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EJE : Une profession en quête d'identité(s) - relations professionnelles

12/07/2006 - Lu 3471 fois
L'analyse des questionnaires :
Il s'agit, ici, de s'intéresser aux relations des EJE sondés avec les différents professsionnels qu'ils sont amenés à cotoyer dans le cadre de leur fonction.

III°- Qui sont les éducateurs de jeunes enfants ? (suite 3)

D°- relations dans le champ professionnel du secteur de la petite enfance :

Il est important de noter en préambule que les EJE ont du mal à se situer par rapport aux autres professions et cela d’autant plus que seul les EJE ont une formation adaptée spécifiquement à la petite enfance. Nous pouvons alors assister à une rivalité entre les différents professionnels. Ces luttes se font malgré la bonne adaptation de leur formation, au détriment des EJE qui ne peuvent faire le poids face au bastion médical représenté par les puéricultrices et les auxiliaires de puériculture mais aussi face à l’éducation nationale incarnée par les professeurs des écoles de maternelle. Le ressentiment est donc parfois très fort à l’égard de ces partenaires qui sont peu disposés à lâcher une part de leur influence.

a- relations : rapprochements pratique, théorique, socioculturel :

Afin de mieux percevoir les liens qu’entretiennent les éducateurs de jeunes enfants avec les autres professionnels, une série de trois questions leur a été posé sous la forme de tableaux dans lequel il fallait cocher la case qui correspondait à leur réponse. Une quatrième question leurs demandait d’effectuer un classement, après traitement, les réponses apparaissent elles aussi dans un tableau.
Nous allons maintenant nous attacher à regarder ce qui ressort de chaque tableau en les reliant au fur et à mesure.

Proximité des pratiques des EJE avec celles des professions qu’ils peuvent côtoyer :
  Très proche Assez proche Assez éloigné Très éloigné Pas de réponse Total
Professeur des écoles   3 11 3   17
Puéricultrice   4 8 4 1 17
Auxiliaire de puériculture 2 12 3     17
Educateur spécialisé 5 8 4     17
Psychologue   7 7 3   17
Animateur   9 5 3   17

Sur la question des pratiques, nous pouvons constater que la profession désignée comme la plus proche, par rapport aux autres, est celle d’auxiliaire de puériculture. Malgré tout elle est désignée comme « assez proche ». Ce résultat n’est pas surprenant car nous savons que les EJE sont amenés à travailler majoritairement au sein de structures telle que les crèches qui sont le lieu d’exercice privilégié des auxiliaires. En cumulant les chiffres, les éducateurs sont aussi classés comme étant proche des pratiques des EJE. Là encore, rien de surprenant quand on sait le lien qu’il peut être fait entre ces deux professions du secteur social. Et les EJE sont aussi amené à travailler avec eux.
L’autre nombre significatif concerne la profession de professeur des écoles qui est pointée comme assez éloignée des pratiques des EJE. Là encore, il n’y a pas de surprise car, le travail n’est pas le même, et encore moins l’approche de l’enfant et les connaissances sur son développement. Les professeurs des écoles se situent plus dans la transmission de savoirs dit scolaire. Il n’est plus question dès lors de tenir compte de l’individualité de l’enfant et de l’accompagner dans son développement et ses apprentissages. Par contre, les puéricultrices sont aussi classées comme assez éloignées. Cela semble logique dans les rapports de hiérarchie et de la vision opposée à celle de l’EJE concernant la prise en charge des enfants. Les puéricultrices se situent plus sur le plan de l’hygiène et ont une tendance à vouloir tout aseptiser.
Par contre, un chiffre parait surprenant. Il s’agit des animateurs pour lesquels 9 des EJE les voient comme étant assez proche de leur pratique. Surprenant car il ne s’agit pas du tout du même travail auprès des enfants, les pratiques ne reposent pas en majorité sur des principes similaires et la formation pour être animateur est bien loin de celle des éducateurs de jeunes enfants.

Le tableau qui suit est une continuité de ce que nous venons de voir et opère un classement des professions.

Classement des professions que les EJE peuvent côtoyer, du plus proche au moins proche de leur champ pratique et théorique :
  Professeur des écoles Puéricultrice Auxiliaire de puériculture Educateur spécialisé Psychologue Animateur Pas de réponse
1er rang   1 7 8 1    
2ème rang 2 3 2 1 5 4  
3ème rang 2 1 5 5   4  
4ème rang 2 3 2 2 4 3 1
5ème rang 7 3   1 2 1 1
6ème rang 4 5     1 4 1

En regardant l’ensemble des chiffres, nous pouvons établir le classement suivant :

  • 1- Auxiliaire de puériculture
  • 2- Educateur spécialisé
  • 3- Animateur
  • 4- Psychologue
  • 5- Professeur des écoles
  • 6- Puéricultrice

Le résultat obtenu est cohérant avec ce que nous avons pu relever dans le tableau précédent. Cependant, une interrogation apparaît, car il était question là du champ pratique et théorique, et ce qui ressort correspond tout à fait à ce qui a été dit sur la pratique, mais une nuance était attendue du fait qu’il était aussi question de la théorie. Nous pouvons alors nous demander si la question a été prise dans sa globalité, si elle était suffisamment claire. Des doutes apparaissent et l’analyse de cette réponse semble compromise au-delà de ce qui vient d’être dit.

