Un projet pour réintroduire la nature au sein des structures d'accueil des jeunes enfants: réalisation d'un jardin aromatique et d'un jardin potager.Ce projet réside dans la réalisation d'un jardin aromatique et d'un jardin potager.
La production a deux buts :
Le jardin aromatique n'est constitué que de plantes comestibles et ne présentant pas de risque allergique connu pour aucun enfant de la crèche. Pour cela une "enquête" a été faite auprès des parents.
Les enfants dans le jardin aromatique, peuvent à leur guise, sentir, goûter, toucher, mais sous le regard d'un adulte dont la seule attitude est d'éviter les débordements. Ainsi ils pourront à loisir développer leur odorat, toucher et goût. Les bébés pourront être mis au sol ce qui n'est pas le cas pour l'instant et expérimenter ce nouvel espace.
Ce jardin a donc pour objectif de permettre à l'enfant d'entrer en contact avec son milieu environnant à son rythme, mais également de lui montrer le travail de la terre, et au travers d'expériences ludiques, développer ses sens, et ses capacités psychomotrices.
Il a également pour but la valorisation de l'élément naturel auprès de l'équipe et des parents.
La première des choses pour mettre en place un tel projet, est l'aval de la direction. En effet comme je l'ai montré plus haut, les politiques actuelles font peser sur les équipes un certain poids.
Ainsi il me fallait savoir qu'elle marge de responsabilité la directrice acceptait de prendre et savoir jusqu'où je pouvais aller. M'ayant donné son accord sur le projet et même sur la dégustation des récoltes par les enfants, je pus me mettre au travail.
Il m'a fallu alors prévoir un petit dossier que je souhaitais remettre à l'équipe. Il comportait les points suivants :
Le jardin aromatique est à libre disposition des enfants, l'adulte doit simplement veiller au respect des plantes.
Le potager n'est accessible que par petits groupes accompagnés par un adulte, et ce dans deux cas, le temps d'atelier, la présentation à un parent.
Les parents ne pourront y aller que sur invitation des enfants, c'est leur jardin.
Ils sont un mélange d'outils en plastique et en fer et ont une réelle utilité. Ils ne sont pas dangereux mais pas totalement factices non plus, le râteau ratisse vraiment par exemple. Ce sont de vrais outils à la taille des enfants qui suivant leurs âges sont mis à leur disposition ou pas, et plus ou moins encadrés.
Il m'a également fallu préparer le terrain à l'aide d'un motoculteur, loué par l'association. Etant un appareil dangereux ceci a été fait hors de la présence des enfants. De plus un jardin devant être un espace fermé suivant la définition même du terme, j'ai clôturé le potager et je l'ai fermé par un portillon. Le jardin aromatique est clôturé mais le portillon n'a pas de système de fermeture.
Il m'a également fallu prévoir les différentes attitudes de l'adulte, en effet si dans le jardin aromatique il ne doit être là que comme "garde-fou", il n'en est pas de même dans le jardin potager. En effet dans ce lieu l'adulte a pour responsabilité de guider l'enfant, de le soutenir, de répartir les tâches à faire tout en veillant à ne faire que ce que l'enfant ne peut pas faire.
Ainsi il accompagnera les découvertes sans les précéder et je rejoins sur ce point Jean-Jacques ROUSSEAU qui développe très bien ce point dans son "EMILE".
C'est également à ce moment là que j'ai décidé du rituel de début et de celui de fin. Pour que les enfants soient sécurisés, il faut bien sûr que de tels moments existent.
J'ai demandé aux parents de vieux vêtements et de vieilles chaussures. L'habillage, le déshabillage, ainsi que le nettoyage des outils et mains font office de rituels. Le changement de vêtements permet aussi de respecter au maximum l'hygiène de la crèche.
Il peut paraître étrange de faire nettoyer les outils aux enfants, souvent les gens considèrent ceci comme une corvée. J'ai pris ce parti pour deux raisons : la première est une responsabilisation des enfants, ayant sali les outils ils les lavent. La seconde est pour respecter mes idées, ne faire que ce que l'enfant ne peut pas faire, or suivant son âge il peut très bien nettoyer les outils.
Cette considération d'âge m'a fait me rendre compte que toutes les tâches ne pouvaient pas être confiées à n'importe qu'elle tranche d'âge. Ainsi les responsabilités et travaux se sont vus confiés aux enfants suivant leurs capacités, et le moment de leur développement pour leur proposer des activités soutenant leur apprentissage du moment, les plus grands creusant les trous et enlevant les plantes indésirables, les plus jeunes arrosant et ramassant les cailloux. Par contre la récolte a toujours été équitablement répartie, afin que chacun profite du plaisir de son labeur.
