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Une expérience de vie intense

13/01/2008 - Lu 867 fois
Le mystère des mères: Un véritable travail de « dilatation psychique » s'accomplit, nécessaire pour franchir les étapes qui nous permettent d'intégrer une nouvelle identité : celle de la mère. Il est impossible de changer en restant la même, aucune femme ne peut devenir mère en restant indemne; cette expérience structure une femme (et un homme via la paternalité).

Ce qui fait de la maternalité une expérience intense de vie

L’auteur part de l’idée que vivre un grand bonheur et accomplir un désir (désir d’enfant) sont des situations traumatiques, susceptibles de déstabiliser une personne, en l’occurrence la mère. Le père peut lui aussi à l’occasion d’une future naissance vivre un événement traumatique et bouleversant qu’il exprimera de différentes manières (difficulté d’assumer la paternité, peurs et angoisses diverses). En effet, la réalisation d’un désir constitue un changement brusque dans la vie de chacun qui ne lui laisse ni le temps ni l’espace pour se préparer à l’événement. La mère après la naissance de son enfant, dit souvent qu’elle ne réalise pas encore très bien ce qui vient de se passer.

L’attente (les neufs mois de grossesse) permettent cependant de canaliser l’énergie psychique dans le temps et de se préparer à cette nouvelle vie. Accomplir le désir d’enfant c’est accomplir le désir le plus chargé en leurre, en effet l’enfant du désir est un enfant imaginaire dont il faudra faire le deuil afin de pouvoir accueillir l’enfant réel qui vient de naître, enfant toujours différent de ce que les parents avaient espéré.

La maternalité engage tout le passé de la mère (question des origines) et tout le futur (question de la fin), de plus la grossesse nous confronte à notre vieillissement : en devenant parent, on change de génération, nos parents deviennent grands parents ; tout cela agit d’une façon inconsciente et participe à l’intensité de la maternalité.

Les bouleversements corporels de la maternalité

Pendant la grossesse, le corps de la femme se transforme, il se distend, atteint son poids maximum, l’image qu’a la femme d’elle-même et qu’elle donne aux autres est complètement transformée. Il faut que la femme accepte ces changements, qu’elle accepte de vivre avec ce nouveau corps, ce corps habité. Toutes ces modifications physiques mais aussi psychiques demandent travail et adaptation à la femme qui les vit.

La maternalité engendre un corps à corps mère-fille

La femme qui attend un bébé pour la première fois continue d’emprunter le chemin tracé par sa mère. Sans cesser d’être la fille de sa mère, elle va à son tour devenir la mère de son enfant.

La maternalité est une période de  rencontre privilégiée entre les mères et les filles. On peut se demander si elle ne correspondrait pas à une « passation de pouvoir ». Peut-être attendons-nous de notre mère qu’elle nous donne le droit d’être mère à notre tour ? Cette passation de pouvoir serait indispensable pour que la fille devienne mère et ne s’en sente pas coupable. Lorsque cette passation de pouvoir n’a pas lieu, elle laisse la future mère dans une identification conflictuelle à sa propre mère, la future mère va se vivre écartelée dans des sentiments d’amour et de haine à l’égard de sa mère. En général la façon d’être mère reflète l’image que la future mère a eue de sa propre mère, si elle a résolu tous les conflits et que l’image qu’elle a de sa mère est positive alors seulement elle pourra se permettre d’être une mère et s’en sentira vraiment capable.

Il est nécessaire que la mère accepte la mort symbolique de sa petite fille, qu’elle accepte que sa fille devienne à son tour mère et continue ainsi le cycle de la vie. Dans ce cas la relation mère-fille ouvre aussi la porte à une relation femme-femme sur un pied d’égalité.

Un passage de savoir faire par nos mères

Au moment de la maternité (surtout la première), les filles attendent de leurs mères un savoir faire : avec les bébés et aussi avec les douleurs de l’accouchement. Cette attente est paradoxale, la fille attend soutien et conseil de sa mère pour pouvoir s’en séparer en paix et s’autoriser à créer sa propre façon d’être mère. La situation peut se présenter de deux façons différentes :

  1. soit la jeune femme échange réellement avec sa mère et leurs relations sont harmonieuses
  2. soit les rivalités mutuelles se trouvent exacerbées

En ce sens aussi la crise de la maternalité est une remise en question radicale de son être qui ravive les rapports conflictuels que la future mère a pu vivre au moment de l’adolescence. Elle permet de remettre au jour et d’évacuer les traumatismes antérieurs, elle bouscule l’identité de la femme qui la vit.

La transformation de l’image du corps

La transformation corporelle de la maternité sera d’autant mieux acceptée que la féminité aura été bien vécue au moment de la puberté. Voir son corps se transformer constitue une épreuve pour le narcissisme de la femme qui la touche au plus profond de son identité. Certaines vivent cette étape comme une plénitude et un épanouissement tandis que d’autres profondément blessées dans leur identité de femme passeront difficilement ce cap. Pour de nombreuses femmes, les transformations corporelles pendant et après une maternité provoquent des sentiments de peur, de culpabilité, de honte. Certaines femmes portent leur grossesse très en avant, sont fières d’exhiber ce ventre qui s’arrondit de plus en plus, elles sont heureuses que cela se voit beaucoup. Pour d’autres, la gloire consistera à ce que cela ne se voit pas. Pour d’autres encore, ce gros ventre qui jaillit c’est la trace de la faute sexuelle, c’est de l’ordre de la honte d’être une femme.

