II.Les bébés et le travail de contenance des équipes dans les lieux d'accueil du jeune enfant - Document envoyé par Denis Mellier, le 10.04.2007, par mail.Deux exemples avant de repérer les processus en jeu.
Chez le bébé on note entre 3 mois et 9 mois, une nette différence émotionnelle pour exprimer la séparation : à 9 mois l’angoisse ou l’émotion sont nettes, à 3 mois, les signes sont plus complexes à décoder, anxiétés et tensions émotionnelles règnent.
Du point de vue des manifestations émotionnelles, une séparation d’un bébé à 9 mois n’est pas comparable avec celle à 3 mois. Entre temps, le bébé a acquis la possibilité d’exprimer la joie, la colère et la crainte en fonction notamment de son développement cognitif. L’adulte n’est pas aussi dans la même situation, il sait beaucoup mieux décoder l’expression de ces émotions conventionnelles à 9 mois que ce qui serait les prémisses de celles-ci à 3 mois.
Une très brève vignette illustre la situation de séparation d’un bébé de 9 mois :
« Pierre vient d’arriver, c’est son premier jour à la crèche, en voyant une personne de la crèche s’approcher de lui il se met à pleurer tout en s’accrochant au corsage de sa mère. Quand plus tard sa mère part, il la regarde en pleurs, tendu dans sa direction ».
Le pleur est un signe visible, manifeste, du vécu émotionnel du bébé. L’adulte peut donner un sens à ce signe, l’interpréter comme un ressenti de peur ou de colère, et agir en conséquence. On reconnaîtra ici les signes caractéristiques de la recherche d’un objet d’attachement. On peut dire aussi que la mère « suffisamment bonne », selon D. W. Winnicott, pourra adapter son holding en fonction des besoins qu’elle perçoit ainsi chez son bébé, mais plus largement tout adulte pourra être sensible aux pleurs car ils sont socialement reconnus comme signes de communication.
Regardons ce qui se passe au contraire à trois mois pour Nicolas :
« Nul pleur au départ de sa mère. Aucune manifestation émotionnelle de chagrin, un sourire même à la première vue de l’adulte qui s’adresse à lui. Apparemment il est très calme, mais une personne de la crèche le surprend une fois dans son lit, immobile, le regard au plafond, est-il vraiment là ? En s’approchant, en lui parlant, en le prenant, il reprend contact avec elle. Quand sa mère arrive le soir, il lui sourit dés qu’il l’aperçoit, mais quand elle le prend, il évite son regard et se fixe sur l’auxiliaire qui les entoure »
Pour être à l’écoute de cette situation et la «contenir », il faut pouvoir être très attentif à des signes qui peuvent renvoyer à un état de détresse très primitif. La préoccupation maternelle développe une attention à tous ces signes infraverbaux. Il n’en ira pas de même pour une personne moins avertie, pas suffisamment en empathie avec le bébé ou trop anxieuse. L’immobilité de Nicolas n’est pas ici l’expression d’une émotion conventionnellement reconnue.
Le problème de Pierre est un problème de « séparation », il a acquis la différence soi-autre et peut héberger une angoisse, un pleure. Pour Nicolas, cette possibilité n’est pas acquise, il est encore dans un problème de « différenciation » d’avec sa mère, son entourage, il ne peut se « représenter » l’objet absent. Nous sommes ici en présence de deux types d’angoisses, l’histoire de l’attachement de ces deux enfants avec leur mère est différente.
L’émotion de Pierre ne laisse personne indifférente, elle appelle même des réactions émotionnelles qui peuvent être selon les circonstances très variées : colère, détresse, amour, mais aussi honte, culpabilité, surprise, voire mépris. Sa réaction émotionnelle met en mouvement les liens intersubjectifs, elle « fait des vagues » que l’on pourrait repérer dans son entourage.
