L'imitation constitue le pôle accommodateur du moi au réel, le jeu symbolique en constitue le pôle assimilateur.Vers 18 mois-2ans, on assiste à « l’éclosion de comportements » ( ) qui, pour Wallon comme pour Piaget, sont la manifestation de la pensée symbolique : l’imitation différée, le jeu symbolique, le dessin et le langage. L’image mentale n’est pas de l’ordre des comportements observables mais on peut déduire son existence des conduites symboliques qu’elle autorise. Comment un enfant de 2 ans et demi pourrait-il jouer au docteur, en l’absence de modèle, si le modèle n’était pas présent en représentation ?
Piaget considère la fonction symbolique (qu’il suggère d’appeler fonction sémiotique) comme « la capacité d’évoquer des objets ou des situations non perçus actuellement, en se servant de signes ou de symboles » (Piaget et Inhelder, 1963). Signes et symboles servent donc à évoquer le réel, comme signifiants du réel (le signifié) auquel ils renvoient, mais dont ils se différencient.
Le symbole est différencié de l’objet ou de la situation qu’il symbolise, représente. Il peut présenter une certaine ressemblance avec le signifié. « Les symboles, en tant que motivés, peuvent être construits par l’individu à lui seul, et les premiers symboles du jeu de l’enfant sont de bons exemples de ces créations individuelles, qui n’excluent naturellement pas les symbolismes collectifs ultérieurs. » (Piaget et Inhelder, 1966, 5ème éd.). Le signe, outre la distanciation par rapport au signifié, présente la caractéristique d’être arbitraire.
On trouve au cours de la période sensorimotrice des activités qui, bien que ne reposant pas sur des représentations, renvoient à une réalité plus complète que l’ici et maintenant perceptible. Les significations ainsi conférées le sont grâce à des indices, indifférenciés du signifié, dont ils constituent un aspect, une partie, un antécédent temporel, le résultat d’une cause. Avec le sixième sous-stade de la période sensorimotrice, et surtout dans la période suivante, apparaît un ensemble de conduites, particulièrement de jeux, « […] qui implique l’évocation représentative d’un objet ou d’un événement absent et qui suppose par conséquent la construction ou l’emploi de signifiants différenciés, puisqu’ils doivent pouvoir se rapporter à des éléments non actuellement perceptibles aussi bien qu’à ceux qui sont présents » (Piaget et Inhelder, 1966, 5ème éd.).
Le jeu symbolique, ou jeu de « faire semblant », revêt une importance considérable. Pour Piaget, il marque l’apogée du jeu enfantin, en ce qui rempli mieux que tout autre la fonction essentielle du jeu, pour deux raisons. En premier lieu, l’obligation de s’adapter à un monde physique et social que l’enfant ne peut encore dominer ne lui permet pas de satisfaire ses besoins affectifs et intellectuels : « il est donc indispensable à son équilibre affectif et intellectuel qu’il puisse disposer d’un secteur d’activités dont la motivation ne soit pas l’adaptation au réel mais au contraire l’assimilation du réel au moi, sans contraintes ni sanctions : tel est le jeu, qui transforme le réel par assimilation plus ou moins pure aux besoin du moi […] » (Piaget et Inhelder, 1966, 5ème éd.). La seconde raison tient également d’une nécessité de compenser les contraintes du réel. L’instrument essentiel de l’adaptation sociale est le langage auquel l’enfant doit s’adapter, dans les formes qui lui sont imposées. L’enfant a besoin d’un moyen d’expression propre, « […] système de signifiants construits par lui et ployables à ses volontés : tels est le système des symboles propres au jeu symbolique, empruntés à l’imitation à titre d’instruments. L’imitation est simplement utilisée comme moyen évocateur : tel est le jeu symbolique. Il y a une assimilation du réel au moi mais une assimilation assurée par un langage symbolique construit par le moi et modifiables au gré des besoins » (Piaget et Inhelder, 1966, 5ème éd.). Comme on vient de le voir, alors que l’imitation constitue le pôle accommodateur du moi au réel, le jeu symbolique en constitue le pôle assimilateur, les conduites intelligentes adaptées résultant d’une combinaison s’assimilation et d’accommodation.
La chronologie de l’apparition de différents types de jeux symboliques s’avère associée à celle des progrès de l’intelligence avec cependant moins de rigueur.
Entre 18 mois et 2 ans, l’enfant met en œuvre dans ses conduites des schèmes déjà bien maîtrisés mais utilisés pour le jeu de façon symbolique. C’est ainsi qu’il fait semblant de manger, qu’il prend la posture habituelle de l’endormissement, etc. Le schème est donc utilisé en dehors de ses buts et contextes habituels. Ce type de jeu ne concerne que l’enfant lui-même dans un premier temps. Progressivement, il y intégrera un partenaire fictif (faire manger sa poupée) puis des objets disponibles qu’il substitue symboliquement à l’objet impliqué dans le jeu (ex : un cube pour une voiture).
Entre 3 et 4 ans, les jeux symboliques deviennent plus complexes, plus variés, impliquant davantage de personnages, en de véritables scènes où s’échangent rôles et répliques. A cet âge, le jeu symbolique a pour fonction essentielle de libérer l’enfant des contraintes de l’accommodation au réel, en assimilant le réel au moi, fonction au est dévolue chez l’adulte à la rêverie. Le jeu symbolique donne à l’enfant une occasion de revivre en les transposant des situations qui se sont avérées désagréables dans la réalité, il exerce de ce fait une fonction cathartique en permettant la réalisation de désirs et la liquidation de conflits.