L'analyse des questionnaires :L’absence de reconnaissance des compétences des EJE en tant que professionnels de la petite enfance, en matière de prise en charge, d’accueil de l’enfant et de sa famille, des ses responsabilités et connaissances, déstabilise les praticiens et porte atteinte à leur identité professionnelle. Car l’identité a besoin d’être objectivée pour être assurée et elle est ce par quoi le sujet s’individualise, se démarque des autres et se constitue son identité propre. Par conséquent, elle conserve toujours une certaine part de précarité et n’est donc jamais définitivement acquise. Le risque est important qu’à terme ces professionnels se trouve placés dans une situation difficile où plus rien ni personne ne leur permettent de savoir si les techniques et les savoirs faire qu’ils mettent en œuvre pour faire face au réel du travail sont fondés ou légitimes. Rappelons encore une fois que l’absence de prise en compte de leur savoir-faire réveille alors chez eux une quête identitaire justifiée, une insatisfaction au travail. Il devient donc urgent de tout mettre en œuvre pour faire reconnaître et valoriser les compétences des EJE. C’est la reconnaissance de leur professionnalisme et de leur savoir pratique qui peut restituer une identité actuellement rejetée. La politique doit ouvrir les yeux et proposer des projets clairs, et aux pouvoirs publics ainsi qu’aux institutions de les aider à trouver leurs places, en définissant clairement les contours de leurs places et de leurs fonctions, donc en établissant des fiches de postes avec eux. C’est à cette condition qu’ils se sentiront déconnectés d’un rôle maternel et qu’ils se sentiront reconnu dans la spécificité de leur profession et de leur formation. Les métiers de la petite enfance dont font parti les EJE doivent être au cœur de la question sociale et politique puisqu’ils participent à la construction de la personnalité de l’homme de demain.
L’objectif est de rendre visible les fonctions de chacun, de donner aux futurs professionnels, ainsi qu’aux formateurs et aux responsables, des compétences et des moyens correspondant aux enjeux économiques et sociaux de la profession.
Il s’agit entre autre de mettre en évidence les compétences pratiques et théoriques nécessaires pour exercer cette profession pour la rendre plus lisible et lui donner sa juste place. Cette mise en évidence doit venir des pouvoirs publics, des différents partenaires des EJE et avant tout des éducateurs eux-mêmes. Il semble nécessaire de construire un travail collectif autour de la valorisation de la profession. La survie professionnelle passe par ce temps d’élaboration qui légitime le travail des professionnels et permet une meilleure prise en compte des enfants dans le sens où les EJE peuvent exercer leur profession pleinement. La création de liens entre les EJE, les autres professionnels et les instances publiques doit être inscrite comme faisant partie intégrante du travail de chacun, de leur mission. La création de lien, comme nous venons de le voir, est essentielle dans le travail de reconnaissance et également pour l’identité professionnelle des intervenants. Mais cela ne va pas de soi, malgré tout il faut rester sur cet axe car il est primordial dans la confirmation de leur identité qui est tributaire du regard et du jugement des autres. Cette identité est en évolution permanente. Tout cela peut et devrait pouvoir passer également par la mise en place de groupes de travail de praticiens chercheurs. Ces groupes auraient pour objectif de capitaliser un certain nombre de références conceptuelles communes auxquelles les professionnelles pourront se raccrocher pour mettre en commun leurs pratiques, leurs expériences mais aussi pour leur donner une assise et un cadre théorique. Dans ces conditions, cela pourra permettre aux professionnels de se forger une identité professionnelle forte quelle soit individuelle ou collective et conférer à la profession d’éducateur de jeunes enfants une visibilité sociale.
La valorisation de la profession passe également par la construction d’un positionnement éthique qui valide les pratiques et les savoirs des EJE auprès de tous. Dans le même ordre d’idée, il est essentiel d’établir des règles qui structurent le travail des professionnels. Pour finir, les EJE doivent remplir leur tache concernant le projet d’établissement en participant à son élaboration et en créant le projet pédagogique qui en découle logiquement pour permettre aux professionnels de travailler en cohérence, en partenariat. Leur reconnaissance passe donc aussi par l’investissement qu’ils ont au sein des structures et la manière dont ils mettent en avant leurs compétences.