Cet état peut aussi engendrer des terreurs très profondes : quand une femme attend un bébé pour la première fois elle se demande parfois jusqu’où peut aller ce corps, des peurs archaïques d’éclatement, d’éventration, de déchirure sont aussi ravivées par la passage du bébé et la peur de la déchirure physique bien réelle ou de la césarienne (ventre ouvert = éventration).

Quand la femme vit une épisiotomie ou une césarienne, réalité et phantasme se rencontrent. La femme peut aussi se sentir parasitée, pompée par ce bébé qu’elle porte. Réintégrer son corps après l’accouchement demandera aussi à la mère un important travail : réapprendre à marcher avec douze ou quinze kilos en moins, retrouver progressivement une vie sexuelle après le passage du bébé. Il y a alors un deuil à faire de ce corps tout en rondeur. Chaque femme vivra ces sentiments de façon plus ou moins intense en fonction de sa propre sensibilité et de son vécu antérieur.

Les bouleversements psychiques de la maternalité

L’auteur part sur un premier questionnement : ce qui serait bouleversant dans la maternalité, ne serait-ce pas la naissance dont on parle pas ou peu, la naissance d’une mère?

Un véritable travail de « dilatation psychique » s’accomplit, nécessaire pour franchir les étapes qui nous permettent d’intégrer une nouvelle identité : celle de la mère. Il est impossible de changer en restant la même, aucune femme ne peut devenir mère en restant indemne; cette expérience structure une femme (et un homme via la paternalité). Elle fait intégrer la notion de différence des sexes et de génération et accepter la loi du temps, la vie et donc la mort. Se trouver dans la position d’attendre un enfant c’est se retrouver dans la même position que sa propre mère mais cette fois en ayant pris sa place, l’enfant à venir prenant la notre .

Ceci explique que la femme qui attend un bébé se replie sur elle-même et sur cette vie qui se développe en elle ; la future mère devient plus vulnérable, elle va inconsciemment s’identifier à sa mère. L’enfant qu’elle attend va être en même temps haï et aimé, désiré et redouté, c’est là toute l’ambivalence du devenir-mère.

Ces sentiments occasionnent une lutte intense chez la mère qui peut se traduire par « c’est lui ou moi », lutte qui peut parfois entraîner un rejet de la grossesse ou des incidents plus ou moins graves. Le vécu de la maternalité dépend bien entendu de l’histoire et du vécu de chaque femme. Pour « naître mère », il va falloir franchir des caps difficiles : meurtre imaginaire de sa propre mère, meurtre symbolique de l’enfant imaginaire. Des images vont se présenter à nous, images de notre mère dans la même situation mais si ces images sont à nous, elles ne sont pas nous. Tout le travail pour nous séparer de notre mère va consister à nous dépendre de ces images pour pouvoir investir notre vie actuelle. Ce travail inconscient se fait à notre insu et nous fait traverser des moments étranges. Il s’effectue un travail de « dilatation psychique » pour contenir l’enfant et le laisser sortir. Ce n’est qu’au bout de ce parcours, de ces transformations que nous devenons mère.

Evocation de la paternalité

Dès la conception, le futur père aura à remplir par sa présence symbolique son rôle de père et par sa présence physique auprès de la mère son rôle de soutien. Il est très important pour la future mère qu’elle se sente déjà reconnue, capable d’être mère. Le père intervient pour que la fusion mère-enfant ne soit mortifère ni pour la mère ni pour l’enfant, il intervient très tôt remplissant la fonction paternelle dès la conception. Le père est en dehors de ce rapport charnel mère-enfant, il voit donc les choses avec plus de recul et pourra aider la future mère en la pondérant, cela sera important pour elle pendant sa grossesse mais aussi pendant l’accouchement et dans sa relation au bébé. La présence du père auprès de la mère est primordiale dans les premiers mois de vie du bébé, la femme est fatiguée physiquement et psychiquement, le père doit donc s’occuper du bébé pour soulager la mère. Le bébé a besoin de ce contact corporel masculin, ce rapport avec son père.

L’auteur s’interroge aussi sur la crise de la paternalité, le fait de devenir père n’est-il pas aussi bouleversant et n’engendre-t-il pas certaines remises en question ?

Beaucoup d’hommes traversent des moments très difficiles quand leur femme attend un bébé, ils se sentent souvent exclus et désemparés devant les changements d’humeur de leur compagne, l’univers maternel leur fait souvent peur, certains sentent menacée leur place dans le couple

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Auteur : nathalie commincas infos sur l'auteur | contactez l'auteur | le site de l'auteur

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