A travers le jeu symbolique, l'enfant a accès au monde de la représentation. Dans les jeux symboliques, entre 18 mois et 6 ans, l’enfant va puiser dans sa vie courante pour la représenter le plus souvent de manière exagérée. Il va assimiler le réel au « moi » pour fortifier ce dernier. Ces jeux de « faire semblant » ou de fiction sont un moyen d’exprimer des sentiments et de les explorer. Ils lui servent surtout à plier la réalité à ses besoins affectifs et intellectuels. L’enfant renforce donc son « moi » global, affectif et cognitif. Il traduit ce qui l’a touché, marqué, vit et revit des émotions. Cela suppose qu’il les reconnaisse, les contrôle, les codifie, c'est-à-dire fasse fonctionner son intelligence et la développe de cette manière. A travers le jeu symbolique, l’enfant a accès au monde de la représentation car le symbole implique la représentation d’un objet absent. Le symbole est une comparaison entre un élément donné et un élément imaginé. Il y a une représentation fictive. Le lien entre le signifiant et le signifié est subjectif.
Les jeux symboliques n’apparaissent qu’au cours de la deuxième année du développement de l’enfant. Mais il existe des intermédiaires entre les jeux symboliques et les jeux d’exercices : notamment le symbole en acte ou en mouvement sans représentation (exemple : le rituel du coucher) qui sera ensuite mimé sans l’objet : c’est le début de la représentation.
La plupart des jeux symboliques mettent en œuvre des mouvements et des actes complexes. Ils sont à la fois sensorimoteurs et symboliques. A travers ces jeux, l’enfant peut être dans la compensation en réalisant son désir (régulation du conflit), ce qui est une façon pour lui de se soustraire à la réalité.
Le jeu symbolique, au-delà de l’aspect structurant qu’il confère à la pensée, répond à des besoins principalement affectifs. Il constitue un moyen d’expression propre à l’enfant.
Le système de symboles propre au jeu symbolique est emprunté à l’imitation à titre d’instrument (exemple : les jeux de faire semblant) mais l’imitation est poursuivie pour elle-même et utilisée en tant que moyen évocateur au service de l’assimilation. Le jeu symbolique n’est donc pas seulement assimilation du réel au Moi de l’enfant (comme le jeu de règles) mais assimilation assurée par un langage symbolique construit par le Moi au gré des besoins. Cette fonction symbolique du jeu ne consiste donc pas seulement à exprimer et à nourrir les différents intérêts et besoins conscients de l’enfant mais c’est toute la dynamique inconsciente qui imprègne le jeu symbolique.
« D’une manière générale (…), la pensée symbolique nous donne un exemple particulièrement intéressant de connexion entre l’affectivité et les fonctions cognitives. Mais, même dans ces formes primitives de liaisons entre la pensée et l’affectivité, nous retrouvons cette correspondance, ce parallélisme que nous avons constaté à tous les niveaux en ce sens que la pensée symbolique est déjà une forme de pensée et non pas exclusivement une structure affective » 5.
L’imitation est l’acte par lequel un modèle est reproduit. L’existence d’une représentation du modèle en est la condition nécessaire. L’apparente précocité de l’imitation empêche d’admettre une antériorité de la représentation, pourtant nécessaire. C’est que l’imitation ne se présente qu’à l’état constitué où ses rapports avec la représentation du modèle sont désormais évidents.
L’imitation « vraie » n’est pas issue du mouvement mais de la posture, laquelle accompagne aussi bien le mouvement que la perception. La posture est sous-tendue par le tonus, support du mouvement qui s’effectue et en prépare la suite. Mais la posture est aussi à mettre en relation avec la perception. Lorsque l’enfant observe le monde qui l’entoure, il est en état d’imprégnation perceptivo-motrice. L’intervalle entre l’imprégnation et la reproduction peut être plus ou moins long. Non seulement l’imprégnation devance la reproduction mais elle peut être supérieure aux capacités d’exécution. Cette imitation n’est pas en effet une copie trait pour trait d’un modèle présent aux yeux du sujet ou à son esprit, sous forme de représentation. Cette préparation à l’action n’est pas une représentation.
L’imitation proprement dite n’intervient pas avant la deuxième moitié de la première année.
Il revendique l’influence de Vygostki particulièrement sur un point : on ne peut concevoir le développement humain autrement que comme un processus d’assistance, de collaboration, entre un enfant et un adulte, l’adulte agissant comme un médiateur de la culture. L’immaturité permet l’éducabilité, et celle-ci repose notamment sur le jeu et l’imitation. Pour lui, l’imitation est fondamentale et prépondérante dans le développement de l’enfant. Elle assure une fonction d’apprentissage. L’enfant apprend parce qu’il observe, regarde l’autre. Il ne peut imiter si l’autre ne donne pas. C’est ce qui va naître de la relation qui va porter l’enfant à apprendre, à imiter. Il faut qu’à l’intérieur de cette relation, il émane des choses suffisamment bonnes, porteuses, pour construire l’enfant, pour qu’il acquière des compétences.
5 Piaget : extrait d’un de ses cours professés à la Sorbonne. [Citation extraite de « Le Développement affectif et intellectuel de l’enfant », B. Golse.]