La création des liens, le travail de valorisation, tout comme le projet pédagogique pourront donc permettre le partenariat mais aussi, et surtout, de se dégager du lien aliénant qui les lie parfois avec leur institution ; de s’affranchir des stéréotypes féminins et masculins, et de prendre conscience des aliénations dans lesquelles ils s’enferment ; de rendre visible leur professionnalisme ; de construire une véritable identité professionnelle qui leur est propre et qui ne doit rien aux identités d’emprunts ; de provoquer des débats dans la profession, pour dépasser la confusion, marquer les places, clarifier les fonctions, et échanger sur les succès mais aussi les échecs, autrement dit admettre les limitations de leur peur d’agir.
La formation continue ou la reprise d’études peut être un atout de plus pour faire reconnaître la profession et pour se sentir plus solide afin de défendre l’identité des EJE à différents niveaux comme nous le verrons ensuite avec les syndicats entre autre.
Pour en revenir aux formations complémentaires, elles sont un réel apport pour le professionnel lui-même voire plus, s’il s’engage de manière plus générale dans la défense de la profession. Dans l’échantillon 9 EJE ont suivi une ou des formations comme le montre le tableau suivant :
| Oui | Non | |
|---|---|---|
| 9 | 8 | |
| Formation continueen poste | Université – sciences de l’éducation | |
| 4 | 5 | |
Les EJE qui continuent à se former et principalement ceux qui vont vers des formations universitaires peuvent être des éléments porteurs pour la profession.
Nous allons maintenant voir les formes d’engagement existant dans la profession à savoir que nous n’avons pas repérer beaucoup d’initiatives. Il y aurait là beaucoup à faire comme nous venons de le voir ci-dessus.
Il existe, au jour d’aujourd’hui, deux syndicats des éducateurs de jeunes :
Avant la fin de la seconde guerre mondiale, les Jardinières d'Enfants, premières professionnelles formées à l’éducation de la petite enfance, ont pris conscience de la nécessité de se regrouper et de s'organiser en association. Elles ont alors crée en 1937 le Syndicat National des Jardinières d'Enfants.
A la libération, il ne reste malheureusement aucune trace de cette première organisation. Pourtant en 1950 va se tenir à Paris le premier Congrès National des Jardinières d'Enfants qui aura pour effet de réunir ces professionnelles encore peu nombreuses et de sensibiliser pouvoirs publics et responsables politiques à la problématique spécifique de l’accueil de la petite enfance. On y retrouve les prémisses d’un discours professionnel chez les jardinières d’enfants. Vu l’intérêt et les échos de ce congrès, un second est tenu en 1952 puis un troisième en 1954 qui s’est déroulé à Paris. C’est ainsi que tous les deux ans, une manifestation d’ampleur nationale est alors organisé et a perduré jusqu’à ce jour.
Après avoir travaillé et milité de concert pendant plusieurs années, l'Association des Centres de Formation de Jardinières Educatrices (A.C.F.J.E.) et l'Union Nationale des Jardins d'Enfants Français (U.N.J.E.) obtiennent que l’année de leur 3ème congrès soit aussi celle de l’obtention d’un diplôme commun à 23 centres de formation agréés par le ministère. Ce diplôme de " de jardinière éducatrice " ou " jardinière d’enfants " est une forme de reconnaissance officielle de la profession et relance son mouvement.
En 1957, se crée une nouvelle association " l'Association des Jardinières d'Enfants ". Celle-ci, malgré ses structures fortes en région parisienne, n’a permis qu’une faible pénétration en province, bien qu’il existe çà et là quelques associations régionales.
En 1973 lorsque le diplôme d’Educateur de Jeunes Enfants vient officiellement remplacer celui de Jardinière d’enfants, avec un Diplôme d’Etat et non plus d’école, trois associations régionales se réunissent pour se constituer en Fédération Nationale (F.N.E.J.E.J.E.S) : Fédération Nationale des Educateurs de Jeunes Enfants et de Jardinières-Educatrices Spécialisées (cette spécialisation existe depuis 1962).
La décentralisation amorcée par la F.N.E.J.E.J.E.S., avant que ça ne devienne une volonté politique nationale, est très largement amplifiée dans les années 1980. L’objectif essentiel de cet important changement est de rapprocher la Fédération de ses adhérents en leur permettant de se retrouver et d'agir sur le plan local. Dès lors sont créées des associations locales qui sont reliées à la Fédération Régionale dont elles dépendent qui elle-même est rattachée à la Fédération Nationale.
Cette réorganisation structurelle se concrétise lors d'une Assemblée Générale extraordinaire en 1982. La F.N.E.J.E.J.E.S. devient alors la F.N.E.J.E
Si ces années de restructuration ont beaucoup fragilisé la fédération qui a vu une chute importante du nombre de ses adhérents, elle y trouve, d’après elle, un nouveau souffle.