La littérature enfantine permettra un retour au calme, les textes seront choisis en rapport avec la nature, mais une attention particulière sera portée à son contenu. De plus cela permettra aux enfants de développer leur imaginaire et leur sens de la représentation en faisant, le rapport entre leur jardin et le jardin de l'histoire (suivant leur âge bien sûr).
Comme prévu j'ai remis un petit livret à l'équipe en vue d'une réunion. Pour donner de l'importance à celle ci c'est la directrice qui l'a fixée, et qui y a convié l'équipe, les parents et les membres de l'association.
J'ai fait une présentation du projet, avec les tenants et les aboutissants, les différentes étapes. J'ai demandé aux parents des vieux vêtements, en leur expliquant que ceux ci permettront aussi de ne pas abîmer des habits neufs.
Pour ce qui est de l'équipe j'ai posé le déroulement dans le temps (le jeudi entre la sieste et le goûter pour les moyens et le mercredi au même moment pour les grands) et dans la durée. Pour ce qui est de l'espace les contraintes matérielles m'avaient obligé à déjà retourner la terre et donc placer les clôtures, ce qui fait que l'espace était matérialisé. Ayant peur que ceci passe pour du "forcing" j'ai bien développé ce point. Ensuite la question a été posée de savoir quelles plantes chacun voulait voir mettre en culture. Chaque participant a pu donner son avis et se sentir impliqué. Dans le potager, on trouvera, des carottes, des tomates, des radis, des salades. Dans le jardin aromatique, de la ciboulette, de l'aneth, de la menthe verte et de la menthe poivrée, de la sauge. Le thym a été jugé inadapté et le basilic trop difficile à faire pousser.
Le début de l'atelier a été fixé à un délai de quinze jours pour que les parents aient le temps de porter les vêtements, et que l'équipe décide qui serait détaché pour faire l'atelier avec moi, et ainsi le perpétuer après mon départ.
Les assistantes maternelles ont émis le souhait d'être impliquées lorsqu'elles seraient présentes sur la structure, ce qui fut accepté.
Ce bref temps d'atelier permet de mettre en lumière plusieurs des choses que j'ai pu développer dans ce travail. Tout d'abord on note un apprentissage et une acquisition de connaissances, en effet C sait qu'il faut manger les tomates quand elles sont mûres et reconnaît cette maturité. L sait quelles plantes ne pas arracher. Bien sûr se sont des enfants et de ce fait ils commettent des bévues mais celles ci font partie de leur apprentissage. Ne dit-on pas que l'on apprend de nos erreurs ? Il convient donc de leur en faire prendre conscience de façon empirique et non par la toute puissance du savoir de l'adulte.
Mais ce qui est plus important encore c'est que l'on retrouve dans cet atelier un nombre important des points soulevés lors de la démonstration du fait que la nature peut être un soutien au développement de l'enfant. On voit les enfants user de leurs sens, le toucher, la vue, le goût. L'odorat n'est pas représenté de façon claire, pourtant peut-on imaginer que L ait pu passer 20 minutes à arracher des mauvaises herbes au milieu de plantes aromatiques sans les sentir ? De même il est clair que cet atelier est devenu un temps de parole et de ce fait l'ouïe est bien mise en jeu.
Au niveau du développement psychomoteur, de part la palette de mouvements demandés, cet atelier aide l'enfant à affiner et contrôler ses mouvements. C en cueillant des tomates ne ramasse plus les feuilles ce qui n'était pas évident au début. Pour arracher les mauvaises herbes L doit savoir planter son outil avec précision et force à la fois. Quant à Cl il lui faut savoir planter et tirer.
Cl met également en jeu le respect des limites, son repérage spatial et sa représentation mentale. Je m'explique : Elle ne dépasse pas du cadre formé par les quatre plots, elle sait quand elle est à l'intérieur de ce cadre, surtout elle est consciente qu'entre les plots s'étend une ligne invisible mais réelle. Elle vient ensuite jouer avec une autre limite, pour me tester mais aussi pour montrer qu'elle existe.
Le repérage dans le temps est acquis pour des enfants de cet âge, mais leur signifier de façon claire que la fin de l'atelier approche, permet qu'ils ne soient pas pris au dépourvu et leur permet de penser à ce qui va se passer ensuite.
On peut donc en conclure que les enfants au cours de ce bref temps d'atelier passent en revue tout ce qui fait leur développement dans cette période de leur vie. Pour les moyens la manipulation de matières molles vient aider leur acquisition de la propreté, de même que les transvasements, pour remplir et vider le seau.
L'intérêt pour les enfants est donc démontré.
Le jardin continu d'exister alors que je suis parti, ce qui prouve qu'il est viable et que l'équipe s'y est investie.
Les parents ont tous portés les vêtements demandés et se tiennent informés de l'avancé des plantations, ce qui démontre leur intérêt.
J'ai donc pu rendre la nature utile et intéressante aux yeux des professionnels et des parents ce qui montre donc que mon but est atteint.