Poursuivons cet exemple, à la crèche deux mois plus tard :
« Depuis son arrivée en septembre, il s’est noué une relation privilégiée entre Pierre et une auxiliaire de puériculture : dès qu’elle sort de la pièce, il pleure et se colle aux vitres pour essayer de la voir. Au repas, s’il la voit, il refuse de manger ce qu’une autre puéricultrice lui donne, alors qu’il acceptera ensuite de manger avec elle. De son côté, elle essaie de ne pas le favoriser par rapport aux autres, mais elle aime s’occuper de lui pour tous les soins et le prendre sur elle. Il y a un attachement réciproque entre eux. »
L’attachement entre ce bébé et une professionnelle ne passe par inaperçu. Face à l’émotion d’une angoisse de séparation similaire à l’angoisse du 8e mois, une personne se sentira valorisée, aimée, une autre portera l’image de l’intrus, de celle qui fait peur. Ce privilège « travaille » le groupe de soignants, il suscite des réactions, entraîne rivalité et envie dans la chaîne groupale des personnes.
L’établissement d’une relation d’attachement entraîne un enjeu électif entre les personnes. Les émotions caractéristiques de l’établissement de ce lien entraînent de ce fait dans le groupe des réactions variées, en synergie avec ce mouvement, comme en opposition dans le cas de personnes qui peuvent se sentir exclues de cette relation. Les émotions sont ainsi le signe de réactions en chaîne dans le groupe, elles obligent une certaine clarification des positions de chacun. On sait par exemple que l’expression de la jalousie est positive pour l’enfant, l’absence au contraire de telles manifestations peut être l’indicateur de souffrances importantes.
Une séparation à 3 mois peut également entraîner les mêmes réactions émotionnelles, mais on repérera également d’autres manifestations de type émotionnel qui ne sont pas à rattacher aux émotions de base. Avec Pierre, les émotions étaient reconnaissables, elles ne laissent personne indifférent, même si elles peuvent susciter des réactions très diverses. À 3 mois, les réactions du nourrisson peuvent beaucoup plus facilement passer inaperçues.
Reprenons l’exemple.
« Si la mère de Nicolas a pleuré de suite quand elle a tourné le dos à la crèche, elle s’est vite reprise, elle a ravalé ses larmes, elle s’est efforcée de penser à son travail, au rôle qu’elle va devoir de nouveau assurer. Toute la journée elle a été assez tendue, elle a pensé parfois à Nicolas, elle a téléphoné à la crèche, mais elle était aussi contente de retrouver l’ambiance d’un travail qu’elle aime. Le père était parti en déplacement, il s’était levé plus tôt le matin et bizarrement il a oublié que c’était le premier jour pour son fils à la crèche et a développé une activité inhabituelle ce jour-là. Ce n’est que le soir, en retrouvant sa femme, qu’il a réalisé à quel point elle était inquiète. Nicolas lui a bien souri, mais sa mère ne le trouvait pas comme d’habitude, il n’a pas pris tout son biberon. Le père a tenté de rassurer sa femme, sans bien savoir comment s’y prendre. Cette semaine, la mère de madame, déjà âgée, a fait une chute chez elle, c’est une personne qui ne comprend pas pourquoi sa fille met son bébé à la crèche. Deux jours après son entrée à la crèche, Nicolas a eu une forte poussée de fièvre, madame a dû l’amener d’urgence chez le pédiatre.
À la crèche l’ambiance n’est pas très simple, celle qui s’occupe de Nicolas est assez anxieuse car elle ne le sent pas vraiment là et elle se sent abandonnée par ses collègues. Plusieurs se sont succédées auprès de lui sans vraiment noter de réactions significatives, mais elles sont tendues dans le groupe, une personne trouve que la mère de Nicolas est un peu sèche. La directrice est venue plusieurs fois « vérifier » que tout se passait bien, ce qui énerve certaines professionnelles qui disent qu’on ne leur fait pas confiance etc. »
Du côté de la famille ou du côté des professionnels, le monde bouge autour de Nicolas … nous parlerons ici d’une sorte de diffusion d’anxiétés qui envahissent les groupes et se mêlent au malaise ou à l’insécurité déjà existant. Les sujets ne peuvent arriver à faire face à des situations émotionnelles trop intenses pour être reconnues et contenues.
