Vous êtes ici >> Accueil/Les Dossiers/Le métier d'EJE/EJE : Une profession en quête d'identité(s) - regard sur la formation

EJE : Une profession en quête d'identité(s) - regard sur la formation

12/07/2006 - Lu 3457 fois
L'analyse des questionnaires :
regard de l'échantillon sur la formation d'EJE : complète ou non, manques, rajouts, ce qui est le plus réutilisé.

III°- Qui sont les éducateurs de jeunes enfants ? (suite 2)

C°- regard sur la formation :

- la formation en elle-même est-elle complète ou non ? :

Dans le questionnaire que nous avons fait circuler et qui a précédemment été présenté, il a été demandé aux éducateurs de jeunes enfants leur sentiment par rapport à leur formation. Il s’agissait de répondre d’abord par oui ou non et ensuite de justifier leur réponse sur le fait que la formation leur est apparue comme complète ou non. Nous n’avions pas prévu la nuance que 2 sujets ont apporté en répondant « oui mais » et il nous semble important de tenir compte de leurs réponses en tant que telles, même si par la suite nous les assimilerons au groupe qui a répondu non car leurs réponses allaient dans le même sens. Afin de mieux illustrer la répartition des réponses, qui nous donnera un point de départ pour la suite, nous avons fait apparaître les résultats dans le tableau suivant :

Sentiment d’une formation complète :
Non Oui Oui mais
11 4 2

En observant les résultats du tableau de synthèse, nous constatons que se dégage en majorité une insatisfaction par rapport à la formation.

Seulement 4 sur 17 sondées pensent qu’elle est complète. Les justifications qu’elles donnent se recoupent. Il apparaît alors plus judicieux de garder leurs mots pour expliquer leur position. L’une d’entre elle dit qu’ « en 27 mois, il est difficile de faire le tour d’une profession qui évolue avec la société. Néanmoins, la psychologie et la psychopédagogie m’ont paru suffisantes […]. Maintenant, nous traitons plus de l’enfant sain que de l’enfant malade ou porteur de handicap, dans le sens où tous les enfants quels qu’ils soient sont à respecter en tant qu’individu et à accompagner en tant qu’enfant. La formation est une étape, le DEEJE, une autre et nous avons toute notre vie pour affirmer notre identité, opérer des choix professionnels et affiner notre pratique ». Dans le même ordre d’idée, une autre avance que : « nous avons abordé tous les sujets ou presque. Certes nous n’avons « qu’abordé », mais ce n’est pas un métier purement technique, beaucoup s’apprend sur le terrain, dans la pratique tout au long de notre parcours professionnel et de nos diverses rencontres ». Plus classiquement, le constat est fait qu’ « à travers plusieurs domaines, nous étudions tout ce qui touche au développement de l’enfant. Puis cette formation permet de se mettre en situation (travaux pratiques, stages) ». De manière générale, elles ont une vision à long terme en incluant la formation dans un processus continu. Sur ce point elles vont toutes dans le même sens que ce soit celles qui valident la formation ou celles qui n’en sont pas satisfaite. La formation n’est pas une fin en soi : les EJE se forment au quotidien, dans leurs rencontres, leurs expériences, durant la formation continue, etc.

Pour en revenir à la question de la formation au sein de l’école, il y a en revanche une grande majorité, toutes celles qui ont répondu « non » ou « oui mais » (13 contre 4), qui n’est pas satisfaite par celle-ci et la juge incomplète. Il est même spécifié qu’elle ne doit pas non plus former « des éducateurs identiques ». Ce qui revient le plus souvent est le manque, voir l’absence, de formation concernant l’encadrement d’une équipe, les fonctions de directions incluant l’utilisation des outils de gestion informatique, la législation quant à leurs responsabilités et aux normes de fonctionnement des structures de la petite enfance. Il est aussi fait mention d’un manque de formation concernant l’accueil et la formation des stagiaires. Plus généralement, il est regretté que les cours ne soient pas assez approfondis voire même pas assez ciblés par rapport à la réalité du terrain et à la problématique de l’enfance. La durée de la formation est aussi pointée. Il est regretté que sa durée ne soit pas assez longue et qu’il n’y ait pas plus de stage.

Pour conclure sur cette question, il a été demandé dans le questionnaire de préciser ce qu’elles modifieraient dans la formation qu’elles ont suivi. Elles reprennent alors, pour la plus part, tout ce qui a été dit par la majorité dans ce qui manque mais d’autres points s’y ajoutent. Ces points sont liés d’une certaine manière à l’après formation, c'est-à-dire comment faire sa place sur le terrain et une meilleure préparation à l’après formation (ouverture sur l’emploi). Une des EJE utilisent une métaphore intéressante pour terminer sur ce qui est soulevé ici : « la formation est incomplète car elle se fait également sur le terrain, au fil des expériences. C’est un peu comme le permis de conduire, lorsqu’on le possède cela ne signifie pas que l’on sait conduire ». Il est aussi question de la remise en cause du fonctionnement des guidances et le décalage, parfois existant, des formateurs avec la réalité du terrain.

