (à l’arrière plan)(cf. illustration).On peut aussi apprécier un bel exemple de rupture de plan dans La fugue où sur la même page se côtoient un plan d’ensemble sur le chat Jules qui bute sur une porte d’entrée et un gros plan sur les jambes d’une dame qui vient d’ouvrir la porte, lui permettant ainsi de retrouver miraculeusement sa liberté. La simultanéité des deux plans sur la même page donne un coup d’accélérateur à un récit déjà très rapide.
 

3..Les angles de vue :

Y.POMMAUX est un des auteurs d’albums qui joue le plus avec les mouvements de plongée, de contre-plongée et les changements brusques entre les deux. Ces ruptures obligent le lecteur à être très vigilant pour « arriver à suivre », mais elles lui donnent en même temps un pouvoir surhumain puisque en un temps record, il a l’illusion de se déplacer dans les trois dimensions, libéré de la pesanteur, pouvant aussi bien évoluer dans les airs que sous la mer. Un des plus beaux exemples se trouve certainement réalisé avec l’album Tout est calme! dans lequel presque toutes les pages seraient à citer. Mentionnons au moins les pages où après nous avoir montré en plongée verticale le port avec un pêcheur en ciré jaune et une « matelote » sur une barque bleue, l’auteur nous fait déplacer dans l’image suivante à hauteur d’eau puisqu’il est possible d’apercevoir les semelles du pêcheur encore assis sur le quai. Quant à l’image suivante, il faut imaginer que nous sommes descendus d’un cran encore dans la mesure où il est possible de voir une petite fille sous l’eau en train de perdre ses vêtements.
 

4..L’utilisation des bulles :

La bulle est souvent utilisée sous sa forme classique : le texte, sagement écrit en noir sur fond blanc est inséré au-dessus de la tête des personnages, dans une bulle de taille raisonnable et de forme ovoïde standard. On peut toutefois trouver des utilisations plus intéressantes. On appréciera, en particulier toutes les « trouvailles » sur les bulles et leur inscription sur la page dans Je me souviens. La bulle sert d’abord à figurer le titre du livre sur la première de couverture ; à la deuxième page, sous une forme rectangulaire qui occupe les trois-quarts de l’illustration, elle est essentiellement occupée par un dessin, le texte placé en haut à gauche faisant à la fois office de prise de parole d’un personnage et de légende du dessin, placé en regard. Deux pages plus loin, c’est le procédé inverse qui est utilisé: cette fois, l’appendice toujours référé au même personnage, renvoie le texte en dehors de l’image. (cf. illustration.) On pourra également noter la « mise en scène » sur fond noir de la bulle « le rat d’égout ! » dans Une nuit, un chat: la forme de la bulle, la taille des lettres visualisent de manière spectaculaire la surprise et la terreur des deux personnages.

N.B:Ecrit réalisé, pour le CRILJ, dans le cadre du Festival de la B.D à Colomiers, en 2005.

Maryvonne D.
Membre du CRILJ Midi-Pyrénées

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