Dans ces « souffrances autour du berceau » (Lamour, Barraco) , on assiste donc en réalité à deux processus bien différents. Ils sont parfois confondus car on passe facilement de l’un à l’autre, mais cette distinction peut être d’une grande aide en clinique. Dans une équipe, dans une famille ou un groupe, quand l’émotion, positive ou négative, circule, des processus vivants essaient d’être approchés par les personnes. Tout un travail bien sûr de réception, de contenance et de pensée est nécessaire dans ces cas, mais le travail se situe dans un autre registre quand le contexte est dominé par des tensions ou des accusations latentes. Le travail dans le second cas est beaucoup plus lourd, plus insidieux et plus fatigant, nerveusement car on n’arrive pas toujours à localiser l’origine des souffrances. Trop de plaintes ou aucune manifestation d’une demande, l’impression que chacun doit se justifier, le sentiment implicite de devoir être jugé, tout cela traduit un climat où dominent des anxiétés primitives (que Bion avait décrit sous les termes de l’hypothèse de base attaque-fuite). Les souffrances sont en fait profondément enfouies dans le corps, mais paradoxalement elles « ressortent » en quelque sorte dans les tensions de ce climat. La survenue d’une manifestation émotionnelle plus nette permet de partir d’une hypothèse, d’une personne, d’une voie possible d’entrée en relation plus précise.
On pourrait dire que les souffrances qui s’expriment par la voie de l’émotion peuvent entrer en résonance avec les autres sujets alors que les souffrances plus primitives n’ont pas cette possibilité, au contraire elles « enferment » les sujets dans des perceptions bien différentes de la réalité.
Je distinguerai ainsi deux types d’angoisses :
1) Les angoisses de proprement dites de séparation désignent couramment les réactions d'angoisses du nourrisson et du jeune enfant lors de la séparation d'avec sa mère, ses parents ou les personnes qui lui sont familières et qu'il aime. Quand il a la capacité de prendre conscience de cette séparation. Il s'agit d'un mécanisme assez élaboré. Ce sont déjà des émotions, des angoisses que l'enfant éprouve quand il a conscience de la séparation : les comportements perceptibles de pleurs, de protestation, de recherche de la proximité, d'agrippement à la personne qui s'éloigne et de peur de la personne inconnue témoignent ainsi déjà de l'existence pour l'enfant d'une figure d'attachement qu'il commence à intérioriser. Voir ici la peur de l’étranger de Spitz.
Nous sommes ici dans le registre émotionnel. Charles Darwin a pensé que les émotions sont un phénomène tout à fait universel. A l’étranger, si nous ne savons pas parler la langue, nous pouvons tout de suite voir l’émotion qui circule sur la tête des personnes, et dans quel registre nous nous trouvons. Cela peut être un peu différent suivant les cultures car la forme des émotions change. Dans chaque culture, il y a des distinguos, des différenciations émotionnelles. Cela veut dire que les émotions nous servent de base de communication au niveau des humains. Nous communiquons au niveau verbal mais cette communication verbale s’ancre sur un fond émotionnel.
2) Au contraire, les anxiétés primitives désignent des angoisses de chute sans fin, de ne plus être porté, tenu, des peurs de liquéfaction, des craintes d'effondrement, des terreurs sans nom, des anxiétés que le bébé ne peut ressentir à son âge sans risque vital. Esther Bick disait que le bébé à la naissance est comme un cosmonaute lâché dans l'espace, sans combinaison…. Il s’agit de tensions, de crispations anxieuses, car le bébé n’a pas acquis une confiance suffisante dans une figure d’attachement.