Alors qu’elle ne comptait plus en 1982 qu’une centaine d’adhérents ; fin 1983, après les journées de perfectionnement de Versailles, la Fédération réunit de nouveau plus de 800 adhérents.
Désormais, plus forte et décentralisée, la F.N.E.J.E. engage des négociations susceptibles de faire avancer la profession, intervient dans tous les débats concernant la politique de la petite enfance, est présente dans toutes les instances techniques ou politiques à chacun des niveaux où elle est représentée.
En 1993, à l’occasion des 20 ans du Diplôme d’Etat, le conseil d’administration national décide de transformer ces journées de perfectionnement en Universités d’Automne, marquant ainsi sa volonté d’inscrire les professionnels et le secteur dans une démarche de recherche plus prononcée. Elle accentue sa représentativité partout où cela s'avère nécessaire à la poursuite de ses objectifs fondamentaux :
D’après le FNEJE, la profession est, aujourd’hui, arrivée à un stade de maturation où elle ne se sent plus tiraillée entre le social et l’éducatif. C’est au contraire dans l’alliance de ces deux pôles que l’éducateur de jeunes enfants trouve son unicité et puise sa richesse qu’il met au service des projets institutionnels.
Son objectif est d’obtenir « une réelle reconnaissance sociale » pour une profession qui est encore jeune et qui a le sentiment d’être délaissé par les pouvoirs publics.
Ce syndicat est né car cela faisait alors 27 ans que la profession des EJE s’était vue attribuer un nouveau statut mais que pour autant elle n’avait toujours pas de réelle reconnaissance. Les éducateurs de jeunes enfants, dont les créateurs du syndicat font parti, ont le sentiment d’être délaissé. Il a donc semblé aux initiateurs du SEJEF qu’il était indispensable de pouvoir regrouper les EJE afin qu’ils se fassent entendre au sein d’un syndicat professionnel. Il s’agissait donc de créer un mouvement capable d’unir les éducateurs de jeunes enfants qui exercent souvent de façon isolée. Il en va de la survie de la profession.
Le SEJEF pointe les difficultés de la profession. Tout d’abord il existe un sentiment, dans la profession, d’être très mal repéré dans la nébuleuse des intervenants du secteur de la petite enfance. Peu nombreux, les éducateurs de jeunes enfants ont parfois le sentiment d’être confondu avec les auxiliaires de puériculture ou les puéricultrices. De plus, ils ont du mal à s’imposer parmi les autres professionnels avec qui ils sont amenés à travailler. Cela s’explique par le fait qu’ils sont souvent isolés : le plus souvent, il n’y a qu’un éducateur de jeunes enfants pour cinq auxiliaires de puériculture dans les crèches collectives (voir plus encore quand il y a seulement un EJE pour toute la crèche).
Le but de ce syndicat est de faire évoluer l’image dévalorisante que les pouvoirs publics, mais aussi la société en général, ont sur cette profession. Les EJE sont parfois encore considérés comme étant « payés pour jouer avec les enfants ». D’autres disent qu’ « il n’y a pas besoin de faire des études pour s’occuper des enfants ». La profession a pourtant fortement évolué depuis la redéfinition du métier de jardinière d’enfants en 1973. Les éducateurs de jeunes enfants sont des travailleurs sociaux qualifiés, chargés de l’éducation des enfants de 0 à 7 ans et exerçant une action sociale, éducative et de formation dans de nombreuses structures : crèches, hôpitaux, PMI, MECS (maison d’enfants à caractère sociale), action éducative en milieu ouvert, établissements de l’enfance inadaptée… De plus, ils ont un rôle de prévention auprès de l’enfant car leur action au quotidien peut permettre d’éviter ou de limiter l’installation de troubles ou de carences du comportement. Ce repérage permet l’orientation de l’enfant atteint, par exemple, de retards psychomoteurs ou d’anomalies du comportement vers d’autres professionnels. Les éducateurs de jeunes enfants travaillent aussi avec les parents et, sans se substituer à eux, ils sont des médiateurs privilégiés lors de la séparation d’avec leur enfant afin de faciliter son adaptation dans la vie sociale. Pour finir, ils exercent au sein d’une équipe pluridisciplinaire et participent au projet pédagogique. C’est cette spécificité que le SEJEF veut défendre, notamment dans le contexte actuel de précarité et de difficultés des relations parents-enfants.
