Interview - La proposition de loi de la sénatrice PS Françoise Cartron, visant à rendre obligatoire l'école dès 3 ans, sera débattue jeudi soir à la haute assemblée. Objectifs : protéger ces écoles des coupes budgétaires et garantir l'égalité des chances à tous les enfants.
TF1 News : Pourquoi vouloir changer la loi pour rendre l'école obligatoire dès trois ans puisque, dans la pratique, l'immense majorité des enfants sont scolarisés à cet âge-là ?
Françoise Cartron, sénatrice PS, auteure de la proposition de loi : L'objectif premier de cette loi est de sanctuariser l'école maternelle avec ses moyens et le rôle qui lui est reconnu, afin d'éviter que le ministère de l'Education nationale ne soit tenté de s'en servir comme variable d'ajustement. En cette période de crise budgétaire, la menace est réelle. A plusieurs reprises, ces derniers temps, lors de l'audition du ministre au Sénat, j'ai pointé les difficultés budgétaires rencontrées à l'école maternelle, et il m'a immanquablement été répondu : "vous savez Madame, l'école n'est pas obligatoire avant six ans".
D'ailleurs, on voit déjà percer des signes de cette menace. Si, dans les années 2000, il y a avait environ 35% des enfants âgés de 2-3 ans qui étaient scolarisés en maternelle. Aujourd'hui, du fait des suppressions de poste, nous sommes tombés à un peu plus de 10%, voire moins de 5% dans des secteurs comme la Seine-Saint-Denis. Que se passera-t-il une fois que l'on aura épuisé les marges qui existaient sur les 2-3 ans ? Le risque que le ministère s'attaque aux 3-4 ans est réel. D'autant plus qu'on a vu récemment émerger un projet de création de jardins d'éveil pour les 2-4 ans. Des structures, alternatives à l'école maternelle, qui sont payantes pour les parents et pour les collectivités locales.
TF1 News : Pourquoi est-il si important pour vous de "sanctuariser" l'école pour les 3-6 ans ?
F.C. : D'abord, un certain nombre d'études montrent que lorsqu'un enfant passe trois ou quatre ans en maternelle, cela a un impact direct sur sa réussite scolaire future et notamment sur le nombre de redoublements. Ensuite, notamment dans les quartiers difficiles, l'école maternelle est souvent le lieu qui permet le premier contact avec la langue de notre pays. Or, on sait bien que de la maîtrise du langage dépend la réussite de l'apprentissage de la lecture, puis de la scolarité.
Des études ont également montré que les enfants de moins de six ans qui n'étaient pas scolarisés passaient l'essentiel de leur temps devant la télévision. Il y a donc tout intérêt à ce qu'un enfant qui, chez lui, n'est pas dans un bain culturel ou social particulièrement stimulant, aille le plus tôt possible à l'école. Cette école va permettre de rétablir l'égalité des chances, en favorisant l'épanouissement, l'éveil et la perception du monde de tous les enfants, d'où qu'ils viennent.
La troisième raison, enfin, est plus d'ordre sanitaire. Depuis quelque temps, les médecins scolaires nous ont alertés sur la réapparition, dans certains quartiers sensibles, de certaines maladies que l'on croyait éradiquées (ndlr : tuberculose, rougeole, gale, hépatite A...). L'école maternelle a aussi ce rôle de permettre un meilleur suivi des enfants.
Tout le symbole de cette loi est de positionner l'école maternelle en un véritable lieu d'apprentissage et non comme une simple garderie. On sait que les inégalités s'installent et se cristallisent dès le plus jeune âge. Alors agissons à ce moment là au lieu d'inventer a posteriori des solutions de rattrapage qui arrivent toujours trop tard.
TF1 News : Le Sénat ayant récemment basculé à gauche, votre proposition a de fortes chances d'être adoptée ce soir. La tâche s'annonce plus ardue à l'Assemblée, non ?
F.C. : Je serais très triste si le ministre actuel de l'Education ne perçoit pas l'aspect très symbolique de cette loi. Les parents plébiscitent l'école puisque 98% des enfants de 3 ans sont scolarisés. Voter cette loi permettrait tout simplement de dire : "on vous garantit que l'on ne touchera pas à l'école maternelle dans les années à venir". Si ce n'est pas fait, cela pourrait laisser penser que le gouvernement a des arrières pensées concernant l'avenir des maternelles. Après, il y a la présidentielle et cette question pourrait très bien faire l'objet de débats, à ce moment-là, entre les futurs candidats.
Source : TF1.fr
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