Le travail auprès de l'enfant est un travail d’équipe et chacun y contribue avec ses outils et ses méthodes. En dehors des professionnels du service, les parents, visites ou camarades de chambres ont eux aussi une influence, ne serait ce qu'inconsciente, sur l'enfant et son mieux-être. 5.5.1 – Les critères d’évaluation
L’évaluation individuelle des activités s’est avérée difficile. J’ai en effet pu remarquer que l’expression des émotions est quelque chose de personnel qui se fait en fonction de l’individu. Il n’a donc pas été possible de faire une évaluation immédiate de l’activité. L’évaluation pourrait se faire sur la globalité du séjour de l’enfant à l’hôpital et sur l’évolution de son état aussi bien physique que psychique, mais je crois que les personnes et interventions auprès de l’enfant sont si nombreuses qu’il est impossible d’attribuer le mieux-être de l’enfant au seul travail de l’EJE. Le travail auprès de l’enfant est un travail d’équipe et chacun y contribue avec ses outils et ses méthodes. En dehors des professionnels du service, les parents, visites ou camarades de chambres ont eux aussi une influence, ne serait ce qu’inconsciente, sur l’enfant. Je porterais donc essentiellement mon évaluation sur :
5.5.1.1 - Les outils du projet
Le cahier de vie a été un allié précieux pour ce projet : les enfants étaient en effet content de pouvoir laisser une production dans ce lieu bien connu de leur part qu’est la salle de jeu, malgré quelques réticences au départ. J’ai en effet pu remarquer que l’expression orale était plus aisée et plus abondante que l’expression écrite. L’absence de support ou de matériel pour l’oral peut être un facteur déterminant, facilitant ainsi la spontanéité.
La feuille d’information pour le personnel était pratique car elle permettait d’informer tous les professionnels et pas uniquement ceux présents aux transmissions, comme cela aurait été le cas si j’avais fait cette information par oral. De plus l’écrit peut servir de mémo, alors que les mots se perdent parfois. Certains membres de l’équipe sont venus me demander des renseignements complémentaires, preuve de leur intérêt pour mon travail auprès de l’enfant et donc de la place de l’EJE à l’hôpital.
5.5.1.2 - Les activités mises en place
J’ai éprouvé de la difficulté à proposer ces activités aux enfants car ceux-ci choisissent eux même leurs activités. Il m’a donc fallut attendre que l’enfant ne sache pas quoi faire pour les proposer, et même dans cette situation j’avais parfois des refus. Respectant le désir de l’enfant, je lui disait que s’il n’avait pas envie de faire çà aujourd’hui, je lui proposerais une autre fois. Il m’a fallut faire beaucoup de relances, vérifier à chaque fois que l’enfant était dans les dispositions pour faire l’activité que je lui proposais.
L’aménagement de l’espace et l’affluence en salle de jeu était aussi un frein, car selon la disposition des lits et des enfants, les activités n’étaient pas possible, même si l’enfant la réclamait : je ne pouvais pas jouer avec un enfant au docteur si Marinette n’était pas présente pour s’occuper des autres enfants et on ne pouvait jouer à un jeu de loto par exemple qu’en nombre limité selon le placement des lits.
Malgré ces difficultés, j’ai réussi à faire chaque activité que j’avais préparée. Selon les besoins des enfants, je proposais d’autres activités qui auraient également pu rentrer dans le cadre de mon projet, comme la confection d’un porte-photo en plâtre, permettant à l’enfant de devenir l’acteur là ou il a été passif lors des soins et de rejouer des situations vécues, permettant ainsi aussi l’expression d’émotions.
J’avais prévu que certaines activités étaient possibles en chambre, mais je ne les ai pas faite, désirant m’inscrire dans la continuité du travail de Marinette, qui évite les activités en sa présence dans les chambres, afin de favoriser la venue des enfants en salle de jeu.
5.5.1.3 - Ma relation avec les enfants
Au début de mon stage j’au eu du mal à aborder les adolescents qui sont un public que je ne connaissaissais pas. Mon observation et les nombreux échanges que j’ai pu avoir avec Marinette m’ont permis de mieux connaître la problématique de l’adolescent et de ce fait l’aborder avec moins d’appréhensions. L’expression des émotions a ainsi pu être favorisée, ce qui n’aurait pas été le cas dans une relation ambiguë, l’enfant étant très sensible à la présence psychique de l’adulte et à son authenticité.
