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La fonction du jeu symbolique - Psychologie cognitive

01/07/2006 - Lu 11256 fois
Chacune des étapes de la construction de l'intelligence sensorimotrice correspond à un état de construction de la notion d'objet - Piaget.

I - La notion de petite enfance : les grandes étapes

B - Au niveau de la psychologie cognitive avec J. Piaget :

1- Fin du stade sensorimoteur et début du stade préopératoire (annoncé par le dernier stade de la période sensorimotrice) :

Piaget accorde un intérêt certain pour les mouvements du jeune enfant. Il s’accorde à dire que leur régularité et leur organisation sont suffisantes pour rendre compte de la nature des schèmes 1 qui les sous-tendent.
Les schèmes sensorimoteurs associent la perception et l’action. Leur évolution s’effectue en 6 stades qui s’étendent sur les deux premières années de vie de l’enfant. « L’action sensorimotrice se dégage ainsi graduellement des déterminations réflexes pour devenir intentionnelle à partir de l’âge de 4 mois, puis, à partir de 12 mois, constituer des outils au service de préhension du réel .2 » 3 Dans un dernier temps, dans le stade 6 (18 à 24 mois), on voit naître les combinaisons mentales où l’action est évoquée en action, en particulier par l’imitation.

A ce dernier stade, l’enfant est capable de se représenter mentalement ses actions. La combinaison mentale des schèmes permet d’utiliser un schème donné (exemple : écarter un obstacle) comme un moyen d’activer un autre schème (exemple : découvrir un objet caché). De plus, l’enfant utilise des symboles, comme le langage, et il est capable d’utiliser l’imitation différée. Celle-ci est définie comme la capacité à reproduire un comportement en l’absence de son modèle, de manière différée dans le temps. Une telle compétence suppose que l’enfant puisse se représenter mentalement une action ou une série d’actions.
Pour Piaget, le stade 6 est le trait d’union entre l’intelligence pratique et la pensée symbolique. Ce stade annonce alors la période préopératoire.

La pensée de l’enfant est d’abord égocentrique, pas incapacité de se décentrer, c’est à dire de prendre en compte le point de vue d’autrui, pour le coordonner avec le sien. L’égocentrisme va se réduisant avec le développement.

Chacune des étapes de la construction de l’intelligence sensorimotrice correspond à un état de construction de la notion d’objet, c'est-à-dire de la capacité de penser que l’objet conserve son existence indépendamment de l’expérience perceptive actuelle.

2- La permanence de l’objet :

Au cours de la période sensorimotrice, les changements dans le développement cognitif se concrétisent par la construction d’invariants.
L’invariant principal concerne l’existence d’un objet fixe, permanent. Il sert à de multiples acquisitions et est indispensable pour l’organisation de l’espace, du temps ou des relations de causalité entre les objets.

L’expression « permanence de l’objet » signifie que l’enfant admet qu’un objet continue d’exister lorsqu’il quitte le champ perceptif. Concevoir cette permanence implique que l’enfant soit capable d’en conserver une représentation mentale.

Piaget a décrit 6 stades dans la construction de cette permanence de l’objet, stades qui sont parallèles à ceux de l’intelligence sensorimotrice.

  • Stade1 : de la naissance à 2 mois : pas de réaction à la disparition de l’objet
  • Stade 2 : de 2 à 3 mois : mimiques désappointées, pleurs mais pas de recherche de l’objet
  • Stade 3 : de 6 à 8 mois : permanence pratique liée à l’action (anticipation), recherche dans l’espace proche
  • Stade 4 : de 6 à 12 mois : recherche de l’objet complètement caché
  • Stade 5 : de 12 à 18 mois : maîtrise des déplacements visibles successifs
  • Stade 6 : de 18 à 24 mois : maîtrise des déplacements invisibles

3- De nouvelles recherches sur la permanence de l’objet, parties des constatations de Piaget mais les remettants en cause :

Il a été contesté la nécessité selon laquelle concevoir un objet permanent implique forcément sa recherche active, car cette recherche demande à l’enfant une coordination complexe entre la vision et la préhension, pour contrôler les mouvements des mains. Il est donc avancé qu’il existe une intelligence perceptive antérieure à la forme d’intelligence sensorimotrice décrite par Piaget. Après avoir effectué des expériences, il a été démontré que les enfants, à un âge plus précoce que celui annoncé par la théorie piagétienne, réagissent perceptivement à la disparition des objets. Les enfants très jeunes sont donc capables de concevoir l’existence d’objets et d’évènements invisibles et ils utilisent très précocement des représentations mentales.

4- Symbole et image mentale :

Pour Piaget, l’accès à la représentation et à la symbolisation ne se fait que dans le courant de la seconde année de la vie de l’enfant. Ce n’est qu’à la fin de la période sensorimotrice que l’enfant va accéder à la représentation par l’intermédiaire de l’image mentale (permanence de l’objet). L’enfant entre alors dans la période de l’intelligence symbolique préopératoire. La pensée sera dominée par la représentation imagée de caractère symbolique, c'est-à-dire que l’enfant va traiter les images comme de véritables substituts de l’objet et il va penser en effectuant des relations entre images. Il se comportera avec les images de la même manière qu’avec les objets au stade sensorimoteur.
L’image mentale est construite en fonction de l’appréhension et de la compréhension de l’individu, aussi elle sera fonction de ce que l’enfant aura assimilé du réel. Comme toute construction dans le domaine de l’intelligence, celle-ci est active. Piaget dit que « les images mentales (…) résultent d’une imitation intériorisée, leur analogie avec la perception ne témoignant pas d’une filiation directe, mais du fait que cette imitation cherche à fournir une copie active des tableaux perceptifs » 4

La pensée de l’enfant est d’abord égocentrique, pas incapacité de se décentrer, c’est à dire de prendre en compte le point de vue d’autrui, pour le coordonner avec le sien. L’égocentrisme va se réduisant avec le développement.

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1 Un schème désigne ce qui, dans une action, est généralisable, transposable.
2 Coordination des moyens et des buts puis découvertes de moyens nouveaux par expérimentation active.
3 LEHALLE H., MELLIER D., (2002). Psychologie du développement : enfance et adolescence. Ed. Dunod
4 La Psychologie de l’enfant, PUF, Que sais-je ?

Auteur : Violène Dorison infos sur l'auteur | contactez l'auteur | le site de l'auteur

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