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Le rôle du groupe de pairs - Construction identitaire et socialisation

11/10/2006 - Lu 29888 fois
Prendre en compte la collectivité nécessite de prendre en compte l'individualité de chacun pour permettre une réelle socialisation. L'identité se construit dans la rencontre avec autrui.

L’enfant en collectivité :

Dans la prise en charge de l’enfant dans une structure d’accueil tel que la crèche, il est essentiel que l’enfant soit pris en compte dans le respect de son individualité au sein de la collectivité.
L’individualisation entre dans le processus de socialisation. Tout comme la socialisation est indissociable de la séparation. Un enfant « mal séparé » peut avoir des difficultés à se socialiser correctement car il faut avoir pu élaborer quelque chose autour de la séparation pour avoir envie de rencontrer l’autre sans craindre de nouvelles séparations.

La socialisation :

Les enfants, en collectivité, évoluent ensemble dans un même lieu de vie et souvent pour plusieurs années. Là, apparaît la part nécessaire d’individualité à conserver dans le processus de socialisation. Cela ne signifie pas qu’elle se fait dans l’ignorance de l’autre mais dans le respect, dans la relation et dans l’échange. Prendre en compte la collectivité nécessite de prendre en compte l’individualité de chacun pour permettre une réelle socialisation. Il est important de se rappeler que l’identité se construit dans la rencontre avec autrui ; c’est par le contact avec les autres que l’enfant prend conscience qu’il y a d’autres avis que le sien. La collectivité est un lieu privilégié de l’enfant dans l’apprentissage de la socialisation. Au contact de l’autre, il va apprendre à se connaître, à affirmer son identité propre afin de prendre sa place dans le groupe puis dans la société. Il est donc important de favoriser en tout point les échanges entre enfants sans perdre de vue leur individualité, à savoir dans le respect de chacun. Dans plusieurs de ses jeux, de ses expérimentations, l’enfant va chercher à entrer en contact avec ses pairs. Il peut même se sentir stimulé lorsqu’il sera en contact d’enfants d’âges différents.
La socialisation, c’est aussi accepter de supporter les différences donc l’individualité de chacun, de ne pouvoir faire telle ou telle chose au moment où il le décide. Elle a donc aussi un effet sur l’apprentissage de la frustration. La socialisation ne peut faire abstraction du désir de chacun mais il faut parfois le faire attendre. Les professionnels sont là pour accompagner, soutenir, proposer, parler, favoriser l’expression de chacun. Les enfants ne se socialisent pas par le seul fait d’être plongés dans un groupe. Ce qui fait la différence, c’est entre autre la verbalisation, la parole posée, l’aménagement de l’espace, des temps de vie.
Le professionnel est là pour faire en sorte que les comportements, les faits, leurs échanges, se médiatisent petit à petit par la parole.

L’enfant se socialise en jouant, mimant le rôle des autres, la vie (jeux symboliques). C’est parce qu’il imite, qu’il s’identifie à l’autre, qu’il intériorise les attitudes et les comportements. C’est fondé sur l’apprentissage. L’enfant joue, apprend les règles du jeu en même temps qu’il commence à se penser comme individu différent des autres (individualité). Cet apprentissage passe par l’acquisition des habitudes qui s’inscrivent dans l’organisme et le psychisme de l’enfant et qui guide sa conduite. L’apprentissage va alors se faire à l’aide de la répétition, de l’imitation, qui font parties des outils d’apprentissage.
Dans le cadre de cet apprentissage de la socialisation intervient un paramètre essentiel qui est la signification que prend pour l’enfant les différentes personnes qui l’entourent et qui sont des agents actifs de ses apprentissages. Pour que cela ait un poids, il faut que l’enfant reconnaisse la charge éducative de l’adulte, du professionnel.

Pour conclure, les professionnels de la collectivité, qui accompagnent l’enfant dans sa socialisation, doivent considérer que celui-ci est une personne qui a des désirs à dire et à affirmer, sans pour autant nier ceux des autres. Les enfants seront alors confrontés à des frustrations sur lesquelles il est essentiel de mettre des mots pour expliquer ce qui se joue. La socialisation ne se met pas en place uniquement pendant la période de la petite enfance. Elle débute à la naissance et se poursuit continuellement.

L’épanouissement de l’individu dans la collectivité :

L’individualisation est un processus par lequel un organisme se singularise par rapport aux organismes qui lui sont le plus proches génétiquement et socialement. Alors que la socialisation est le processus par lequel une personne apprend et intériorise, tout au long de sa vie, les éléments socioculturels de son milieu et d’agents sociaux significatifs et par là s’adapte à l’environnement social où il doit vivre.

Les professionnels de la crèche ont pour fonction de permettre l’épanouissement de l’individualité de l’enfant dans la collectivité. Ils ne doivent pas oublier qu’ils ont à faire à un groupe d’enfants différents dont les besoins affectifs, cognitifs ne sont pas les mêmes. Ce qui doit permettre à l’enfant de trouver sa place au sein de la collectivité et d’y être reconnu par les autres. Cette reconnaissance, ce respect de l’individualité de l’enfant, par les professionnels, passe par le la nécessité de tenir compte de son vécu, de son histoire, de sa personnalité, de ses besoins, de ses intérêts, de ses désirs et du respect du rythme de ses acquisitions.

Vers l’autonomie psychique :

Comme nous venons de le voir, l’accueil dans une collectivité telle que la crèche, avec une première expérience de la séparation, permet à l’enfant de cheminer progressivement vers l’individualisation. Du fait de la frustration ressentie par la séparation avec sa mère, l’enfant va se rendre compte qu’il ne forme plus un tout avec elle mais qu’il est un individu à part entière différent d’elle. Il va alors pouvoir se vivre comme différent et construire, au travers des interactions avec l’environnement, sa propre personnalité. Il pourra alors investir plus fortement les échanges avec ses paires et établir une véritable vie de groupe. Au sein de se groupe, il va se chercher une place, un rôle, accepter les codes établis ou au contraire en proposer de nouveaux.

Se séparer, revient donc à la découverte de l’altérité et donc de soi-même. Cette prise de conscience de soi pousse à la recherche de l’autre, à la découverte du monde, de la société dans laquelle évolue l’enfant et des codes qui la régissent. C’est dans les premiers temps de la vie en collectivité que l’enfant va acquérir les compétences nécessaires à la socialisation.

Auteur : Violène Dorison infos sur l'auteur | contactez l'auteur | le site de l'auteur

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