Un collectif de douze syndicats et associations a dénoncé mardi 9 septembre, au cours d'une conférence de presse, le fichier Edvige, qui constitue, a-t-il expliqué, un véritable "fichage des citoyens qui souhaitent s'investir dans la vie de la cité" et pose les bases d'une "société de surveillance".
Le fichier Exploitation documentaire et valorisation de l'information générale (Edvige), qui remplacera les anciennes fiches des Renseignements généraux encore écrites à la main, est l'objet de nombreuses critiques depuis la publication le 1er juillet au Journal officiel du décret le mettant en place.
Ce nouvel outil permet aux policiers de collecter des informations sur toute personne "susceptible de porter atteinte à l'ordre public", dès l'âge de 13 ans, ainsi que sur les personnes ayant exercé un "mandat politique, syndical et économique ou qui jouent un rôle institutionnel, économique, social ou religieux significatif", explique le décret.
Ce texte a suscité un véritable tollé et, quelques jours après sa publication, un collectif "Non à Edvige" a été formé et a formulé, comme d'autres associations, un recours en annulation au Conseil d'Etat. Les Sages rendront leur avis à la fin de l'année.
Selon les associations, le fichier élargit considérablement les critères d'enregistrement de données personnelles. Toutes les personnes impliquées dans la vie culturelle, associative et politique, ainsi que leurs proches, sont visés. En outre, les données, dont la définition est floue, pourraient comporter des éléments sur l'état civil bien sûr, mais aussi sur les fréquentations, les déplacements, l'appartenance ethnique ou religieuse, l'orientation sexuelle, etc.
"C'est un système global de renseignements généraux et le début d'une société de surveillance", a avancé Jean-Pierre Dubois, président de la Ligue des droits de l'Homme au cours de la conférence de presse. "La durée de conservation des données est illimitée et aucune personne ne peut demander la correction des données la concernant", a-t-il poursuivi.
De nombreuses personnalités politiques, de droite comme de gauche, et parfois même des membres du gouvernement ou du patronat ont emboîté le pas aux associations pour critiquer Edvige. Cette large mobilisation a obligé le gouvernement à réagir et à faire quelques concessions.
Michèle Alliot-Marie, ministre de l'Intérieur, a souhaité, mardi 9 septembre, dissiper les "inquiétudes et toutes les ambiguïtés" en proposant un "droit à l'oubli" consistant à effacer du fichier, peut-être à la majorité, les mineurs qui n'ont commis aucune infraction. Une concession qui satisfait une demande de la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL), qui avait remis un avis "avec réserves" sur le fichier.
Le collectif "Non à Edvige", quant à lui, va continuer "de demander très fermement le retrait pur et simple" du fichier, a assuré Hélène Franco, secrétaire générale du Syndicat de la magistrature.
Le collectif "Non à Edvige" regroupe Aides, la CFDT, la CGT, le Collectif contre l'homophobie, la FSU, l'Inter-LGBT, Imiginons un réseau Internet solidaire (IRIS), l'Autre cercle, la Ligue des droits de l'Homme, le Syndicat des avocats de France, le Syndicat de la magistrature, l'union syndicale Solidaires.
Source : ASH
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