Proximité sociale et culturelle des EJE avec les professions du secteur social et de l’enfance :
  Très proche Assez proche Assez éloigné Très éloigné Pas de réponse Total
Professeur des écoles 4 8 4   1 17
Puéricultrice 2 4 10   1 17
Auxiliaire de puériculture 1 7 7   2 17
Educateur spécialisé 11 6       17
Psychologue 1 7 8 1   17
Animateur 1 4 9 1 2 17


Ici, les réponses sont sans équivoque et reposent sur une réalité fondée dans les rapprochements des champs professionnels et des types de formations. Les éducateurs spécialisés (ES) sont donc les plus proches des EJE sur le plan social et culturel. Les autres viennent loin derrière et de manière mitigée. Par contre, les puéricultrices sont là encore les plus éloignées mais sont rejointes par les animateurs. Ce positionnement s’explique aussi par rapport aux formations qui n’ont rien à voir et par l’idéologie social qui relie plus les EJE et les ES.

Qualités des relations avec les autres professionnels intervenant dans le champ de la petite enfance :
  Bonnes Passables Mauvaises pas de réponse Total
Professeur des écoles 8 4   5 17
Educateur de jeunes enfants 16 1     17
Puéricultrice 6 4 1 5 17
Auxiliaire de puériculture 12 3   2 17
Educateur spécialisé 12 1   4 17
Psychologue 9 3   5 17
Animateur 10 3   4 17
Médecin 8 3   6 17

Ce tableau n’est pas très représentatif. Il aurait été plus judicieux d’aborder la question différemment. Malgré tout, nous pouvons dire que les EJE s’entendent relativement bien avec tout le monde et plus spécifiquement avec les autres EJE, les ES et les auxiliaires. Et là encore, les puéricultrices arrivent en dernier. Nous pouvons tout de même observer toujours la même cohérence entre les différentes questions et les classements sont quasiment les mêmes à chaque fois.

b- Problèmes avec les autres professionnels :

Il a été demandé aux éducatrices de présenter les principaux problèmes qu’elles rencontrent avec les autres professionnels qu’elles côtoient.
Majoritairement, il ressort des problèmes de place, de reconnaissance et de professionnalité. Elles font part du problème de la reconnaissance de leur profession, de son application auprès des enfants et du manque de considération de leur travail. Elles pointent les divergences d’opinions, de points de vue pédagogiques et des problèmes de communications qui s’y ajoutent.
Concernant les puéricultrices, là encore le discours est sans équivoque. L’une d’entre elle dit d’ailleurs : « une « pédagogie » nettement plus axée pour certains (puéricultrices) sur le rendement financier et la production de travaux (faire pour faire) ». Il est aussi question des psychologues. Il leur est reproché de ne pas comprendre le milieu des crèches ou des foyers, d’être souvent en dehors de la réalité du terrain et des difficultés des enfants.
Les relations ne semblent donc pas toujours si bonnes que ça contrairement à ce que nous avons vu précédemment, mais cela semble logique lorsque l’on travail au sein d’une équipe pluridisciplinaire. Il aurait été intéressant de savoir comment elles gèrent ces difficultés dans leur pratique au quotidien.

c- Le travail en équipe :

Il a été demandé aux EJE, dans le questionnaire, de nous dire si le travail en équipe faisait parti des pratiques dans leur institution. Voici les réponses qui ont été données :

Existence d’un travail d’équipe au sein des institutions fréquentées :
Oui Non Pas de réponse
14 2 1

Concernant l’échantillon, seul 2 EJE affirment que dans leur institution, le travail d’équipe ne fait pas parti des pratiques. 1 personne n’est pas actuellement en poste et n’a pas pu répondre, donc pour les 13 autres le travail d’équipe fait parti des pratiques de l’institution.
Il apparaît un manque par rapport à cette question. Il aurait été intéressant de demander ce que représentait le travail d’équipe effectué dans leur structure. Je pense qu’il y aurait des choses inattendues qui seraient ressorties et qu’il y aurait eu contradictions avec le point suivant où il est demandé aux EJE de donner le sens que prend pour elles le travail d’équipe.

