Comment l'EJE, par son action, peut-il accompagner l'enfant à l'hôpital vers un mieux-être, essentiel à l'évolution positive de sa pathologie ?Comment l’EJE, par son action, peut-il accompagner l’enfant à l’hôpital vers un mieux-être, essentiel à l’évolution positive de sa pathologie ?
Pour un enfant une hospitalisation n’est jamais anodine, elle laisse toujours de traces. En effet, c’est une période durant laquelle les mouvements psychiques et affectifs sont importants et où les remaniements sont nécessaires. C’est ce qu’explique Simon-Daniel Kipmann dans son livre L’enfant et les sortilèges de la maladie. Les forces inconscientes, toujours présentes, influent également sur l’évolution de la maladie, d’où l’importance de ne pas négliger l’impact des relations entre l’enfant malade et les parents, ainsi que le personnel du service.
L’enfant malade est un être fragilisé qui a des besoins spécifiques non pas en fonction de son âge, mais de son état physique et psychique. C’est pourquoi une observation fine de chaque enfant est nécessaire afin de mettre en place une action éducative adéquate.
La finalité de mon projet est de permettre à l’enfant de mieux vivre son hospitalisation. Pour ce faire, il faut que l’EJE participe, avec le reste de l’équipe, au mieux-être de l’enfant dans le service. Celui-ci peut être amélioré en observant les besoins des enfants et en y répondant de manière adéquate.
« L'hôpital est un établissement public où les malades ont leurs maux à dire
». Cette citation de Serge Mirjean illustre bien le choix de mon objectif, car en effet, le malade exprime quelque chose avec sa maladie, mais a également besoin de parler de sa maladie ainsi que des émotions qui l’accompagnent.
Lors de ma phase d’observation j’ai été étonnée du grand besoin de communication et surtout d’expression des enfants. Rarement un jeu à deux ou trois ne finissait pas par une discussion autour des différentes maladies et interventions subies par les enfants. Dylan (8ans) demandait ainsi à Batille (6ans), après une partie de Uno, si elle n’en avait pas assez de rester couchée tout le temps, car lui, il avait envie de se lever. Ils souffraient tous deux d’un rhume des hanches. Batille lui répondit que non, que çà allait, quelle était habituée maintenant.
Une autre fois, toujours pendant une partie de Uno, Maxime (12 ans) demanda à Gwendoline (14 ans) dont l’Ilizarov était visible : « Et toi, tu as quoi ? » en regardant son appareillage. En effet, lui-même avait subi la pose inattendue d’un orthofixe, suite à un accident de ski, et avait beaucoup de mal à l’accepter. A la fin de leur discussion je surpris maxime qui leva son drap pour montrer son appareillage à gwendoline. J’ai rencontré d’autres enfants qui ne parlaient pas souvent, mais dessinaient beaucoup, comme Alexia (4 ans) qui demandait souvent à faire de la peinture. D’autres enfants encore aimaient faire des constructions avec des legos, comme Théo (6 ans), qui a construit un hôpital volant.
Ces exemples parmis tant d’autres m’ont poussé à m’interroger sur l’importance et la place de l’expression de l’enfant dans le processus de rétablissement et dans le vécu de l’hospitalisation. Je remarquais en effet que l’enfant avait besoin de parler, dessiner ou rejouer ce qu’il avait vécu. C’est suite à ces observations que je décidais de définir l’objectif principal de mon projet : favoriser l’expression des émotions.
5.1.1 – Définition et utilité des émotions
L’émotion est une réaction soudaine de tout l’organisme qui s’exprime sous des formes physiologiques (le corps), cognitives (l’esprit) et comportementales (les actions).
Pleurer, crier ou trembler sont des remèdes aux inévitables tensions de la vie. L’émotion permet de se récupérer, de se reconstruire après une blessure. Un événement blessant, un accident, une épreuve, une injustice ne deviennent traumatismes que si on ne laisse pas cours à l’expression des émotions qu’ils suscitent. La fluidité émotionnelle est garante de la santé physique.
Reconnaître ses émotions, c’est s’accepter comme on est, c’est construire la confiance en soi. La conscience de soi se construit au fur et à mesure des expériences et pour autant que les émotions soient entendues, approuvées et parlées.
5.1.2 – Les émotions ressenties par l’enfant hospitalisé
La principale émotion que l’enfant ressent à l’hôpital est la souffrance : « L’émotion est toujours la même : à degrés divers, c’est toujours la souffrance que l’on retrouve. » affirme Simon-Daniel Kipmann dans son livre L’enfant et les sortilèges de la maladie.