Dans l’ensemble, sur ce point, nous retrouvons des similitudes sur les critiques qu’avait relevés Daniel Verba dans son ouvrage[1] concernant la longueur de la formation, la préparation aux fonctions de gestionnaire et de responsable technique. Par contre l’insatisfaction apparaît plus marquée ici et les revendications sont plus nombreuses. Ce phénomène peut être dû à la taille de l’échantillon qui est beaucoup plus restreint. Cependant, il semble plus probable que cela soit dû à l’évolution de la profession, de la formation et plus largement de la société et ses besoins depuis l’enquête mené par Daniel Verba : son questionnaire datant de 1991 et son observation participante, a certes duré 15 ans, mais elle a eu lieu entre 1973 et 1987.

L’insatisfaction existe durant la formation dans le rapport aux formateurs, à l’encadrement (guidance) et déjà là, des constats existent sur le manque d’approfondissement, sur le décalage avec la réalité et sur des cours hors contextes (par exemple : des cours de sociologie sur Durkheim et le suicide, des cours de droits qui traitent de la législation de la sécurité sociale). Cependant ce manque de satisfaction semble apparaître plus particulièrement après la formation, suite à la confrontation à la réalité du terrain qui est différente de celle du stagiaire. Il existe un décalage entre la théorie et la pratique d’autant plus que celle-ci n’est pas toujours en prise avec la réalité, sort du cadre du secteur concerné, n’est pas à jour et voire même inexistante sur des points pourtant essentiels. Il existe aussi un idéal véhiculé au sein des établissements de formation, et il est donné aux étudiants des bases et une aide pour se forger une identité professionnelle. Les futurs EJE absorbent les grands principes pédagogiques et psychologiques qui sont une des bases essentielle de leur profession, ainsi que d’autres bases théoriques et pratiques. Ils entrent là dans une phase d’initiation pendant laquelle ils vont s’imprégner de tout ce qui leur est transmis, de ce qu’ils auront vécu même s’ils ne sont pas en accord avec l’ensemble. A la fin, ils auront incorporé des éléments qui fonderont la base de leur identité professionnelle car celle-ci évolue aussi dans la pratique, et qui imprégneront leur personnalité. Toutefois, il est important de noter que le pluralisme théorique qui se retrouve dans la formation d’EJE est plus ou moins développé, voire ciblé, en fonction de l’école, de son projet pédagogique, de ses orientations idéologiques et même en fonction des formateurs et des intervenants. Par exemple, certains centres ont plus une orientation psychologique et pour d’autres elle pourra être plus pédagogique voir psychopédagogique. Ces divergences entraînent une sorte de concurrence entre établissements. Quoi qu’il en soit, l’insatisfaction des étudiants existe, peu importe le lieu de formation. Ceci est confirmé par le fait que les membres de l’échantillon viennent d’écoles différentes. Il est intéressant de noter tout de même que les EJE ont tendance malgré tout à entrer dans le jeu de la concurrence des écoles et à mettre en avant la leur. De plus malgré leur insatisfaction concernant la formation, les EJE réutilisent certains éléments en fonction de leurs besoins, de leur propre orientation.

Au niveau des cours, elles réutilisent principalement les cours de psychologie clinique, de psychologie du développement et de psychopédagogie. Nous retrouvons là, les origines idéologiques des écoles et le fait que ce sont les enseignements mis le plus en avant pendant la formation. Il s’agit aussi de ce qui fait la base de la profession et qui prend une grand part dans la connaissance de l’enfant. Pour une part moins élevée, certaines se servent aussi des cours de pédagogie, de psychomotricité et également les notions qui ont été transmises sur le jeu, sur l’utilisation de l’espace et l’éveil culturelle. Concernant les travaux en groupe (groupe de réflexion, groupe de discussion sur les stages, etc.), les interventions, des méthodes, elles reprennent pour beaucoup la communication, l’observation mais aussi à un moindre niveau l’écoute, la sécurité de l’enfant, la question de l’affectivité. D’une certaine manière tout est corrélé. Dans les choix de reprises qu’elles font, il y a une réelle cohérence avec ce qu’elles ont pu dire de leur profession, les mots-clés de celle-ci ainsi qu’avec les qualités que doit avoir un EJE. Il s’agit aussi d’éléments que les écoles soulignent le plus. Nous retrouvons cette idée de cohérence car elles font aussi des reprises sur des acquis plus pratiques, que ça soit sur le terrain pendant les stages ou durant les ateliers de marionnettes, de contes, de musique et d’arts plastiques. Ça rejoint là, entre autre, l’idée de créativité, d’inventivité à laquelle elles font référence.


[1] Verba D., 2001 (nouvelle édition actualisée), Le métier d’éducateur de jeunes enfants, Syros & La Découverte : Alternatives sociales, Paris.

Auteur : Violène Dorison infos sur l'auteur | contactez l'auteur | le site de l'auteur

Derniers articles en relation


| Lettre d'information | Plan du site | les Membres | les auteurs | Nous recommander |