Importance ou non du travail d’équipe dans les pratiques, les missions de l’institution :

Cette question fait l’unanimité dans les réponses. Quel que soit le vécu sur le terrain, elles sont toutes d’accord pour dire l’importance du travail d’équipe dans les pratiques, la prise en charge de l’enfant et le fonctionnement institutionnel.
Il est même dit que le travail en équipe est « primordial car il est moteur dans une institution ». De plus, le travail dans le secteur de la petite enfance « repose sur des situations vécues et il est important de communiquer pour ne pas laisser s’installer les non-dits, les rancunes » afin de mieux accueillir les enfants et s’adapter aux familles. Dans le même ordre d’idée une autre EJE (responsable technique d’une crèche parentale) dit : « Le travail d’équipe est essentiel. A travers les réunions d’équipe régulières et nos différentes transmissions quotidiennes nous pouvons confronter nos points de vue sur des situations vécues et plus rapidement leurs faire des propositions adéquates ».
Cette collaboration permet aussi une cohérence dans les discours, les manières de faire et « permet d’arriver à une complémentarité d’équipe afin de répondre au mieux aux besoins des enfants ». Elle permet aussi d’avoir des objectifs, des projets communs, de mettre en place une réflexion et c’est « un garde fou [car] chaque individu à ses limites ; lorsqu’elles sont atteintes on peut passer la main à son collègue. Seul face à ce problème, les réactions peuvent parfois être violences ou du moins totalement inadaptés. L’équipe évite les déviances. Dans certaines cas malheureusement elle peut les provoquer ». L’équipe a donc aussi ses limites et doit être toujours en action, dans la remise en question, dans l’écoute de l’autre car même si l’équipe est essentielle, elle peut engendrer des « dysfonctionnements qui ont malheureusement des répercussions sur les pratiques et l’accueil des enfants ».
Il semble important de garder en mémoire, afin d’ajuster sa pratique et de repenser sans cesse le travail d’équipe, ce que dit l’une des EJE : « Le travail en équipe est primordial mais tellement complexe ! Beaucoup d’affectivité, d’émotion, de distance non respectée font que celui-ci devient parfois très difficile ».
Nous pouvons constater que les éducatrices sont très conscientes de l’importance du travail d’équipe, de ces limites et de ces dangers. Il est un peu dommage qu’aucune d’entre elles ne fassent par de moyens de re-médiation aux dysfonctionnements, ni de la gestion de ce travail en équipe.

L’équipe comme instance de médiation et le rôle de l’EJE :

L’équipe est définie couramment comme étant « un groupe de personnes travaillant à une même tache ou unissant leur effort à un même dessein »[1]. Plus spécifiquement, elle est une instance de référence, de régulation, de contrôle entre l'éducateur et l'usager, l'éducateur et sa pratique, entre l'usager et son environnement. Elle est un moyen de protéger l'éducateur d'une relation duelle, fusionnelle. Elle joue donc une fonction de tiers dans la relation. En rendant des comptes, en s’y référant, le professionnel introduit la triangulation dans sa relation à l’usager. Penser le travail d’équipe influence donc les pratiques professionnelles.
Mais une équipe, pour être reconnue en tant que telle, doit répondre à plusieurs points. Elle nécessite une tension commune vers le « succès », une définition et une acceptation de ses buts et ses objectifs, une co-responsabilité de la part de tous ses membres, une confiance réciproque, une perception claire de la répartition du travail, une discipline commune, une zone de hiérarchisation claire, et une connaissance des appartenances à cette équipe.
L’équipe existe au sein d’une structure. Dans la profession d’éducateur de jeunes enfants, il s’agit d’institution spécialisée. Spécialisée, de par son mode d’accueil spécifique d’usagers, accueil d’usagers qui ont des difficultés d’adaptation sur l’extérieur ou qui sont en cours d’adaptation comme par exemple les jeunes enfants qui sont pris en charge en crèche. Les usagers de ces institutions spécialisées induisent parfois des difficultés d’adaptation de la part des professionnels. D’où l’importance de l’équipe et du travail qu’elle élabore au sein de l’institution qui permet de travailler autour de ces difficultés, de trouver des solutions en préservant le professionnalisme de chacun.
Dans une équipe, d’autres problématiques viennent la déstabiliser comme les conflits, les questionnements autours du projet par exemple. L’équipe a ses limites. Elle est une instance faillible. Il faut alors questionner cette faille et non la refuser. Pour cela il existe divers outils que l’équipe se doit d’utiliser.
L’éducateur de jeunes enfants, à mon avis, par ses connaissances sur le monde de la petite enfance, sa vision de l’enfance et ses compétences peut-être le moteur de sorte que l’institution et toute l’équipe de professionnels prennent conscience, réfléchissent sur l’importance de sa cohésion et de son équilibre pour le bien être de l’enfant accueilli. C’est d’ailleurs ce qui est ressorti des propos tenus par les EJE qui ont répondu au questionnaire.


[1] Dictionnaire Larousse

Auteur : Violène Dorison infos sur l'auteur | contactez l'auteur | le site de l'auteur

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