Contre ces anxiétés primitives de ne plus être contenu, Bick avait mis en relief l'importance des identifications adhésives : coller à l'objet pour ne pas souffrir de la séparation radicale, d'une chute sans fin, fixer une lumière éblouissante, s'agripper à sa musculature, une "seconde peau" peut ainsi se créer, véritable carapace pour ne pas ressentir, d'où l'existence de "défenses primitives" pour se protéger de cette perception catastrophique de l'existence. Selma Fraiberg a mis en évidence des défenses similaires : le « gel » émotionnel, l’évitement total du regard ou la transformation d’un ressenti en son contraire. Ce sont des états psychiques où le bébé s'absente de lui-même, dénie fortement toute émotion, tout ressenti comme lorsqu’une douleur est trop forte. Il ne peut encore communiquer, voire même appeler, en vivant une émotion comme la peur, la colère, ou la tristesse, des émotions très clairement identifiées.
Tout bébé est sujet à de telles anxiétés primitives, tant qu'il n'a pas encore suffisamment intégré des expériences qui lui procurent le sentiment d'une "continuité d'être", tant qu'il n'a pas intériorisé une figure d'attachement suffisamment stable, tant qu'il n'a pas introjecté les fonctions contenantes de sa mère.
Dans les lieux d’accueil, ce ne sont pas les enfants qui pleurent, qui nous font le plus de soucis, car nous pouvons être présents, les consoler. Certains persistent à dire que c’est un caprice…, cela nous met hors de nous etc., mais nous sommes, en tous cas, dans un registre de communication, en relation avec l’enfant. Il n’en va pas de même pour un autre registre psychique, celle des anxiétés diffuses où le bébé, l’enfant s’absente de ce qu’il ressent. C’est son corps qui « parlera » malgré lui (il en va de même pour les adultes, voir le travail de Ophélia Avron sur l’émotionnalité groupale).
Nous allons prendre un exemple qui permet de percevoir le travail du bébé entre sensorialité et émotionnalité. Il faudrait s’arrêter chaque seconde, ou dixième de seconde, pour percevoir finement comment le bébé partage à nouveau avec sa mère une même perception du monde et de l’espace ou au contraire se retire dans sa propre perception de « son » monde à lui. La dynamique de l’émotion structure les échanges, l’émotion est franche et claire quand la communication passe, elle n’est plus manifeste, voire en retrait, en réserve, quand le bébé se retire de la communication. Le bébé a un travail d’attention à réaliser pour retisser une continuité sensorielle et émotionnelle avec sa mère., pour rassembler des mouvements divergents, différentes parties de lui qui ne sont pas aux même rythme.
C. Fleury, H. Rottman et N. Leblanc décrivent la réaction de l'enfant quand sa mère le retrouve après une séparation.
« Sarah a cinq mois ; sa mère vient ce jour même de reprendre le travail après sa grossesse. La préparation à l’entrée en crèche a duré neuf jours et a été difficile pour Sarah, sa mère et l'auxiliaire.
C'est le soir du premier jour de crèche, Sarah est couchée sur le dos, sur un tapis de sol : son auxiliaire privilégiée est assise en face d’elle, et c'est avec concentration que Sarah joue seule avec un mobile accroché au plafond.
Elle entend des bruits de pas, tourne la tête, voit sa mère, sourit, lâche le mobile. La mère se rapproche : le regard attentif de Sarah va de sa mère au mobile ; la mère s'assied près d'elle en lui parlant doucement. Le regard de Sarah continue à se déplacer alternativement du mobile à la mère. Celle-ci patiente, l’étreint au bout de quelques instants au niveau des hanches, du buste.
Elle la prend sur ses genoux. Sarah emmène le mobile dans ce déplacement, le regard fixé sur le jouet. Sa mère la serre contre elle et lui caresse les mains. Le regard de Sarah suit le mobile, mais se pose de temps à autre furtivement sur sa mère dont elle va également frôler et caresser les mains. L’attention de l'enfant se détourne quelques instants du jouet et la mère rapproche son visage. En réponse celle-ci se raidit et se concentre à nouveau sur le mobile.
