De l'art de combiner les moyens de la B.D avec ceux de l'album.La plupart des albums reprennent, pour ce qui est du texte, les techniques narratives classiques. Soit le narrateur est à la troisième personne; en général, il en sait alors plus que ses personnages. C’est lui qui « tire les ficelles ». Soit le récit est en « je », il s’agit souvent alors d’un narrateur –personnage qui exprime un point de vue plus subjectif sur les événements et qui a un savoir plus limité que dans le cas précédent. La bande dessinée choisit elle d’avoir recours au dialogue entre les personnages, dialogue articulé avec le dessin et les différents codes mentionnés plus haut. L’intérêt du travail d’Y.POMMAUX, du moins dans quelques-uns de ses albums, est d’avoir cherché à combiner les deux formes d’expression. On peut en voir un premier essai dans Une nuit, un chat…dans lequel certains passages dialogués, mais pas tous, le sont sous la forme de la bande dessinée. Ce recours au dialogue direct permet certainement à beaucoup d’enfants une identification plus importante aux personnages et à ce qu’ils ressentent. Le déplacement de point de vue de l’objectivité vers la subjectivité est intéressant. Toutefois, les effets sont ici limités. Beaucoup plus intéressante à nos yeux, l’installation de deux espaces scéniques dans L’île du Monstril. Il y a l’espace dans lequel deux ragondins Poil-roux et Poil-gris présentent les personnages, racontent leur histoire, font des commentaires sur le comportement des deux héros, s’efforcent même de les aider sans que ces derniers en aient jamais conscience. C’est essentiellement un espace de parole puisque la conduite du récit est assurée par l’avancée du dialogue entre les deux personnages. Il y a ensuite l’espace des deux jeunes héros en couleur, très illustré. Ici nous n’avons accès qu’à du dialogue centré sur l’action et présenté sous forme de bulle. Les différents codes de la B.D sont largement utilisés (onomatopées, cadrages, découpage de l’action, codes du mouvement). La séparation des deux espaces ainsi que leur interférence ponctuelle sont particulièrement heureuses.
N.B:Ecrit réalisé, pour le CRILJ, dans le cadre du Festival de la B.D à Colomiers, en 2005.
Maryvonne D.
Membre du CRILJ Midi-Pyrénées