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Estime de soi - Les défauts

10/07/2006 - Lu 12444 fois
La dévalorisation de l'enfant, l'échec, la fausse bonne estime de soi, l'abandon et la dépression.

e) Les défauts d’estime de soi

Un enfant qui a grandi avec le sentiment permanent de n’être pas reconnu, de ne pas être apprécié, estimé et aimé par ses parents ainsi que par les adultes qui l’entourent, aura sans doute des difficultés à se construire une bonne image de soi et donc une bonne estime de soi.
De plus, il est possible que les enfants confiés au Centre Départemental de l’Enfance, ne se sentent pas aimés personnellement. Ce qui va alors leur manquer. C’est le sentiment narcissique, l’amour de soi. Et on peut difficilement s’aimer soi-même, si on ne se sent pas aimé, valorisé par ses parents. On a tous besoin de se sentir l’enfant de quelqu’un pour s’épanouir et développer nos compétences.

La dévalorisation de l’enfant

L’enfant, s’il se dévalorise, passe par le langage. Il formule à son égard des critiques. Il verbalise son sentiment d’insuffisance. Cependant, il peut arriver qu’après un échec à l’école ou autre, il ne se sente pas capable de faire quelque chose et le verbalise. Cela n’est pas inquiétant en soi. Pour que la dévalorisation d’un enfant à son égard devienne inquiétante, il faut que cela soit répété plusieurs fois dans la semaine voire même dans la journée. La dévalorisation, quand elle est signe d’un manque d’estime de soi, est formulée très fréquemment par l’enfant qui exprime un découragement, presque une résignation. L’enfant a le sentiment de ne pas avoir la valeur personnelle de faire telle ou telle chose.

Chaque soir au moment de faire ses devoirs, Quentin (6 ans) est déjà catastrophé car il se dit ne pas être capable de les faire. Il me répète avant chaque exercice qu’il est nul et qu’il n’y arrivera pas. Un jour, au moment du repas, il m’a répété que de toute façon « il n’était qu’un bon à rien à l’école. »
Je pense que Quentin, ne se sent pas capable de faire certains exercices à l’école. Puis en en rediscutant avec l’équipe, nous nous sommes posés la question de savoir si ce n’était pas des mots qu’il avait l’habitude d’entendre chez ses parents, ou si l’institutrice n’avait pas dit quelque chose que Quentin aurait pu mal interpréter.

Le regard des parents ou de l’adulte sur ce que fait l’enfant est important pour ce dernier. Ainsi, si le discours de l’adulte est en permanence dévalorisant, il peut vraiment être destructeur pour l’enfant. Si l’on répète à l’enfant constamment qu’il ne vaut rien, alors il va finir par intérioriser ce discours et en faire le sien.

L’échec

Certains échecs peuvent frapper l’enfant dès le plus jeune âge, mais c’est surtout au moment de l’entrée à l’école que l’enfant qui s’estime peu va entrer dans la conduite d’échec. Car avec l’entrée à l’école, il va se confronter au groupe social. Le fait de se comparer aux autres, d’être noté et observé par l’instituteur(-trice) va stimuler sa valeur personnelle. Mais pour des enfants qui ont une basse estime de soi à la base, la situation scolaire peut devenir une épreuve.

En allant chercher Réda (4 ans) à l’école, je le trouve en pleurs. Je lui demande ce qui s’est passé, mais il ne me répond pas et ses pleurs deviennent croissants. L’institutrice vient alors vers moi et m’explique « que Réda n’a pas su faire un parcours de « gym » comme ses autres camarades et que depuis, il doit être vexé. »
En effet, après qu’il se soit calmé, Réda m’a expliqué qu’il n’avait pas réussi le parcours et qu’il ne voulait plus réessayer. Réda n’était pas scolarisé depuis très longtemps et s’est senti, je pense, observé et noté peut être par la maîtresse. Ce qui a du l’impressionner. Cela a été pénible pour lui de ne pas réussir ce que les autres avait pu faire, ce que la maîtresse a alors pris pour une vexation.
Mais Réda étant tout de même relativement confiant en lui pour certaines choses, a réessayé petit à petit, avec l’aide de la maîtresse.

« C’est en se trompant que l’on apprend ». Cette citation peut être applicable pour un enfant qui reste relativement confiant en soi. Cependant, si il a une mauvaise estime de soi, alors l’erreur le fige, le bloque et ne lui permet plus d’avancer. Si l’estime de soi est basse, l’enfant a du mal à se remettre de cet échec qui reste douloureux et durable. Il en est de même pour la critique à laquelle un enfant qui a une basse estime de lui-même sera plus sensible en intensité et en durée, qu’un enfant ayant une bonne estime de lui.

La fausse bonne estime de soi

Il faut faire attention aux apparences. Un enfant faisant preuve d’une grande estime de lui-même, se montrant content de lui, voulant sans arrêt se mettre en avant et prouver ses compétences, n’a pas forcément une si bonne estime de lui-même qu’il il veut le laisser paraître. Toutes ces manifestations d’estime de soi sont révélatrices d’un malaise chez l’enfant. En effet, il doute de ses capacités et cherche à se rassurer. « A la suite d’une construction de soi défaillante, son sentiment d’existence est entièrement bâti sous la dépendance du regard des autres » (E. RIGON) Faute d’une réelle bonne estime de lui, l’enfant cherche à se faire remarquer par les autres en se mettant en avant. Il cherche l’admiration d’autrui, il veut attirer l’attention.

