Les modalités d'interactions précoces, la valeur donnée par l'entourage aux comportements et les modes de réponse qui en découlent, ont un rôle essentiel dans la construction et le maintien de l'estime de soi.Pour se sentir exister, chaque être humain doit être assuré d’une estime de lui-même suffisante. Cette estime de soi naît, se construit et se maintient dans le rapport à autrui, dans l’estime de l’Autre. Les modalités d’interactions précoces, la valeur donnée par l’entourage aux comportements et les modes de réponse qui en découlent, ont un rôle essentiel dans la construction et le maintien de l’estime de soi.
Le terme d’interaction, en psychologie et psychopathologie, renvoie au concept d’interaction interpersonnelle, sociale.
Une telle connaissance des interactions permet de comprendre de façon plus précise et objective la relation mère-enfant, non que l’interaction soit la relation mais elle en est au moins en partie le reflet. (M. DAVID et G. APPELL)
"L'attachement naît des interactions réciproques entre un enfant et l'intervenante principale, que ce soit un parent ou n'importe quel autre intervenant à long terme.
Un enfant qui voit qu'une ou des personnes lui apportent une «base sécuritaire» est capable d'explorer son monde en confiance et en sachant qu'il est protégé de tout ce qui peut être dangereux (Leiberman, 1991).
Les interactions qu'il vit avec les personnes de confiance sont relativement homogènes, réconfortantes et prévisibles à la longue. De ces relations, l'enfant apprend: «On me comprend et je suis en sécurité». Les enfants qui établissent un attachement solide avec leurs intervenantes dès le plus jeune âge font preuve de meilleures compétences sociales et exploratoires que les enfants dont le lien n'est pas aussi riche.
Que se passe-t-il lorsque ces interactions positives permanentes font défaut à long terme? Le sens de maîtrise de la situation s'en trouve nettement diminué chez l'enfant. S'il apprend que ses besoins ne sont pas satisfaits, ce dernier a l'impression de n'avoir aucun impact sur le monde. Tout ce qui l'entoure devient donc imprévisible et désordonné, et ce sont ces valeurs qui l'inspireront dans son comportement. Il lui sera difficile de découvrir ses propres sentiments puisque personne ne les lui aura fait comprendre. L'étape de la compréhension des sentiments d'autrui représentera alors une tâche monumentale. Son concept de soi en souffrira également, car il aura appris que «personne ne l'écoute» et il en aura déduit: «Je ne vaux rien». Il arrive que les enfants mettent souvent à l'épreuve cette théorie ou cette image négative d'eux-mêmes en provoquant les personnes qui les entourent et en réalisant ainsi un «cercle de rejet» (Landy, 1991)." Sarah Uffelmann (petit-monde.com)
C'est une nécessité pour l'enfant de développer une relation privilégiée avec son entourage, d'abord avec les adultes puis avec ses pairs. L'enfant va reproduire ses liens d'attachement dans d'autres milieux, de plus en plus larges et ce qu'il se sera approprié sera la base de communication avec autrui.
La perspective de l’interaction a dans le champ clinique, une dimension préventive évidente. Il s’agit d’essayer de repérer des troubles de l’interaction avant que les difficultés ne se manifestent sous forme de symptôme de l’enfant ou de troubles de son développement. Le repérage de troubles précoces des interactions peut être l’indication de la mise en œuvre de mesures thérapeutiques (observation thérapeutique, suivi et soutien psychologique, consultations parents-bébé…).
Ainsi, la possibilité d’accéder à une autonomie d’action mais aussi de pensée et la construction de l’estime de soi sont très liées au type d’attachement (sécure, insécure : ambivalent et évitant), décrit par M. AINSWORTH, au cours de la Situation Etrange:
- Un attachement sécure se met en place lorsque le nourrisson expérimente qu’il peut compter sur son parent, quand il a besoin d’être consolé ou réconforté. Ainsi, se construit chez le nourrisson l’image d’un Autre fiable, en même temps qu’une image valeureuse de lui-même. On trouve ici les prémices du lien entre estime de soi et estime de l’Autre. Dans ce cas, la capacité de se séparer et d’explorer l’environnement sera facilitée par cette image de fiabilité.
- Un attachement insécure ambivalent (ou angoissé) se met en place lorsque le parent témoigne d’une certaine attention mais manque de disponibilité, varie dans ses réponses sans justification compréhensible pour l’enfant, présente des attitudes imprévisibles. L’enfant n’est pas sûr de pouvoir toujours compter sur le parent, ni de compter sur lui-même. Dans ce cas, la capacité de se séparer et d’explorer l’environnement peut devenir problématique.
- Un attachement insécure évitant se constitue lorsque le parent est agressif et méprisant de façon régulière. L’enfant est sûr de ne pas pouvoir compter sur le parent, ni de compter sur lui. L’enfant tente de s’organiser pour survivre face au modèle de rapport de force qui lui est offert en évitant d’exprimer ses émotions et ses besoins. Des dysfonctionnements organiques (biologiques, génétiques, traumatiques…) peuvent jouer un rôle majeur dans la ggenèse de troubles du comportement.
M. MAIN a récemment souligné la relative stabilité de ces modalités d’attachement au cours de l’enfance et a mis l’accent sur leur transmission possible à leurs enfants lorsque ces enfants deviennent parents.