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Sur le chemin de l'Autonomie - Question d'éthique

04/03/2006 - Lu 13489 fois
La question de l'autonomie m'a interpellé dans le sens où, sur chacun de mes lieux de stage (en crèches et haltes garderies), l'autonomie était prépondérante dans le projet pédagogique.

Introduction

Dans la crèche collective où j’ai effectué mon stage long, l’équipe, récemment constituée, était en plein travail d’élaboration du projet pédagogique.
Le thème principal de ce projet était l’autonomie et plus précisément l’autonomie par le biais de la motricité libre, de la liberté de choix et de l’activité autonome en référence notamment à Emmi Pikler.
Cette question de l’autonomie m’a interpellé dans le sens où, sur chacun de mes lieux de stage (en crèches et haltes garderies), l’autonomie était prépondérante dans le projet pédagogique.
Pour autant, les pratiques n’étaient pas les mêmes dans chaque structure.

J’ai ainsi pu dégager trois grandes visions
  • La position spontanéiste qui reprend l’idéal rousseauiste d’un épanouissement spontané de l’enfant dans la liberté c'est-à-dire dans un contexte éducatif sans contrainte. L’autonomie est pensée comme un donné, un état initial. L’éducateur a pour tâche de laisser s’exprimer ou de « libérer » l’autonomie « naturelle » des enfants.
  •  La position dirigiste qui consiste à transmettre des connaissances, attitude nécessaires pour devenir autonome plus tard. L’autonomie est renvoyée à plus tard et l’éducateur peut être amené à refuser l’autonomie de l’enfant ici et maintenant. 
  • La position collaborationniste qui se réfère à Bruner et Vygotsky. L’adulte a un rôle de guidance et d’étayage dans le développement des compétences autonomes chez l’enfant. Il s’agit d’une pédagogie de l’autonomie qui est avant tout une pédagogie de la coopération adulte/enfant : l’adulte y est le partenaire de connaissance privilégié des enfants.

Ma conception du rôle de l’EJE dans un accompagnement de l’enfant sur le chemin de l’autonomie :

Quel accompagnement ?

Je me rattache plutôt à la vision collaborationniste, car, d'après moi elle correspond à une certaine « éthique », « morale » ou « déontologie » de l’éducateur de jeunes enfants.

La profession d’EJE ne dispose d’un code de déontologie mais, lorsque l’EJE pose des actes il se réfère à des valeurs et principes dépendant de son éthique personnelle, d’une morale collective ou d’une déontologie implicite.

Pour moi cette éthique de l’éducateur consiste à respecter l’enfant en tant que sujet avec son vécu, sa singularité et à l’accompagner dans son cheminement par la parole, le regard, la reconnaissance de son ressenti, l’attitude…

« Tel est le rôle des adultes que l'enfant privilégie: celui d'une présence soutenante. »[1]
D’ailleurs, dans le guide de l’éducateur de jeunes enfants, Bruno Le Capitaine[2] place au premier rang les principes suivants : le respect de la personne, de son intégrité, de ses choix, de ses droits… ; les respect du sujet dans sa singularité et son irréductible humanité.
Francis Imbert[3], lui, met en avant deux principes qui selon lui constitue le seul repère qui puisse porter le projet d’une pratique éducative: l’affirmation de la liberté et de la singularité du sujet.

Comment alors préparer l'enfant à l'exercice de l'autonomie psychique?

L’éducateur peut permettre à l’autonomie d’exister.
Par sa seule présence empathique, il la rend pour l’enfant réellement possible. (Serge Lebovici[4] définit l’empathie comme suit : « L’empathie veut désigner des situations relationnelles comportant un certain degré d’affectivité mais sans pitié. »)

Il faut que l’adulte ne soit pas très loin pour que l’autonomie de l’enfant soit possible. Il faut que l’enfant puisse vérifier qu’il peut encore compter sur l’autre.
Il faut éveiller des dispositions latentes, en favoriser l’éclosion et la croissance.

D’une part en l'amenant régulièrement à éprouver des différences de point de vue; il apprendra ainsi que l'opinion de l'autre vaut quelque chose.
Le fait d'être confronté à des milieux sociaux différents lui fera prendre conscience des différents usages et façons de faire.
En structure collective, il me parait primordial de favoriser une démarche pédagogique autour du fait d'être acteur de ses découvertes. (Pour qu'il s'exerce à se questionner)
L’enfant a également besoin d'être accompagné dans l'idée que grandir ce n'est pas prendre la place de ses parents.

Il me semble nécessaire de travailler sur soi-même afin de ne pas projeter sur l’enfant nos propres représentations ou attentes ; il est important de le considérer tel qu’il se présente à nous avec son vécu, son histoire, ses besoins, ses forces et ses limites, et non pas tel que nous voudrions qu’il soit. Cette disponibilité et cette présence à l’enfant ne sont possibles que si l’on effectue un profond et constant travail sur nous-mêmes.

Il faut conserver toute sa vigilance afin de fournir à l'enfant la présence structurante suffisante, adaptée à son âge et lui permettre d'acquérir la sécurité nécessaire à l'acquisition de sa progressive autonomie


[1] Etty Buzyn (2001) Me débrouiller, oui, mais pas tout seul ! Du bon usage de l’autonomie. Albin Michel.P.147
[2] Bruno Le Capitaine (2003) Le guide de l’éducateur de jeunes enfants. Dunod.
[4] Serge Lebovici in Prendre soin du jeune enfant, de l’empathie aux soins thérapeutiques. Sous la direction de G.Appell et A.Tardos.(2003).Erès.P.82.
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Auteur : laetitia le cornec infos sur l'auteur | contactez l'auteur | le site de l'auteur

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