Même si je n’ai pas pu relater toutes mes expériences dans l’expression des émotions par l’écoute passive, celles-ci ont été multiples et variées, aussi bien dans les chambres qu’en salle de jeu ou dans les couloirs : j’étais devenue pour les enfants, les petits aussi bien que les grands, un repère sécurisant, une personne digne de confiance avec laquelle ils pouvaient échanger. C’est certainement ce critère là qui est représentatif de la progression de mon projet. En effet, les contacts et échanges avec les enfants étaient souvent rares ou timides au début de leur hospitalisation, mais peu à peu l’enfant devenait confiant, parlait plus au fur et à mesure pour à la fin s’exprimer librement.
J’aurais souhaité, dans le cadre de ce projet, pouvoir prendre plus en compte le parent et son rôle indispensable durant l’hospitalisation, mais en 6 semaines il est difficile de construire un projet très complet. Je me suis de ce fait limitée à l’expression des enfants, même s’il aurait été intéressant de permettre également l’expression des émotions des parents, dont j’ai réussi à obtenir la confiance grâce au dialogue et à l’empathie.
Ce choix est aussi tributaire de l’organisation du travail de Marinette, dans laquelle j’ai voulu m’inscrire : les enfants sont accueillis seuls le matin en salle de jeu, l’après-midi les visites sont autorisées, mais celles-ci restent souvent dans les chambres avec les enfants, ce qui diminue les occasions de dialogue.
5.5.1.4 – Longévité du projet
Mon dernier critère d’évaluation est issu de l’évaluation finale du projet avec l’EJE lors de mon dernier jour de stage. Le projet en progression du stage d’expérimentation est normalement quelque chose qui ne dure pas, car l’EJE ne peux pas se permettre de continuer un travail amorcé par une stagiaire, sauf si ce projet est issu d’un stage long.
En ce qui concerne mon projet, Marinette trouvait qu’il s’inscrivait bien dans les objectifs de l’EJE à l’hôpital et que certaines activités étaient originales, comme le collage de pansements par exemple. De ce fait elle décida, si je ne voulais pas le récupérer, de garder le cahier de vie et de continuer le projet que j’avais commencé.
Pendant ce stage très enrichissant, j’ai pu comprendre et expérimenter comment l’éducateur de jeunes enfants, malgré sa formation à la petite enfance, s’occupe d’enfants de 0 à 18 ans. Ce stage m’a permis d’acquérir des connaissances sur les besoins propres aux enfants hospitalisés, notamment par l’observation de ces derniers et le dialogue avec l’EJE.
J’ai également pu observer comment l’EJE aborde le parent de l’enfant malade, comment grâce au dialogue il arrive à faciliter l’acceptation de la maladie et de l’hospitalisation.
J’ai eu le sentiment que l’intégration dans une équipe à dominante médicale n’était pas évidente, car même si dans ce service le travail de l’EJE est reconnu, le soin prime tout de même, « reléguant » les actions de l’EJE au second plan.
Cependant ce stage m’a tout de même permis de mettre en place un projet avec une finalité, un objectif principal et des objectifs fonctionnels en respectant un échéancier permettant la mise en œuvre et l’évaluation dans les temps impartis. J’ai également appris à définir un projet éducatif en rapport avec les besoins et capacités des enfants ainsi que les actions déjà menées par l’éducatrice de jeunes enfants en poste.
L’éducateur de jeunes enfants à l’hôpital a le même rôle que ses collègues des structures dites classiques, il n’a néanmoins pas les mêmes objectifs. Le rôle essentiel de l’EJE à l’hôpital est selon moi d’être dans une présence physique et surtout psychique, ici et maintenant, à l’instant où l’enfant en a besoin. C’est ainsi qu’il pourra s’inscrire dans la mission du service qui est de soigner et réparer afin d’aider l’enfant à guérir et se reconstruire. L’écoute active est de ce fait un outil essentiel.
L’éducateur de jeune enfants à l’hôpital, en collaboration avec toute l’équipe du service, est là pour « Guérir parfois, soulager souvent, écouter toujours » (Louis Pasteur).