Précocité des interactions entre pairs :
Il ne suffit pas que deux enfants soient en présence et qu’ils croisent leur regard pour dire qu’ils interagissent. Il apparaît donc nécessaire de définir des indices comportementaux de l’interaction sociale tout en s’assurant que les conduites observées expriment effectivement les capacités sociales de l’enfant vis-à-vis d’un pair.
Des observations qui ont été conduites en crèche ont montré que dès l’age de 3 mois, les enfants initient des échanges par le regard puis les maintiennent en produisant des sourires, de vocalises accompagnées de mouvements rythmiques. Il a été aussi observé des contacts tactiles réciproques vers l’age de 6 mois et ce en particulier lorsque les enfants sont allongés.
Mueller et Rich ont montré, après avoir suivi un groupe de cinq enfants de 13-15 mois pendant un trimestre, que les bébés se regroupent régulièrement plusieurs fois par heure. Qu’à 13 mois le rapprochement se fait autour d’un jouet ou d’un enfant en train de manipuler un objet et qu’à 18 mois les rassemblements se font aussi autour d’enfants sans occupation particulière et les échanges s’organisent au moyen de rires, d’imitations.
Ces constatations vont dans le sens d’une reconnaissance d’un intérêt social relativement précoce pour le pair.
Le statut du jouet, de l’objet dans la genèse des relations paritaires entre enfants de moins de 2 ans :
Cette question est essentielle. Elle a été abordée dans la perspective piagétienne par Mueller et Lucas (1975). Pour eux, les enfants, dans la première année, ne sont pas en mesure d’appliquer les capacités sociales acquises dans la relation sociale avec l’adulte. Ils interagissent avec un pair grâce à l’application de schèmes d’action dont ils se servent normalement avec les objets. Il en découle donc que les interactions entre enfants se font par l’intermédiaire de la manipulation d’objets.
Mueller et Lucas proposent un développement en trois niveaux des interactions entre pairs en rapport avec l’objet :
- entre 7 et 13 mois, les enfants produisent un « jeu parallèle » dans lequel l’action sur le même objet se limite à des manipulations communes sans contact social entre eux. Cette attitude évolue vers « l’acte isolé » utilisé par un seul enfant qui accompagne son action de regards vers l’autre. On peut donc dire qu’à ce stade, les enfants ne coordonnent pas leurs actes et que leurs actions alternent entre agir sur l’objet et regarder ;
- entre 13 et 15 mois, les « échanges réciproques » apparaissent. Ils sont formés pas une interaction sociale de courte durée qui est constituée de deux actes sociaux produit successivement pas l’un et l’autre enfant en présence ;
- entre 15 et 18 mois, les actes sociaux s’enchaînent et s’organisent alternativement en fonction des prises de tours. Ensuite entre 18 et 24 mois, les capacités d’interaction sociale évoluent par étapes en suivant le développement des capacités de représentation allant des jeux d’imitation motrice et vocale jusqu’au jeu de faire-semblant en passant par les jeux de thèmes partagés.