Un tiers des crèches et haltes-garderies de Paris sont restées partiellement ou totalement fermées, jeudi 17 avril. Cette troisième journée de grève depuis le 20 mars avait été organisée à l'appel de l'ensemble des syndicats de fonctionnaires de la ville - à l'exception de FO -, qui réclament "deux ou trois personnes supplémentaires par établissement". Ils ont appelé à une nouvelle journée de grève, le 22 mai.
Ce mouvement social touche un secteur qui est l'une des priorités de Bertrand Delanoë : Paris détient en effet la palme des grandes villes françaises pour la proportion d'enfants qui bénéficient d'une place en crèche. Le maire de Paris, qui en a créé 5 816 depuis 2001, promet d'en ouvrir à nouveau 4 500 d'ici à 2014. Mais cette priorité donnée au mode de garde collectif se heurte aux difficultés de recrutement de professionnels de la petite enfance.
Les personnels, qui se plaignent des carences d'effectifs, sont de plus en plus relayés par les parents. Maman de Léonard, 12 mois, accueilli à la crèche Alfred-Roll, dans le 17e arrondissement, Kamilia Berthou a créé un blog pour partager sa "colère" avec d'autres familles. "Quand je conduis mon fils à la crèche, dit-elle, je ne sais jamais si les puéricultrices seront assez nombreuses pour prendre bien soin de lui."
"Ici, assure la directrice de l'établissement, Bernadette Launay, on a dépassé les limites du supportable." En théorie, elle dispose de 15 personnes pour accueillir 70 enfants. Mais, depuis plusieurs jours, 6 membres de son équipe manquent à l'appel. " J'ai deux arrêts longue maladie qui n'ont pas été remplacés. Les autres auxiliaires puéricultrices présentes ont assumé un surcroît de travail. Certaines ont dû différer leurs vacances, d'autres ont retardé leur visite chez le médecin, faute de temps." Du coup, quatre d'entre elles sont récemment tombées malades. Aucune n'est remplacée. "Je suis rentrée dans un cercle vicieux", explique Mme Launay. Elle suggère un "moratoire" sur les créations de berceaux en attendant que la mairie embauche ou forme davantage de puéricultrices.
Directrice d'une crèche dans le 18e, Geneviève Roland appréhende elle aussi les ouvertures de nouvelles crèches dans son arrondissement. "Je risque d'avoir des départs qui donneront lieu à des remplacements différés", s'inquiète-t-elle. Mme Roland déplore aussi le mode de calcul des effectifs nécessaires. Selon elle, la mairie "prend insuffisamment en considération" les journées de RTT, les vacances, les congés-maladie.
En 2008, la Ville a prévu 1 000 embauches, qui devraient compenser 830 départs et permettre 170 créations de poste. L'effort est plus important que les années précédentes. Mais il est insuffisant pour mettre fin aux "tensions" sur les effectifs, reconnaît le nouvel adjoint (Verts) chargé de la petite enfance, Christophe Najdovski.
Bien que la loi ne l'y oblige pas, la capitale avait jusqu'ici pour règle de recruter presque exclusivement des puéricultrices diplômées d'Etat. "Nous sommes confrontés à un problème structurel de recrutement lié à la pénurie de ces personnels", explique M. Najdovski.
En 2008, Paris devrait ainsi absorber 55 % des auxiliaires de puériculture formées en Ile-de-France. "On ne s'en sortira pas si on ne recrute pas des personnels moins qualifiés, titulaires de BEP sanitaire et social ou de CAP petite enfance", explique-t-on au cabinet de Maïté Errecart, adjointe (PS) chargée des personnels.
Les syndicats, qui étaient réticents jusqu'ici à toute "déqualification" du personnel, se montrent plus ouverts à la solution que préconise la Ville. "A condition qu'elle assure la formation continue de puéricultrices", précise Birgit Hilpert, responsable de la CGT Petite enfance à la mairie.
Source : Le Monde.fr
LE MONDE | 18.04.08
Les Commentaires
"difficultés de recrutement de professionnels de la petite enfance."
"puéricultrices, auxiliaire..."
"On ne s'en sortira pas si on ne recrute pas des personnels moins qualifiés"... et sinon les EJE ils font quoi dans la vie ?
excusez-moi pour ce ton loin d'être ironique, mais ne sommes-nous pas des professionnels de terrain, en tout cas c'est comme cela que j'avais imaginé mon métier.
entre micro-crèches à titre "expérimental", la convention66, les "1 EJE par tranche de 50 enfants", le droit opposable à la garde d'enfant,et j'en passe, tout semble tendre vers une déqualification et dégradation de l'accueil des jeunes enfants, et tout simplement de la parentalité, de la valeur de la famille et de solidarité et le lien social dans notre pays. et ce malgré les revendications des instances représentatives et des travailleurs sociaux, et bien je ne comprends plus grand chose.
libeï