J’ai l’exemple d’Anthonio (6 ans), pour qui pas un jour ne passait sans qu’il dise au moins une fois qu’il était « le chef, le meilleur, le lus fort. » Dès qu’un éducateur avait besoin de l’un des enfants du groupe pour faire une activité, Anthonio sautait sur l’occasion et disait « c’est moi qui suis le plus fort, alors j’y vais. »
De plus, il y eut un moment où sur le groupe, il était le plus âgé, ce qui le responsabilisait d’avantage et lui faisait dire que c’était lui « le responsable du groupe, le chef du groupe », les autres étant plus petits que lui.

L’enfant apparemment très narcissique et sûr de lui ne l’est en fait pas. Il n’est pas si sûr qu’il le laisse paraître de ses capacités et de sa valeur personnelle. L’enfant veut plaire à ses parents, à son entourage et pour cela, il se construit selon l’image qu’il veut leur donner, et non comme il en aurait envie. « C’est pourquoi en psychologie, on parle souvent de « fausse construction de soi ».(E. RIGON) L’enfant va donc se faire une idée de sa valeur personnelle qui ne sera pas authentique.

L’abandon et l’estime de soi

L’un des besoins fondamentaux de l’enfant est de se sentir en sécurité avec ses parents. C’est surtout de savoir qu’ils seront toujours présents auprès de lui et ne l’abandonneront pas. Si les parents semblent ne pas respecter cela, l’enfant peut être effrayé. Il prend l’abandon comme une trahison qui va endommager à court ou long terme son estime de soi. L’abandon peut être interprété comme un rejet, un rejet de la valeur personnelle de l’enfant. Il culpabilise de l’acte d’abandon de son parent en se sentant responsable du fait que celui ci ne s’occupe plus de lui.

Kelvin (5ans) est confié au CDE depuis presque huit mois. Depuis cette période, sa maman n’est venue le voir qu’une seule fois. Si Kelvin a été « placé», c’est parce qu’il était livré à lui même en pleine rue à l’âge de quatre ans.
Un soir, Kelvin m’a demandé pourquoi sa maman, ne venait pas le voir, s’il avait fait quelque chose de mal. Il me dit alors qu’il savait pourquoi elle ne venait pas. « C’est parce que je ne suis pas assez sage et je suis trop nul, donc maman ne vient pas. »

En plus de la souffrance, du rejet et de la « perte » du parent, l’abandon affectera la définition de soi de l’enfant. Car l’identité dépend essentiellement des liens qu’il a avec les autres. Dans le cas de l’abandon, le sentiment de ne plus être en relation invalide l’estime de soi. L’enfant se sent diminué, il lui manque une partie de lui-même. C. PICKHARDT, relate les propos d’adultes ayant été abandonnés et qui disent ressentir un vide intérieur.

La dépression et l’estime de soi

« Le terme dépression se réfère à un état d’accablement grave où la personne stagne émotionnellement ; elle est piégée par le chagrin, le désespoir, l’impotence et la colère, et est dépourvue de l’énergie, ou de la détermination indispensable pour effectuer des changements positifs. » (C. PICKHARDT)
Le manque d’estime de soi peut entraîner une dépression due à une construction du Soi défaillante. Les rapports entre l’estime de soi et la dépression son souvent complexes car ils dépendent aussi des éléments déclencheurs du manque d’estime de soi, et donc de la dépression.

Pour Kelvin, par exemple, le CMPP (Centre Médico..Psycho.Pédagogique………..) a déclaré chez lui un état de dépression. Kelvin ne mangeait plus, ne voulait plus aller à l’école. Le réveil était un vrai combat pour lui tous les matins,…
Je pense qu’ayant le sentiment d’être abandonné par sa maman, Kelvin manque d’estime de lui-même, il se sent nul et le dit haut et fort. Ce sentiment d’impuissance, de dévalorisation et de rejet entraîne chez lui une mauvaise estime de soi qui peut être l’un des facteurs déclencheurs de la dépression.

La dépression anéantit souvent la capacité et l’envie d’une personne d’affronter la vie. La dépréciation de soi amène à une dépression. On sent chez ces enfants une tristesse qui ne se réjouissent jamais totalement et refusent tout ou presque.
En revanche, si un enfant a une vraie bonne estime de soi, il risque moins les états dépressifs. Car les forces que procure l’estime personnelle luttent contre la dépression en quelque sorte.

L’un des facteurs qui entre en jeu dans la construction de l’identité d’un enfant et l’acquisition de l’estime de soi chez cet enfant est sa famille et la « place » que l’enfant va y prendre. Ce lien avec la famille, va permettre à l’enfant de se construire un identité et de se procurer un sentiment de valeur personnelle. Toutefois, les parents dont les enfants sont « placés » sont eux-mêmes confrontés à des problématiques difficiles : la toxicomanie, l’alcoolisme, les violences, la dépression, les troubles psychiatriques,… qui peuvent les empêcher d’élever leurs enfants. Le cadre familial déstructuré peut être donc à la base d’un manque d’estime de soi chez un enfant.
Je ne suis pas auprès des parents et des enfants lorsqu’ils repartent en week-end ou en vacances, mais d’après les observations que j’ai pu faire lors de ces retours de moments passés en famille, on peut supposer que ces défauts d’estime de soi chez les enfants prennent source au sein du cadre familial.

Mais avant de vouloir développer l’estime de soi chez un enfant, il faut s’assurer que ses besoins élémentaires ont été satisfaits ou au moins en partie.

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Auteur : céline CHE infos sur l'auteur | contactez l'auteur | le site de l'auteur

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