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lien entre la philosophie, la pédagogie et l'éducation - glissement pédagogique

20/06/2007 - Lu 1767 fois
la philosophie et l'éducation
glissement pédagogique

Commençons par rappeler que le "travail philosophique" réside essentiellement dans l'analyse des idées et la déconstruction de notions, voire parfois dans l'invention, la production de concepts. La philosophie est donc avant tout une interrogation. Comme telle, la philosophie de l’éducation est « non pas un corps de savoirs, mais une mise en question de tout ce que nous savons ou croyons savoir sur l’éducation ». Cette interrogation n’est pas suscitée par le seul intérêt spéculatif ; elle est habitée d’un intérêt pratique, moral, éthique, politique : Comment agir ? Que pouvons-nous faire ? Ce type de questionnement, se retrouve en permanence dans la pratique professionnelle des éducateurs de jeunes enfants. La philosophie, écrit Reboul, « est en quête non seulement d’un savoir mais d’un savoir-être, d’un savoir-être par le savoir ». De plus la tâche d’éduquer et de former, comme la politique, le savoir, l'art, sont des pratiques humaines universelles, des structures pour l’existence.

Dans la philosophie, une certaine ambiguïté existe au niveau de la question de l'éducation. D’un côté, le projet philosophique se veut avant tout éducatif dans le sens où il s'agit d'un questionnement sur le genre de vie qui convient à l'homme et qui soit capable de lui procurer le bonheur. De l'autre, la philosophie s'est intéressée tardivement, avec Jean-Jacques Rousseau, à la question de l'enfance. Avant cela, l'enfant a souvent servi de repoussoir. On y a vu l'expression d'une sorte de colonisation de l'enfance du fait que l'enfant était perçu comme la figure de celui qui ne possède ni la raison ni la culture. Descartes a expliqué que ces préjugés provenaient du fait que chaque homme a été d’abord enfant. Dans d’autres sciences touchant l’univers de l’enfance comme la puériculture, la psychologie, nous retrouvons cette affirmation. La pédagogie est partie de ces représentations de l’enfant mais pour les corriger. Fichte a défini l'éducation dans un rapport à la liberté. Lorsqu’il parle de liberté, elle est pensée dans l'intersubjectivité. Nous pouvons dire alors que l'intersubjectivité n'est pas tant ce qui nous limite, nous contraint, que ce qui contribue à nous faire grandir, à nous humaniser. Suite à ce qui vient d’être énoncé, il n'est pas très étonnant que la philosophie classique ignore l'intersubjectivité et parfois aussi le rôle du langage et par la même qu’elle ait du mal à penser l'enfant. Nous retrouvons d’ailleurs ces mêmes travers dans l'histoire de la pédagogie et de la psychologie, qui sont toutes deux des bases importantes de la formation des éducateurs de jeunes enfants actuelles. Parfois elle en fait un adulte en miniature, d'emblée autonome, ou tout du moins constitué en soi et indépendamment d'autrui. L'éducateur devra alors avant tout s'effacer devant la nature, la liberté de l'enfant. Soit elle le prive de toute personnalité propre et il n'est que la promesse de l'adulte. Pour finir, l’enfant est, souvent, scindé, tout comme l'homme en général, en deux aspects : la passivité et la liberté. Schiller et Wilhelm von Humboldt ont cependant tenté de donner une place à la sensibilité dans le développement de la personne.

Toutes pratiques pédagogiques, toutes réflexions éducatives et toutes responsabilités d’éducation, dès qu’elles sont réfléchies, elles touchent à des interrogations que nous pouvons qualifier de philosophiques en ce sens qu’elles font écho aux interrogations que la philosophie ne cesse de reprendre.

Auteur : Violène Dorison infos sur l'auteur | contactez l'auteur | le site de l'auteur

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