Sa mère l’installe alors sur ses genoux, adossée contre sa poitrine, face au jouet auquel Sarah peut ainsi se consacrer totalement. La mère patiente tandis que Sarah essaye d’attraper le mobile qui va et vient, se dérobe quand on cherche à le saisir (…)
Puis la mère se dirige vers la table de change en portant Sarah, suivie de l’auxiliaire. Le contact mère-fille est long à s'établir, tant du fait de la dispersion de la mère qui parle avec l’auxiliaire de la journée de Sarah, que de l'évitement de l'enfant. Sarah paraît attentive aux voix des deux femmes qui s'entremêlent. Lorsque sa mère s'adresse de nouveau à elle Sarah manifeste de la joie et lui tend enfin les bras. »
Ce n’est que petit à petit, sens après sens, « feuillet après feuillet », que le bébé retrouve sa mère : d’abord celle qu’elle reconnaît de suite, celle qu’elle voit de loin, puis vraisemblablement son odeur, la tonalité de sa voix, ensuite son portage, sa manière d’être tenue, mais ce n’est que très tard que le contact œil à œil arrive à s’établir.
La souplesse de l’attention présente dans l’interaction habituelle entre le bébé et sa mère fait place ici à une mise en relief des différentes « enveloppes » du bébé. Le travail d’attention emprunte les différents canaux sensoriels du nourrisson.
Notons à deux reprises le va-et-vient explicite de l’attention de Sarah, du mobile à sa mère, c’est-à-dire de l’expérience qu’elle vivait à la crèche à l’expérience « connue », re-connue avec sa mère. L’enfant aurait pu faire ces va-et-vient avec une personne de la crèche.
Si ce va-et-vient se perçoit au niveau de l’activité du regard on peut penser qu’il est aussi présent au niveau des autres sens, comme celui du toucher. La mère est ici très patiente, mais malgré tout elle provoque le raidissement de sa fille quand elle veut aller plus vite dans les retrouvailles et la prendre. Cette avancée tactile de la mère risque de rompre le travail de lien que Sarah a entrepris. La sollicitation plus directe de l’objet sur ce point menace son identité du bébé, sa « frontière », comme si elle devait résister à un envahissement.
Sarah hésite à pleinement reconnaître sa mère, à se laisser aller au désir de la retrouver, de la prendre (et/ou à être prise). Lors de ces retrouvailles, le fantasme d’une vengeance par rapport à l’objet pourrait surgir : selon la loi du talion elle pourrait éprouver le désir de mettre en pièce sa mère. Cette interprétation est plausible mais elle ne paraît pas suffisante car tout aussi simultanément Sarah éprouve le plaisir du retour de sa mère. Il y a ici la juxtaposition, la confluence de deux courants différents, la colère, le plaisir, donc un risque de neutralisation du sens de l’émotion, négative ou positive. Ceci est source de tensions.
Ces tensions sont parfois accentuées quand la mère se rapproche trop vite de son bébé. Quand sa mère se rapproche trop, il y a un risque d’envahissement comme lorsqu’une mère se précipite sur son bébé pour l’embrasser sans que celui-ci puisse être déjà dans une relation. Le monde interne de Sarah risque d’être envahi par cette expérience de retrouvailles, dans un déni des écarts et un risque de brouillage de son identité. Sarah hésite à pleinement reconnaître immédiatement sa mère car son attention va et vient entre différents ordres de réalité, l’expérience dans laquelle elle était plongée, la perception actuelle de sa mère et ses ressentis internes afférents.
Sarah doit faire un travail de lien pour différencier ce qui vient du dehors de ce qui vient du dedans et pour ne pas confondre ses sentiments internes et sa perception. Dans cet enjeu la sensorialité peut devenir un recours quand la communication émotionnelle avec sa mère est en défaillance. Le Sujet Sarah ne peut intégrer son expérience (la « subjectiver ») que si elle rencontre d’autres sujets, sa mère et le personnel de la crèche pour rendre vivante cette expérience.
Dans cette situation, j’ai mis l’accent sur le travail psychique du bébé, mais il va de soi que la mère réalise parallèlement un travail similaire. Appréhension avant de venir, joie immense de retrouver, revoir son bébé lui souriant, résister à l’envie de le prendre de suite, inquiétude qui pointe devant sa réaction, peur, voire panique possible face à des sentiments d’abandon, de culpabilité ou de rejet, réassurance, plaisir devant le contact retrouvé.