Concrètement, le syndicat a fait des campagnes pour se faire connaître auprès des professionnels, a pris contact avec les différents ministères, les conseils généraux et les employeurs. Il a reçu, semble-t-il, un bon accueil de la part du FNEJE qui espère que son action l’aidera à faire reconnaître le rôle et la spécificité des éducateurs de jeunes enfants mais aussi de faire évoluer la politique de la petite enfance.
En réalité les syndicats sont méconnus surtout le SEJEF quant au FNEJE, il est très souvent critiqué. Même si sur le papier, les idées sont bonnes la plus part des EJE méconnaissent ou rejettent ces syndicats car ils n’ont pas l’impression qu’ils s’intéressent réellement à leur cause, qu’ils agissent au mieux pour faire évoluer leur situation. Cette idée est renforcée par le fait qu’il est difficile d’entrer en contact avec eux. J’ai moi-même tenté à mainte reprise en tant qu’EJE de rentrer en contact avec eux mais sans résultat. J’ai même réessayé à plusieurs fois dans le cadre de ce travail mais toujours sans succès.
Ce que j’avance ici, est d’une certaine manière, appuyé par les réponses que j’ai obtenu dans mes questionnaires. Sur les 16 questionnaires récoltés, il s’avère que seul une EJE est adhérente. Par contre, dans mon questionnaire, il manquait une suite à la question posée afin de savoir à quel syndicat elle appartenait.
Dans mes recherches, j’ai découvert un site, relativement récent[3], pour les EJE ( Passerelles-EJE ). Ce site est un vrai site pour la profession. Il en existe d’autres tels que le « social.fr », « espace-eje.net » mais ils n’ont pas la même visée, le même. Je suis alors rentrée en relation avec sa créatrice, Karine Florent, qui a d’ailleurs très volontiers répondu à mon questionnaire car elle est elle-même éducatrice de jeunes enfants. Nous sommes donc rentrés en contact et nous avons échangé sur son initiative et ce qui l’a motivé. Notons qu’Internet est un nouveau moyen, de plus en plus utilisé, de communication, de transmission d’informations, de faire des liens, etc.
Sa démarche m’a intéressé en tant que professionnelle mais aussi dans le cadre de ma recherche car elle a créé un site de références pour les EJE et pour tous ceux qui s'intéressent à l'univers de la Petite Enfance. Sa motivation était justement, à sa manière et à son niveau, de combler un vide existant concernant la représentativité de la profession. Elle tente donc de répondre à se manque significatif tout en permettant à travers ce site de parler de la profession, des changements législatifs, de projets, de proposer et d’approfondir des questionnements, des réflexions. Il donne aussi des références bibliographiques pour les professionnels mais également pour les enfants car la littérature enfantine est importante dans la profession. C’est un site où tout le monde peut réagir et ainsi enrichir cet espace de paroles. Il est aussi possible de s’y investir en aidant aux mises à jour, en publiant des dossiers, des articles.
Pour être plus explicite sur le sens de cette création, voici ce que Karine Florent dit pour conclure la présentation de son site : « Bref, un site pour créer et renforcer des passerelles entre les travailleurs sociaux, les acteurs du quotidien, l'intime et le social, le dedans et le dehors... un site que je souhaite ouvert, fédérateur et créatif. » Elle ajoute aussi que son site « passerelles-eje.info» est « ouvert à tous et particulièrement aux travailleurs sociaux et futurs travailleurs sociaux pour mettre en lumière la richesse du travail social et valoriser la profession d’EJE ».
Le choix du nom du site n’est pas anodin. Elle a choisi de l’appeler « passerelles-eje.info» car elle se retrouve tout particulièrement dans l’idée d’être un passeur : un passeur entre l’intime et le social, un passeur entre les expériences vécues et les questionnements, un passeur dans la rencontre avec soi, avec l’autre, mais aussi avec la culture et des valeurs humaines et sociales.
En tant qu’EJE moi-même, concerné de près par la représentativité de la profession, la mise en place de liens et d’échanges entre professionnels, je vais par la suite m’investir auprès de Karine Florent et d’autres pour faire vivre ce lieu. Nous avons déjà prévu des publications à venir de ma part. Et pourquoi pas plus tard réussir à voir plus grand, ensemble ou pas.
[1] Inspiré de l’historique fait par le FNEJE sur sont site http://www.fnefe.fr
[2]Sazarin I., Questions à Hèlene Usciati, sur le syndicat des EJE, ASH n°215 / 10 mars 2000
[3] Ouvert en janvier 2006