Présentation de la structure, des missions de l'EJE et de son rôle auprès des enfants.Les éducateurs de jeunes enfants n’ont fait leur apparition que tardivement à l’hôpital, plus précisément depuis la circulaire du 1er Août 1983, relative à l’hospitalisation des enfants. Bien avant cette date, en 1970, la suédoise Ivonny Lindquist parlait déjà de « thérapie par le jeu » qui aide l’enfant hospitalisé à être acteur de sa maladie et, de ce fait, facilite sa guérison. L’hôpital est un lieu spécifique d’accueil des enfants. En effet, l’EJE, formé à la petite enfance, c'est-à-dire aux enfants de 0 à 7 ans, se trouve face à un public âgé de 0 à 18 ans. Le public accueilli est fragilisé par la maladie et souvent en prise avec des angoisses. De plus, l’enfant hospitalisé a des besoins spécifiques, non plus liés à son âge, mais plutôt à son état : il arrive en effet fréquemment que l’enfant hospitalisé régresse, pour vaincre les angoisses et protéger son moi. Il est donc essentiel que l’EJE, dans ce milieu, sache observer attentivement chaque enfant afin d’adapter au mieux son action. Un mot ou un geste inadapté, mais paraissant pourtant anodin, peuvent être source d’angoisse, pouvant retarder sinon compromettre la guérison de l’enfant. Les objectifs de l’hôpital sont soigner et réparer. L’EJE inscrit son travail dans ces objectifs.
À l’hôpital, la fonction principale de l’EJE et de participer au mieux-être de l’enfant qui, de par sa pathologie, va mal. Pour ce faire, l’EJE participe, avec le reste de l’équipe, à l’accueil de l’enfant et au bon déroulement de son séjour pendant le temps plus ou moins long où il est hors de sa famille et confié à l’établissement hospitalier. La mission première de l’EJE dans le service d’orthopédie et de traumatologie pédiatrique de l’hôpital dans lequel j’ai effectué mon stage est de guérir, reconstruire. L’enfant, suite à une intervention, peut se sentir morcelé, déstructuré. Pour la bonne construction de sa personnalité et de son identité il est important de lui redonner une image de son corps réaliste ainsi qu’une unité corporelle. Ce travail s’effectue en relation avec toute l’équipe, à dominante médicale, du service: médecins, puéricultrices, auxiliaires de puériculture, institutrice ou agents de service hospitalier, mais aussi et surtout en partenariat avec les parents, éléments essentiels dans la guérison de l’enfant.
L’EJE doit avoir un sens de l’observation très fin afin de détecter le plus précisément possible les besoins des enfants hospitalisés. Le petit patient est en effet avant tout un enfant : il a besoin d’être reconnu comme tel et de continuer à vivre sa vie d’enfant, de pouvoir faire des jeux, des activités, pour pouvoir être après plus disponible pour les soins. La raison de la présence de l’enfant dans le service étant la maladie, il lui faut donc guérir, aller mieux afin de pouvoir quitter le service au plus vite, car aucune hospitalisation n’est brève pour l’enfant, et laisse toujours des traces de par les réorganisations psychiques qu’elle implique. L’enfant, selon son stade de développement, perçoit en effet la maladie de différentes manières : elle peut être pour lui une punition, engendrant ainsi de la culpabilité, ou encore une volonté de l’adulte que l’enfant croit tout puissant, sa maladie et sa guérison étant ainsi dans les mains de celui-ci. L’EJE est là pour verbaliser et pour expliquer que la maladie n’est pas une punition. Elle rétablit ainsi la réalité des choses, évitant à l’enfant d’être soumis à ses fantasmes et croyances.
En orthopédie, il faut ainsi aider les enfants à se reconstruire psychiquement suite aux chirurgies et reconstructions physiques que l’enfant a subi. L’éducatrice propose donc beaucoup d’activités avec cet objectif : puzzles et jeux de construction par exemple. Son rôle est d’accompagner l’enfant dans un processus de reconstruction s’effectuant par divers jeux ou activités musicales, tels une chanson que l’EJE du service, proposait souvent aux enfants : « Je vois avec mes yeux, je sens avec mon nez….mais que font, font mes orteils, mais que font, font mes orteils ? ».
Elle aide ainsi l’enfant à retrouver une unité corporelle et à prendre en compte des parties de son corps parfois longtemps immobilisées et plus utilisées.
Le mouvement est aussi un des besoins de l’enfant hospitalisé en orthopédie : les enfants étant souvent immobilisés, il est nécessaire qu’ils puissent compenser la perte de mouvement, pour que celle-ci ne se transforme pas en agressivité : l’EJE propose donc aux enfants des jeux comme les courses de voiture sur ordinateur, ou autre jeux de garage permettant de faire glisser les voitures. Ces activités permettent à l’enfant de vivre le mouvement d’une autre manière certes, mais de le vivre. Le comportement de l’enfant agité se trouve modifié par ces activités.
L’EJE, grâce à son organisation dans la salle de jeu, permet aux enfants de créer une petite communauté de vie. Proposant des activités similaires à plusieurs enfants ou organisant la préparation de l’émission de radio, elle crée du lien entre ces enfants malades, souvent isolés dans leurs chambres.
