Rôles auprès de l'équipe, des familles et des partenaires.L’éducatrice de jeunes enfants travaille avec l’enfant mais, comme le disait Winnicott, « un enfant tout seul, çà n’existe pas ». De ce fait, la professionnelle de la petite enfance doit prendre en compte les parents de l’enfant ainsi que tout le reste de sa famille. A l’hôpital, la famille est souvent vecteur d’angoisse et il faut parfois la rassurer pour éviter que cette angoisse, transmise à l’enfant, ne soit préjudiciable à sa guérison. Certains parents sont préparés à l’hospitalisation de leur enfant, comme par exemple pour les chirurgies réparatrices, mais d’autres, parents d’enfants victimes d’accident de la route par exemple, sont parfois complètement pris au dépourvu. Il est donc nécessaire que ces parents puissent exprimer leurs peurs, leurs colères et leurs craintes. L’EJE accueille parfois des parents très angoissés, plus que ne peut l’être l’enfant qui va se faire opérer. Le service dispose d’un salon bleu que l’EJE propose alors aux parents, soit pour jouer avec leur enfant dans un espace autre que la chambre, soit pendant la durée de l’opération. La couleur du salon n’a pas été choisie au hasard car fraîche et apaisante, la couleur bleue est synonyme de calme et de détente. Le bleu évoque en effet les grands espaces, le ciel, la mer, etc. L’enfant qui retrouve ses parents plus calmes et plus détendus sera plus à même de se concentrer sur sa guérison.
Parfois certains parents dont les enfants sont hospitalisés pour de très longues durées ont tendance à s’accaparer le service et la salle de jeu, faisant comme à la maison, en s’occupant même d’autres enfants malades. Le rôle de l’EJE consiste à ce moment là à engager le dialogue pour faire prendre conscience au parent de ses actes et lui expliquer que c’est le rôle de l’EJE d’accompagner LES enfants en salle de jeu et que le rôle du parent est d’accompagner SON enfant pendant l’hospitalisation. Le parent qui essaye de s’occuper d’autres enfants peut les angoisser, car il est un inconnu. L’EJE peut verbaliser ce que l’enfant ou l’adulte n’ose ou n’arrive pas à exprimer. Instaurer une relation de confiance est primordial, car ce n’est que lorsque le parent et l’enfant auront établi cette relation de confiance que la verbalisation, l’échange et l’expression des émotions prendront tout leur sens.
Une autre mission de l’EJE auprès des parents est une mission de médiation : le parent ne comprend pas toujours l’enfant malade et peu parfois être maladroit : je me souviens plus particulièrement de la maman de B., âgée de 6 ans et souffrant d’un rhume des hanches. Elle arrive en salle de jeu et annonce à sa fille qu’elle a une voisine dans la chambre. L’enfant est ravie et veux aller la voir. Sa maman lui dit « Ben vas-y, lève toi et va voir ! », alors que la fillette était clouée au lit, en extension. L’EJE a repris la phrase de la mère en disant que si elle le pouvait, B. irait en marchant. Elle explique aussi à l’enfant que sa maman plaisantait, car B. restait couchée là, pensive.
La plus grande partie du travail de l’EJE à l’hôpital s’effectue en salle de jeu, néanmoins elle est toujours en contact avec le reste de l’équipe, ne serait ce que lors des transmissions journalières.
L’éducatrice de jeune enfant à l’hôpital est complémentaire de l’équipe soignante. En effet, comme eux, elle participe à l’accueil et au bon déroulement du séjour de l’enfant, elle contribue à son mieux-être dans le cadre de sa maladie. L’EJE participe chaque jour aux transmissions, qui servent à faire le point sur l’état physique et psychique de l’enfant, et apporte des éléments importants sur ce dernier : l’observation de l’enfant pendant les séquences de jeu lui permettent en effet de détecter des troubles ou d’infirmer des affirmations du personnel soignant. Ainsi la petite A., 4 ans, ne parlait pas aux soignantes, mais en salle de jeu elle le faisait, ce qui a rassuré l’équipe sur son état.
L’EJE a également un rôle de formation auprès du reste du personnel. Lorsqu’elle mène une action, elle explique pourquoi aux autres membres de l’équipe. C’est ainsi que lorsqu’elle refuse que des soins soient faits en salle de jeu, elle explique que c’est pour que l’enfant puisse trouver dans la salle de jeu un endroit de quiétude, où il n’a pas d’appréhensions à avoir, une sorte de refuge. Car les gestes médicaux peuvent êtres perçus par l’enfant comme une agression. Ce rôle de formation, superposable au rôle d’information est un travail de longue haleine et de répétition quotidienne afin d’obtenir le respect de l’enfant, de la salle de jeu et du travail que l’éducatrice y effectue.
L’EJE est aussi parfois un médiateur entre l’enfant et l’équipe, en expliquant des choses qu’elle a perçues ou que l’enfant lui a dites. Je me souviens de cette jeune fille de 13 ans qui disait aux puéricultrices qu’elle ne voulait pas rentrer à la maison, mais en salle de jeu elle parlait surtout de sa peur qu’on lui mette des pansements sur ses broches, dernière étape avant la sortie. L’équipe a donc pu aborder l’enfant autrement que si elle n’avait pas été au courant de ces détails.
Dans l’échange avec l’équipe du service, l’EJE se forme elle aussi au contact des professionnels du secteur médical. En effet, il est important pour elle de connaître les pathologies, leur évolution, afin de ne pas faire d’erreur dans les dialogues qu’elle a avec les enfants. De par ses discussions avec les différentes professionnelles et sa présence aux transmissions, elle apprend aussi à connaître les différents gestes techniques effectués auprès des enfants. Elle sait si ceux-ci sont douloureux, s’ils nécessitent une anesthésie, etc.…Ces connaissances lui permettent aussi de rassurer, et les enfants, et les parents, en leur expliquant ce qui va arriver. Elle n’a toutefois pas la prétention d’avoir de larges connaissances médicales et pour les questions plus précises, elle renvoie toujours les parents aux personnes aptes à leur répondre, tels que le médecin ou la puéricultrice.
L’EJE à l’hôpital gère sa salle de jeu, fais les commandes de matériel, fait le tri des jouets qu’elle reçoit de parents bienveillants, mais parfois mal informés sur l’organisation de la salle de jeu, car l’EJE dispose d’un budget de fonctionnement et les dons de jouets ne sont pas une nécessité. Elle se renseigne aussi sur les interventions des bénévoles blouse roses et croix rouge, deux associations qui interviennent à l’hôpital afin de permettre à l’enfant, qui est souvent seul dans sa chambre, de passer un moment de jeu en compagnie d’un adulte. Ces bénévoles interviennent souvent en salle de jeu et parfois dans les chambres. L’EJE redéfini, si le besoin se présente, les rôles, missions et compétences de chacun afin de ne pas créer de quiproquos. Les bénévoles n’ont en effet qu’un rôle d’animation et ne peuvent en aucun cas remplacer la professionnelle de la petite enfance qu’est l’EJE.
L’EJE écrit aussi des projets qu’elle envoie à l’association des pièces jaunes, qui collecte des fonds afin de financer des projets pour améliorer la qualité de vie des enfants et adolescents hospitalisés. Cette association a par exemple financé une station de radio dans le service d’orthopédie ou la Salle Verte, qui est une bibliothèque, salle de spectacle et de réunion à la fois, servant à tous les services de pédiatrie de l’hôpital.