L’enfant hospitalisé a souvent peur, car le lieu lui est inconnu. On retrouve un peu moins cette émotion en chirurgie orthopédique car l’enfant est souvent hospitalisé à plusieurs reprises et connait les lieux, les personnes et les gestes médicaux. Néanmoins ces gestes, souvent chirurgicaux et laissant une trace visible après l’intervention, engendrent chez l’enfant une angoisse de mutilation ou de castration. L’acte chirurgical donne à l’enfant un sentiment de morcellement, l’impression que le membre soigné n’appartient plus à son corps, engendrant une angoisse de ne plus être entier, de ne plus être une personne dans sa globalité, un être total.
Lors de son admission à l’hôpital, et plus encore plus si le parent ne dors pas avec lui, l’enfant ressent un sentiment d’inquiétude, d’incertitude : il a peur de l’abandon.
Ces émotions peuvent être exprimées par des comportements, des mimiques, parfois des paroles … Néanmoins, il n’est pas évident pour l’enfant de les exprimer. D’ailleurs Simon-Daniel Kipmann dit qu’« il est bien difficile, même à un adulte, de décrire la manière dont on (il) vit sa maladie », confirmant la difficulté d’expression des émotions de l’enfant malade. Pourtant celle-ci est indispensable car sinon les émotions non exprimées deviennent angoissantes et peuvent rendre difficile le séjour à l’hôpital et surtout les soins.
5.1.3 – L’expression et son but
L’expression est à la fois une manière d’agir pour soi, mais aussi un moyen d’établir des rapports avec les autres, de communiquer. L’expression est une manifestation de notre personnalité. Nos gestes, notre prestance traduisent et expriment notre personne. Elles se font souvent en interaction avec l’autre.
Comme l'a dit M. Blendel : « Les états affectifs forts sont assez rarement le fait d'individus isolés. La solitude appauvrit en général non seulement l'expression extérieure de nos émotions, nos pleurs, nos rires, nos cris et toute notre mimique, mais le jeu même de représentations et de sentiments qui le sous-tendent ; si cependant nos émotions se développent hors de la présence d'autrui, c'est que nous subissons incessamment le mirage de la vie en commun qui nous est si naturelle, c'est que notre imagination est toute peuplée de spectateurs et d'auditeurs imaginaires devant lesquels nos émotions alors se déploient, c'est que, par une sorte de dédoublement auquel le jeu de la conscience réfléchie nous a accoutumés, devenant à nous-mêmes nos propres alliés et nos propres ennemis, nous nous plaignons, nous nous indignons ou réjouissons avec nous, nous nous emportons contre une sorte d'adversaire intérieur, nous nous procurons à nous-mêmes la vision pathétique de nos pleurs et le déchirement de nos cris.
». On peut rattacher ce constat de Blendel à la problématique de l’adolescent qui, entre enfance et âge adulte, s’invente parfois un monde dans lequel il se réfugie.
Ainsi, nos états affectifs tendent naturellement à s'épanouir dans un milieu social qui leur soit adapté. « Nos colères s'alimentent de la fureur ou de l'indifférence de nos adversaires, de la participation de nos amis ; elles s'éteignent faute de résistance ou de concours. Nos peurs se dissimulent et s'amortissent, si notre entourage ne les partage pas : elles s'exaltent au contraire en paniques, s'il les fait siennes. »
La société attend que nous l'éprouvions, nous commande elle-même de la ressentir. « A un certain degré de l'échelle sociale, dit encore M. Blendel, nous savons tous ce que doivent être nos sentiments au récit d'un exploit ou d'un crime, devant un Titien ou un Rodin, à l'audition d'une symphonie de Beethoven, en visitant Notre-Dame, en apprenant une victoire ou une défaite de nos armes. ». Peut il en être de même de l’hospitalisation ? Aurions-nous des émotions prédéfinies à son égard ?
L’émotion a un sens, une intention. Elle est guérissante. Les décharges émotionnelles sont le moyen de se libérer des conséquences d’expériences douloureuses. Le sentiment d’identité se fonde sur la conscience de soi et de ses émotions. Quand ses émotions ne sont pas entendues, l’enfant peut s’enfermer dans la dépression. Drames, épreuves douloureuses peuvent survenir dans la vie d’un enfant, il est donc important d’accompagner ses souffrances, séparations …
Les émotions ne deviennent destructrices que lorsqu’elles ne peuvent être vécues, exprimées ou entendues. Ainsi, les émotions qui proviennent de notre passé peuvent resurgir dans notre présent comme autant d’épisodes non réglés de notre histoire. Cette accumulation d’émotions qu’on a renoncé à exprimer et qui, un beau jour, explosent (en faisant souvent beaucoup de dégât dans notre entourage) ou implosent (provoquant alors des troubles physiques ou psychiques).