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Plaidoyer pour une vraie égalité professionnelle

Ajouté le samedi 08 mars 2008 - Auteur : Elliryc

Le 26 novembre 2007, la Conférence sur l'égalité professionnelle a accouché de nouvelles propositions destinées à mettre fin aux inégalités salariales entre les sexes d'ici à deux ans et à résorber l'écart de 25 % qui persiste depuis dix ans entre les salaires mensuels moyens des hommes et des femmes. Xavier Bertrand a annoncé que des sanctions financières seraient déclenchées à l'égard des entreprises qui n'auraient pas ouvert de négociations sur le sujet et que des tables rondes seraient consacrées à la question du temps partiel. A notre sens, le fond du sujet n'a cependant pas été abordé.

D'abord, l'Etat a refusé d'évoquer la question des inégalités de rémunération qui existent au sein de la fonction publique. Or les écarts de rémunération des cadres, par le jeu des primes, sont aussi importants que dans le secteur privé. L'Etat employeur aurait-il peur des sanctions qu'il se propose d'appliquer au secteur privé ?

Ensuite, les mesures proposées ne traitent que la partie émergée de l'iceberg. Bien d'autres facteurs expliquent aujourd'hui que les femmes sont moins bien rémunérées que les hommes.

Le temps de travail contribue à l'écart de salaire pour 40 % : les femmes travaillent notamment beaucoup plus à temps partiel que les hommes (30 % contre 5 %). Il s'agit, assure-t-on, d'un choix. Mais où est le choix lorsque les femmes prennent un temps partiel parce que c'est à elles seules qu'incombe la gestion de la famille ? Près d'un million de femmes à temps partiel affirment qu'elles souhaiteraient travailler davantage. Les décisions à prendre sont bien connues : la Délégation aux droits des femmes de l'Assemblée nationale a proposé une série de mesures qui n'ont jamais été adoptées et pourtant la conférence a simplement proposé d'organiser des tables rondes.

Les différences de carrière, de secteur ou d'emploi expliquent l'autre partie des inégalités de revenus. Elles ne sont pas plus justifiables que les autres. Elles trouvent leurs origines dès le lycée, voire le collège, où s'élaborent les choix d'orientation. Les filles continuent d'être orientées vers les filières les moins rentables économiquement. Elles sont toujours minoritaires dans les classes préparatoires aux grandes écoles scientifiques et dans les filières professionnelles courtes sélectives. Même pour les diplômées des grandes écoles, les niveaux de recrutement et les parcours professionnels sont inégaux en termes de rémunération et d'accession aux postes de responsabilité opérationnelle.

On nous dit que ces différences aussi résultent d'un choix. Mais où est le choix lorsque les femmes s'autocensurent dans la prise d'un poste à responsabilité parce qu'elles sont les principales responsables des tâches domestiques et familiales ? Dans notre société, seules les femmes diplômées et/ou aisées qui peuvent s'acheter les services de garde dont elles ont besoin ont vraiment le choix. Ne pas donner le choix à l'ensemble des femmes d'accéder à l'emploi dans les mêmes conditions que les hommes est injuste et antiéconomique. Nous devrons avoir le courage d'évaluer le gâchis qui consiste à former des filles toujours plus diplômées et qui interrompent leur activité ou qui occupent des postes pour lesquels elles sont surqualifiées.

Se doter des moyens de régler ces questions implique de comprendre que c'est la place qu'ont les femmes dans la société et l'image que la société a de leur rôle qui sont en cause, et pas seulement la politique de certaines entreprises. Les moindres salaires des femmes ne sont que le reflet de leur position dans l'emploi. Les employeurs anticipent même cette situation, en faisant de toute femme une mère ou future mère moins fiable qu'un homme. Dès lors, soit ils la paient moins, soit ils ne l'embauchent pas.

L'entrée des femmes dans l'emploi aurait dû s'accompagner d'une prise en charge symétrique des hommes des activités de la sphère familiale. Nous savons ce qui doit être fait : d'abord, s'attaquer résolument à la pénurie de modes de garde de la petite enfance et d'absence d'aide à la personne. Le président de la République s'était engagé à mettre en oeuvre un service public de la petite enfance, condition sine qua non de l'égalité professionnelle. Personne n'en a entendu parler depuis. Il faut ensuite supprimer les mesures qui incitent les femmes les moins diplômées à se retirer du marché du travail lorsqu'elles ont de jeunes enfants. Un congé parental court, bien rémunéré et partagé entre les deux parents doit être mis en place.

Le rôle de l'employeur est également primordial. Les entreprises et l'Etat doivent mettre en place les organisations du travail modernes qui permettront aux hommes et aux femmes de concilier engagement professionnel et responsabilités familiales. Cela suppose de renoncer à la totale disponibilité comme mode de management, d'être capable de donner des objectifs précis et d'évaluer les salariés (du privé comme du public), d'accepter une plus grande transparence des rémunérations dans la Fonction publique. Certaines entreprises s'y attellent et y trouvent leur compte ; elles attirent les meilleurs talents, femmes et hommes, et sont plus compétitives. Encourageons-les !

(*) Les membres de ce collectif sont : Dominique Méda, sociologue, membre d'Administration moderne ; Hélène Périvier, économiste ; et les représentantes des associations membres du réseau Du Rose dans le gris : Isabelle Bouillot, vice-présidente de HRM Women ; Armelle Carminati, présidente du réseau Accent sur Elles ; Isabelle Germain, coprésidente de l'Association des femmes journalistes ; Martine Kubler-Mamlouk, membre d'Administration moderne ; Cristina Lunghi, fondatrice d'Arborus ; Eliane Moyet-Laffon, présidente fondatrice du Club HRM Women ; Marie-Claude Peyrache, présidente d'European Professional Women's Network Paris (EuropeanPWN-Paris) ; Nathalie Tournyol du Clos, présidente d'Administration moderne ; Tita Zeitoun, expert-comptable, commissaire aux comptes, présidente fondatrice d'Action de femme, Femmes et Hommes partenaires.

Source : les echos.fr

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