L’EJE fait le tour des chambres le matin pour saluer les enfants et leur proposer de venir en salle de jeu. Elle essaye de ne pas proposer des activités en chambre, sauf exceptions, pour éviter que l’enfant ne s’isole. J’ai pu constater que des enfants, surtout des adolescents, refusant de venir durant quelques jours en salle de jeu, finissent tout de même par y faire un tour et même revenir par la suite. L’accueil des enfants, sans visite, le matin dans la salle de jeu, facilite sans aucun doute le processus de socialisation, les enfants se retrouvant entre pairs, sans adultes qui, sans mauvaises intentions de leur part, mais en proie à leurs propres angoisses, questionnent les autres enfants sur leur pathologie ou racontent la maladie de leur enfant. Lorsque de telles questions se posent entre les enfants eux même, l’expression des émotions est facilitée et l’EJE se pose en observatrice discrète de la scène pour intervenir en cas de dérapage. Certains enfants n’aiment pas raconter leur maladie et l’EJE est là pour leur rappeler que ce sont eux qui décident s’ils ont envie de parler ou non. Aider l’enfant à exprimer ses émotions est très important et lorsque cela ne se fait pas par la parole, il faut permettre à l’enfant de le faire par le jeu, par exemple le jeu du docteur qui permet à l’enfant de rejouer, revivre et dédramatiser des situations vécues.
L’enfant en salle de jeux à l’hôpital a toujours le choix de ce qu’il souhaite faire, hormis certaines règles de bases, comme par exemple ne pas changer de jeux toutes les 5 minutes, ce qui n’est pas structurant et même insécurisant pour l’enfant. Il peut très bien juste rester là et regarder ce que font les autres. L'EJE adapte les jeux ou activités selon l'âge, la pathologie et le développement de chaque enfant. Il n’est en effet pas rare que l’enfant régresse à l’hôpital, et adapter les activités selon l’âge ne serait pas très perspicace.
Face à l’isolement que provoque l’hospitalisation, l’EJE essaye de garder un lien avec l’extérieur en proposant de fabriquer des cadeaux pour les différentes fêtes (pères, mères, etc.), pour que l’enfant garde à l’esprit qu’il existe un monde en dehors de l’hôpital. Il sait ainsi qu’il ne restera pas toujours à l’hôpital et qu’il retrouvera ce qu’il a quitté.
La notion de repères, aussi bien spatiaux que temporels, est aussi très importante et l’EJE n’hésite pas à fabriquer pour les nouveaux admis un calendrier sur lequel l’enfant collera chaque jour une gommette : il pourra ainsi visualiser le temps déjà passé et celui qu’il lui reste. Lorsqu’elle reçoit les enfants en salle de jeu, l’EJE essaye de toujours placer l’enfant au même endroit, lui permettant d’avoir un sentiment de sécurité. Ce dernier il l’acquiert aussi, évitant ainsi l’angoisse, par les répétitions et les horaires de la salle de jeu : il est en effet rassurant pour l’enfant de savoir que la salle de jeu est toujours ouverte à la même heure avec la même personne. Lorsque ce n’est pas le cas, comme par exemple lorsque des bénévoles interviennent, l’EJE verbalise, explique la présence de l’inconnue et la présente aux enfants. L’enfant hospitalisé qui ne reçoit pas beaucoup de visites est souvent en demande d’une relation individuelle avec l’EJE lorsqu’il est en salle de jeu. Celle-ci prend le temps de s’occuper individuellement des enfants qui en ont besoin, favorisant parfois aussi la séparation, surtout avec la mère, mais en prenant soin de faire attention à la notion d’attachement-détachement.
En effet, pour être hospitalisé, l’enfant a du être séparé de sa famille à laquelle il était attaché. Il cherche dans sa solitude à l’hôpital à s’attacher à d’autres personnes, d’autres repères. Sans le repousser, il faut pourtant que tout le personnel du service qui s’occupe de l’enfant sache mettre une limite à l’attachement, car celui-ci créera inéluctablement un détachement lorsque l’enfant quittera l’hôpital. Ces émotions pourront être fortes et déstabilisantes pour l’enfant, au point de pouvoir compromettre sa guérison.
Pour effectuer un travail efficace avec les enfants, il est impératif de créer une relation de confiance avec ceux-ci, notamment en verbalisant, surtout pour les plus petits. Dire à l’enfant que oui, c’est difficile d’être à l’hôpital ou lui demander s’il est triste, comme le fait souvent l’EJE du service, permet à ce dernier de s’intéresser à ce qui se passe en salle de jeu et de ne pas rester replié sur lui-même. Souvent on remarque par la suite que les enfants parlent plus spontanément une fois qu’on a verbalisé certaines de leurs émotions : ils ont confiance en l’adulte et savent que celui-ci les comprend. L’enfant a le droit de s’exprimer et il faut l’y aider, souvent par des jeux. L’expression se fait plus souvent en dehors de la présence des parents.